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La terre de Mario Giacomelli vue du ciel à la BNF site Richelieu

Le département des estampes de la BNF présente une partie du travail du grand photographe Italien Mario Giacomelli en exposant cent soixante cinq de ses photos. Giacomelli naît en 1925, son père meurt alors qu’il n’a que neuf ans. Sa mère l’élève seule comme blanchisseuse dans une maison de retraite, le jeune Mario l’accompagne. Il ne va pas aller à l’école longtemps, à 13 ans il devient apprenti dans une petite imprimerie. Il va y faire carrière comme typographe et reprendra l’entreprise quand son patron parira à la retraite. Mario Giacomelli se considère avant tout comme imprimeur. La photographie, il la pratique pour son propre plaisir. Il réalise sa première photo en décembre 1952 dans son village de Senigallia dans la région de Marches. Pour faire ses prises de vues, il ne se cantonnera qu’aux environs de son village à l’exception de Lourdes.

En simplifiant on peut dire que Giacomelli a travaillé autour de grands projets :
- Les gens de son village
- Le séminaire non loin de chez lui
- La maison de retraite où travaillait sa mère
- Les champs et leurs sillons
- L’abattoir
- Les apparitions de visages dans des coupes de bois
- L’illustration de poèmes
- Lourdes
- Des mises en scène étranges sur la fin de sa vie, où des pigeons et des masques sont présents sur presque chaque photo.

Pendant cinquante ans (il décède en 2000), il utilisera presque toujours le même appareil photo, un Kobell. Il a horreur de la technique et ira jusqu’à faire enlever de son boîtier, par des spécialistes milanais, "tout ce qui n’est pas utile", sur la fin il est entouré de ruban adhésif. Giacomelli est considéré comme un marginal dans le milieu de la photo, il fait tout lui-même y compris les tirages, il lui est impensable de confier le tirage de ses photos à quelqu’un d’autre. Son labo est un beau capharnaüm, il n’a aucune notion du rangement, ses négatifs ne sont pas datés et à une époque ils étaient rangés dans un sac poubelle noir. Il lui arrive de tirer plusieurs fois la même image avec un titre et une date différente, il ne tient pas de compte du nombre de tirages. Il ne veut pas fréquenter le milieu de la photographie, il se considère comme un artisan. II était royalement ignoré mais c’est à partir de 1990 que la côte de ses photos a énormément grimpé.

Ses photographie sont hyper contrastées, sa formation de typographe, ne lui fait voir que du noir et du blanc sur les pages, ce qui ne laisse pas trop de place aux gris. Il y a, dans ses images de champs pris en altitude, la volonté de faire de la peinture, de transformer le paysage en un tableau noir et blanc, de sorte qu’on ne reconnaisse plus forcément les maisons les sillons. Tout devient trait, rayure sans perspective, comme dessin fait à la plume et à l’encre. Il faut savoir que pour réaliser ses images, il a demandé à des agriculteurs de labourer leurs champs dans tel ou tel sens, il a fait des croquis. Il a organisé ce que l’on croit naturel, il sculpte le paysage. C’est un ami qui avec son un petit avion, lui a permis de faire ses vues aériennes en basse altitude. Mario Giacomelli a également fait de la peinture pour son plaisir, on sent dans certaines de ses photos des coups de pinceau.

Ses images d’abattoir font penser immédiatement aux peintures de Bacon avec ses carcasses, ses têtes dépecées et dégoulinantes de sang. Ses clichés de vieux, parqués dans un mouroir sont touchantes, elles firent scandale à l’époque où elles furent prises, elles ne cachent rien de l’état de déliquescence du corps qui attend la mort. Elles sont une sorte de miroir, de ces vieux que nous serons un jour.

Enfin les photos les plus connues sont celles prises dans un séminaire où des jeunes curés tout habillés de noir jouent dans un champ de neige, à l’occasion d’une pause ou d’une récréation. Ce maître du noir et blanc réussi admirablement bien à faire ressortir la joie de ces adultes qui s’amusent de façon insouciante avant de rentrer dans une vie moins festive.

Une très belle rétrospective à ne pas manquer.

Un beau livre Mario Giacomelli d’Alistair Crawford, est réédité aux éditions Phaidon - Version brochée, 428 pages, 45 €

<b></b><br />© Photology, Milan - Mario Giacomelli
© Photology, Milan - Mario Giacomelli
<b></b><br />© Didier Gualeni / Photosapiens
© Didier Gualeni / Photosapiens
<b></b><br />© Photology, Milan - Mario Giacomelli
© Photology, Milan - Mario Giacomelli
<b></b><br />© Didier Gualeni / Photosapiens
© Didier Gualeni / Photosapiens
<b></b><br />© Photology, Milan - Mario Giacomelli
© Photology, Milan - Mario Giacomelli
<b></b><br />© Didier Gualeni / Photosapiens
© Didier Gualeni / Photosapiens
<b></b><br />© Photology, Milan - Mario Giacomelli
© Photology, Milan - Mario Giacomelli
<b></b><br />© Didier Gualeni / Photosapiens
© Didier Gualeni / Photosapiens
<b></b><br />© Didier Gualeni / Photosapiens
© Didier Gualeni / Photosapiens

Le dossier de presse

Informations pratiques :

Mario Giacomelli. Métamorphoses, le réel et au-delà
Bibliothèque National de France
Site Richelieu
Du 1er février au 30 avril 2005
 


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