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Communiqué
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Exposition photo
La majorité silencieuse (replacements) de Vincent Debanne

Les photographies de Vincent Debanne s’articulent autour d’une réappropriation de lieux hyper fonctionnels : aéroport, métro, centre commercial, centre d’affaires. Dans ces non-lieux, emblèmes et produits d’une société obsédée par la circulation accélérée des personnes et des biens, vient s’inscrire la figure humaine, transportée, canalisée par l’architecture, prise dans les flux ou mise en attente. Il s’agit de prendre à contre-pied « cette monotonie pacifiée à l’échelle quotidienne » où rien ne semble plus ni pouvoir survenir ni faire sens. Vincent Debanne cherche à réactiver ces lieux symptomatiques d’un réel amoindri.
L’exposition présente deux séries : Troupes de la Défense et Stations
Les troupes de la Défense s’élabore comme une contre-mesure fictionnelle au manque, décrit par Bernard Stiegler et Jean Baudrillard. En amplifiant les flux, de la bouche de métro à l’ascenseur du building « Cœur Défense », de la voiture à la porte du supermarché, en accentuant les phénomènes de répétition, en se montrant attentif à la disposition des corps, à la gestuelle, ce qui n’était qu’un trajet devient lieu et temps d’une histoire. L’esplanade ou le parking sont alors les théâtres de rituels, de processions, de défilés. Cette mise en chorégraphie est bien au sens de J.G Ballard une « invention de la réalité », mais puisqu’elles en découlent de par leur essence photographique, les images produites font écho aux substitutions symboliques opérées par le capitalisme.
Les procédés de la représentation, autres enjeux de cette recherche, convoquent différentes esthétiques : le cinéma de science-fiction américain, la publicité, mais également les attributs de la peinture de la Renaissance, comme l’importance donnée à l’architecture et le mode d’inscription de la figure humaine dans les décors. Ainsi, dans la série Les troupes de la Défense l’individu retrouve une appartenance à un destin et à un imaginaire collectif (avec tout ce que la proposition comporte d’ironie et de fausse nostalgie), comme s’il marchait à nouveau « dans la foulée de l’histoire ».
Station : « Piccola stazione, piccola stazione, sei un giocattolo divino ». La Canzone della Stazione, Giorgio de Chirico, 1912
Les images produites et à venir se fondent toujours sur la volonté de percevoir le paysage contemporain et de le lier à la figure humaine, dans l’espoir d’inventer des tableaux parfois désabusés, parfois remplis d’espoir. Ainsi le paysage dans « Station » cesse d’être véritablement arpenté, puisqu’il s’agit avant tout d’un paysage symbolique, traité en arrière-plan, en disjonction spatiale avec la figure humaine, toujours jouée en avant-plan. L’espace est ici allégorique, sujet à recomposition (par intervention numérique), endossant cette fonction symbolique qui lui était dévolue dans les peintures médiévales et du début de la Renaissance.
Cette série offre une expérience du territoire en juxtaposition, collage non concerté, de zones souvent autonomes, aux fonctionnalités fort différentes, ponctuées par des signes architecturaux forts : paysage en recomposition permanente, constamment en chantier. C’est cette expérience du paysage, éprouvée chaque jour par les milliers de personnes amenées à se déplacer d’un point à l’autre du territoire, vision parcellaire, transitoire, ponctuée, que le choix des décors exprime : assemblages d’immeubles d’habitation marqués par les enseignes des multinationales, bureaux d’entreprises, barrières de chantiers, modules préfabriqués, quelques signes d’industrialisation (de moins en moins) et véhicules de fonction blancs. Un paysage placé sous le signe de l’activité, de l’impermanence, de l’accumulation.
Ce paysage de banlieue, « devenir du monde » comme le prophétise Ballard, peut être comparé au « paysage du monde » (Weltlandschaft) des peintures de la Renaissance, paysage inventé, juxtaposition aux motifs surréels, englobant le plus grand nombre possible de phénomènes, agissant comme symbole. Jouer ce paysage en arrière-plan traduit également la faillite de l’appréhension d’un tel paysage et le définit comme miroir à scruter notre monde. Les personnages représentés sont photographiés fixant des panneaux d’affichage d’horaires de trains à la gare. Une sensation d’immobilisation du corps, de détachement, voire de recueillement se dégage, alors que ce corps paraît encore empreint de sa trajectoire et de ses préoccupations. Souvent prises de trois-quart, les personnes paraissent être dans une attitude de prière, regards portés vers l’extérieur, vers l’infini. Cette attitude est proche de la position de l’orant, codifiée dans l’art médiéval.
Ces postures photographiées sur les quais de la « Station » évoquent donc un destin collectif et le retour de l’événement : catastrophe ou révélation ; impossible de décider précisément du sens et du moment.
Source : Galerie Hors Sol
Informations pratiques :
La majorité silencieuse (replacements) de Vincent DebanneDu 10 février au 29 avril 2006
Galerie Hors Sol (Paris 2ème)
En savoir plus sur :
- Vincent debanne Photographe
- Galerie Hors Sol Lieu d’expo
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