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Par Didier Gualeni
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Larry Towell "no man’s land"

Ces photos décrivent le quotidien de la population Palestinienne qui vit dans la peur, les décombres et la haine. Toutes ses images sont en noir et blanc, un bon nombre de panoramiques donnent l’envergure de l’état des dégâts provoqués par les représailles Israéliennes. On voit l’enterrement d’un jeune garçon de 13 ans au crâne bandé, le mur vu de dessus avec de chaque coté des gens qui se rendent au travail, une femme qui se rend de l’autre côté et qui emprunte un passage improvisé, des familles dans les décombres de leur maison, des membre du Hamas cagoulés qui portent le corps d’un des leurs vers le cimetière. C’est ce drame quotidien fait de haine et de vengeance dont on apprend presque chaque semaine la nouvelle d’un attentat suicide et de représailles. Ces images ont également le mérite de faire voir des Israéliens manifester contre la construction du mur ce qui n’a pas été médiatisé. Tout au cours de l’exposition une bande son diffuse des bruits, des prières, des chansons Palestiniennes et Israéliennes ainsi que des poèmes dont Larry Towell est l’auteur.
Larry Towell a beaucoup exposé en Europe et en Amérique du Nord. Ses œuvres font partie de collections prestigieuses et ses reportages ont été publiés notamment dans le New York Times, LIFE, TIME, Rolling Stones, Géo et Stern. Il a reçu de nombreuses récompenses dont le prix HCB en 2003, le prix Hasselblad en 1999, le Alfred Eisenstadt Award en 1998, plusieurs World Press Awards, et le Eugene Smith Award en 1991.
Présentation de Robert Delpire commissaire de l’exposition
La Palestine. Gaza. Un pays de fracas et de larmes, de pierres et de sable, de désastre et de hontes. C’est ce rectangle de terre à l’avenir incertain, que Larry Towell, ce Canadien qui déteste voyager, a décidé de montrer. Car il n’est pas conforme Larry Towell. Pas conforme au point que, sur sa carte de presse, on lit seulement "Human Being". Ce qu’il est, à n’en pas douter.
Supposons que vous cherchiez à le rencontrer, ce photographe au grand coeur, familier des sujets sociaux, solidaire de l’homme dépossédé, chassé de sa maison, séparé des siens, de l’homme exilé, bafoué, perdu. Vous le cherchez. À Magnum ou sur un terrain qui brûle. Vous le trouvez. Mais connaissant sa réputation, vous vous attendiez à un archétype de reporter, à l’allure décidée, au costume presque militaire. Et vous voyez un homme calme et barbu, habillé comme un paysan, avec son chapeau de paille claire qui ne le quitte jamais et qui le signale dans une foule. Vous apprenez alors que ce photographe atypique et talentueux est un fermier qui cultive, dans l’Ontario, 75 acres de bonne terre, qu’il n’aime rien tant que photographier sa nombreuse famille, qu’il croit à la poésie plus qu’aux vertus de l’image, qu’il est aussi un adepte de la folkmusic, qu’il joue de la guitare et du bodhran, qu’il siffle superbement bien, au point que ses performances (ses amis Bird et Cherry l’accompagnant au xaphoon et au doudouk) sont présentées dans le monde entier. Ces informations rassemblées, vous regardez ses livres soigneusement et page à page, vous êtes vite convaincu que Larry Towell est de la race des grands. Il a cette compréhension de l’homme qui souffre, qui enrage de ne pas pouvoir vivre sa vie d’homme.
De page en page, vous voyez ces enfants qui ont la main lourde d’avoir lancé plus de pierres que de ballons, ces regards affolés d’angoisse, ces images aux plans contrariés comme si les gravats et les éboulis gênaient la progression de l’oeil dans ces ruelles aux maisons dévastées.
Il n’y a plus d’arbres. Restent quelques animaux, étranges étrangers à ce monde d’apocalypse, le lapin blanc tout de dignité qu’une vieille femme tient par les oreilles, ce rapace en souvenir des chasses du temps passé, ces vaches qui broutent dans les décharges, cet âne qui se détourne au bord du chemin de son frère éventré. Ce pavé noir, aussi, qu’un éclat de lumière change en pierre précieuse. Larry montre tout cela. À Gaza et ailleurs. Un devoir de mémoire. C’est une chanson, dit Mahmoud. C’est la chanson triste de la fin d’un monde, un hommage à l’agonie des hommes.
Le livre catalogue
"no man’s land" Ce livre reprend l’ensemble du travail de Larry Towell sur la Palestine Il est publié aux Editions textuel 128 pages, 130 photos noir et blanc Préface Robert Delpire Entretien avec Gil Courtemanche
De passage à Paris, Larry Towell dédicacera son livre "No Man’s Land" lors de la nocturne de la Fondation HCB le mercredi 22 juin de 19h à 20h30.






Informations pratiques :
Larry Towell "no man’s land"Du 15 avril au 6 août 2005
Fondation Henri Cartier-Bresson
En savoir plus sur :
- Larry towell Photographe
- Fondation Henri Cartier-Bresson Lieu d’expo
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