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6/12/04 -
Par Didier Gualeni (usage interdit)
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La photographie utilisée comme médium de l’occultisme

Le troisième œil
Gallimard fait preuve d’audace en publiant ce gros ouvrage de 288 pages au titre énigmatique, « Le troisième œil ». La photo de couverture est déroutante, elle montre un homme à moitié étendu sur une chaise avec une sorte de serpillière sur la tête, le premier plan de cette image est flou. En feuilletant le livre rapidement on peut voir de vieilles photos, parfois annotées à la main, des pages d’album photo, des tables en lévitation, des femmes recouvertes d’une espèce de voile qui leur sort de la bouche, de nombreux textes et annotations. Il ne faut pas s’arrêter à cette première impression qui pousse à reposer le livre dans son rayon. Il faut prendre le temps de s’y attarder. On y découvrira alors un pan méconnu de la photographie et des histoires passionnantes.
Le mystère de la mort a, de tous temps, poussé les hommes à vouloir communiquer avec le monde de l’au-delà. Les périodes de grande mortalité ont été propices au développement de ces pratiques, comme la guerre de sécession aux Etats Unis ou la guerre 14-18 en Europe. La photographie a été utilisée comme support d’enregistrement de la manifestation de phénomènes, mais également en tant que moyen de preuve pour démasquer la supercherie.
Au départ, il semble que c’est un intérêt commercial qui pousse les photographes à devenir « spirites ». Des gens de bonne foi viennent poser devant l’objectif en espérant voir apparaître derrière eux le spectre d’un être cher, le photographe se concentre, prend la photo et au tirage les deux personnages apparaissent. La personne disparue est suffisamment floue ou cachée dans un voile pour que ses trais n’apparaissent pas clairement. Les photos spirites sont vendues beaucoup plus chères que des photos ordinaires. Rapidement il va s’en suivre des procès pour escroquerie. En effet il suffit d’enregistrer une image sur la plaque de verre puis de la nettoyer incorrectement, d’enduire à nouveau la plaque avec de la gélatine sensible pour que sur la photo suivante, apparaisse la première image en surimpression.
D’autres feront croire qu’ils possèdent un fluide en posant leur main sur une plaque sensible. Un expert ira jusqu’à utiliser la main d’un cadavre, froide puis réchauffée pour démontrer, que la plaque réagit tout simplement à la chaleur, d’autres encore utiliseront un courant électrique qui traverse leur corps pour faire croire à un don surnaturel enregistré par la plaque sensible.
Des scientifiques vont se fourvoyer dans des authentifications de phénomène occultes. On citera notamment, le médecin, plus connu comme écrivain et inventeur de Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle. Il va pendant les dix dernières années de sa vie se convertir à l’occultisme. Il authentifiera des photos réalisées par des jeunes filles où l’on voit voler quelques fées. La photographe avouera, à l’age de quatre-vingt un an, qu’il s’agissait de dessins découpés, tenus à l’aide d’épingles à cheveux...
William Crookes un homme de science Anglais organisa une série d’expérience dans son laboratoire, de décembre 1873 à mai 1874, avec Florence Cook, une femme médium. Elle avait le pouvoir de faire apparaître Katie King, la fille d’un boucanier de l’époque de Charles II. Elle était aussi suspectée de fraude car les photographies de Katie King ressemblaient étrangement à Florence Cook qui était sensée être enfermée et attachée à proximité. Un dispositif de tentures blanches avait été mis en place avec pour objet de refléter la lumière lors des prises de vue, car elle n’apparaissait que quelques secondes dans l’obscurité... Crookes attesta le phénomène comme étant réel mais refusa de montrer les photos qui lui avaient permis d’étayer son diagnostic. Certains prétendirent qu’il avait succombé aux charmes de la jeune Florence Cook. Lors d’une séance Katie King déclara qu’elle allait se retirer. William Crookes abandonna par la suite ce type de recherche.
Le cas le plus étrange est celui de Ted Serios qui, de 1964 à 1967, faisait apparaître sur des polaroid, des images mentales. Dans le cadre d’expérience en public, on lui demandait de penser à un fer à repasser ou à un bâtiment, il y pensait, l’opérateur déclenchait l’obturateur et au bout de trois au quatre prises de vue une image plus ou moins nette de l’objet ou du bâtiment, apparaissait. Le phénomène resta inexpliqué.
Enfin ce livre consacre une partie importante aux matérialisations, il s’agit de visualiser des objets ou des personnes. J’avais en mémoire, la gamme des jurons du capitaine Hadock, où figure en bonne place le terme d’ectoplasme. Avec ce livre nous sommes servis en exemples d’ectoplasmes, tous les modèles imaginables y figurent. Ils peuvent sortir du nez, de la bouche, du nombril et même de vagin ! C’est une sorte de sécrétion humide, sous forme de fil qui se développe pour finir par disparaître. Parfois des images à plat y sont incorporées. Certains ont vu des traces de pliages des images, voire le nom du journal d’où elles avaient été extraites à leur revers, d’autres se sont étonnés car ces ectoplasmes ressemblaient étrangement à des fils de coton...
Cet ouvrage n’a pas pour objectif de convaincre le lecteur sur l’existence de forces invisibles, au contraire il raconte une partie de l’histoire de la photographie jusqu’alors occultée, qui fut l’outil de personnes peu scrupuleuses. A l’époque ou Photoshop n’existait pas, il n’y avait pas que des trucages grossiers, certains étaient passés maîtres dans la fabrication de fantômes. Très peu de ces images ont un caractère artistique ou esthétique, elles se voulaient être la preuve d’un phénomène surnaturel, on retiendra leur aspect historique et documentaire.
Une exposition présente les 250 images de ce livre, elle se tient à la Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 6 février 2005. Elle a été évoquée sur notre site dans le cadre du mois de la photographie. Le manque d’explication lisible, la très petite taille des photos originales rend l’exposition moins intéressante que le livre.
Informations pratiques, notation et achat :
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Parution : 05/11/2004 50 euros 230 x 287 mm 288 pages 280 photos ISBN : 2-07-01791 Note sujet : 5/5 Note photos : 3/5 Note textes : 5/5 Note esthétique : 3/5 |
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