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Communiqué
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Exposition photo Brest (29)
Le Caire & Tante Juliette

La Galerie du Centre atlantique de la Photographie de Brest propose un ensemble quasi-rétrospectif des travaux de Denis Dailleux : une cinquantaine de photographies extraites de la série en couleurs réalisées en Afrique, et plus précisément en Egypte : Habibi Cairo – Le Caire. Un ensemble plus ancien – et très remarqué - des portraits de Tante Juliette – photographiée en noir et blanc est également montré à Brest. Il s’agit d’une série photographique intime et saisissante de portraits de Tante Juliette, un personnage hors du commun, qui devient un mythe magnifié par la photographie et ses mises en scène. Ici, Denis Dailleux raconte l’histoire intime de sa grand-tante et pose un regard facétieux sur le rapport qu’elle entretient avec son jardin de campagne.
Égypte - La mère du monde
C’est par cette périphrase amoureuse que les Egyptiens désignent leur pays. Et, pour Denis Dailleux, la rencontre avec l’Égypte a ressemblé à des retrouvailles, comme si un lieu maternel lui avait été rendu dans ces quartiers populaires du Caire où il s’est senti immédiatement en affinité avec une culture, un mode de vie.
Le choc émotionnel et visuel de cette découverte d’un pays de culture si riche, si fécond en rencontres, en couleurs, a stimulé et fascine encore l’oeil du photographe. Mais cet œil n’a rien de prédateur ou d’extérieur à ce qu’il enregistre. Denis Dailleux peut parler des heures durant de ses expériences égyptiennes en n’évoquant la photo, bien souvent, que comme un lien, un moyen de comprendre une culture et une justification de sa présence dans les quartiers d’artisans où il a, lui aussi, sa tâche à accomplir. Une relation forte, parfois amicale, toujours respectueuse, s’est ainsi établie. L’image n’est jamais volée, et, si elle est parfois mise en scène, ses modèles égyptiens savent d’ailleurs fort bien en jouer, en princes dont la pauvreté n’atténue en rien l’élégance naturelle.
C’est donc au fil des années une œuvre en développement constant que Denis Dailleux bâtit en Égypte. Il a commencé voilà dix ans à photographier en noir et blanc ces mêmes lieux, ces mêmes personnes sur lesquels il continue de travailler. La couleur s’est imposée d’elle-même, au fil du temps : la richesse chromatique de l’Égypte a sans doute joué un rôle déterminant dans cette évolution. En revanche, Denis Dailleux est toujours resté fidèle à un format carré dont il maîtrise parfaitement l’équilibre et les harmonies.
La galerie Camera Obscura avait déjà, en 1998, montré Habibi Cairo, premier manifeste amoureux en noir et blanc : "nous sommes heureux de voir se confirmer une œuvre, c’est à dire, à l’opposé des coups rapidement montés, un ensemble de photographies dont le temps est partie prenante, celui de la vie d’un auteur, et l’accompagne intimement".
Tante Juliette
Dans le village de son enfance vit un véritable personnage, une femme de caractère : la grand-tante de Denis Dailleux. Entre le photographe et son modèle, entre la vieille femme et le jeune homme, une complicité unique instaure un jeu grave et drôle, un jeu qui prend parfois des allures de défi, de combat. De chaque image se dégage une intensité généreuse que Denis Dailleux obtient, sans artifice, en conjuguant une véritable émotion à une mise en scène soutenue par un sens très sûr de la composition. Mais ces images sont autant la création du photographe que de son modèle. La grand-tante de Denis Dailleux est un phénomène - et l’on en vient à se demander lequel des deux a imaginé ces mises en scène saugrenues et hilarantes auxquelles elle se prête avec la malice évidente qui pétille dans ses yeux.
Sous les traits d’une vieille femme, c’est l’espièglerie d’une jeune fille qui décline ses attitudes, ses états d’âme : du regard perdu dans le vague à l’air revêche de l’ombrageuse paysanne. Mais malgré ces compositions, au-delà du jeu, c’est la vérité de cette femme qui s’impose, l’authenticité d’une présence farouche qui transfigure chaque portrait et nous immobilise à sa vue pour tenter vainement d’en saisir le mystère.
Belle comme un jour
Quand nous nous sommes retrouvés, tu avais quatre vingts ans. C’est à l’occasion d’un déjeuner chez mes parents que j’avais demandé si tu étais toujours de ce monde.
La vie nous avait séparés et tu étais tellement marginalisée par la pauvreté que si tu étais morte je pensais que personne ne m’aurait informé de ta disparition.
Je me souviens très bien de nos retrouvailles. Quand je suis arrivé dans la petite cour de ta ferme, tu étais campée devant ta porte, les mains posées sur les hanches prête à défendre ton territoire. Je t’ai demandée en te vouvoyant si tu me reconnaissais, tu m’as répondu, non, et quand je t’ai dis qui j’étais, tu as répondu : - Je croyais que j’allais jamais te revoir.
Lorsque je suis revenu te voir pour te proposer de poser pour une série de portraits de vieilles dames que je réalisais dans mon village, tu as refusé d’une manière catégorique. Tu ne voulais en aucun cas te déplacer, quitter ton temple. Les dés étaient jetés, ta modeste maison et ton jardin seraient notre théâtre.
Je t’ai d’abord photographiée en vieille paysanne avec ton panier de haricots sous le bras. C’était le souvenir que j’avais gardé de toi lorsque, enfant, avec mes parents je te rendais visite le dimanche soir. Tu me donnais la main et nous partions ramasser les noix sous les grands arbres dans le fond de ton jardin.
J’avais l’impression de vivre une épopée. [...]
Pendant les prises de vue, tu me permettais de fouiller ton âme, j’ y enfouissais la mienne. Tu étais tour à tour joueuse, malicieuse, grave parfois au bord des larmes, toujours pudique.
Le jour où je t’ai apporté tes photos parues dans la presse tu les as observées en parlant de toi à la troisième personne et tu as dit : - le sale coup d’oeil, j’aimerais pas la connaître celle là, et puis finalement tu t’es trouvée belle tu as dit : - on dirait une comtesse ; après avoir regardé le prix du magazine. Tu l’as jeté sur la table en disant : - vingt balles pour voir ma gueule, puis tu es partie dans ton jardin, me laissant seul.
Tu as eu ta première et unique machine à laver à quatre vingt cinq ans, elle trônait dans ta cuisine tu m’as dit : - c’est pratique pour laver les draps un point c’est tout !
Lorsque je t’ai transformée en statue végétale avec des feuilles d’alocasia et pendant que je te momifiais tu as saisi ma main comme pour me dire "aie confiance je suis avec toi".
Je suis venu te voir pendant une année sans faire d’images, tu t’étais lassée de nos prises de vue. Tu avais besoin de respirer et que je vienne uniquement pour toi.
C’est par une belle journée d’été que je t’ai expliquée tout l’enjeu que représentait cette révélation photographique. Tu m’as écouté sans prononcer un mot et puis tu t’es levée, tu t’es regardée dans ta petite glace pour vérifier ta coiffure, tu m’as dit : - Je suis prête.
J’étais fasciné par ta féminité, toi la rude paysanne qui, si le destin avait été plus clément avec toi, aurait pu devenir une Arletty, parce que tu avais un sens inné de la lumière et la capacité de t’abandonner. Après avoir reçu la visite du maire qui avait accueilli l’exposition qui t’était consacrée, tu m’as dit :
- Je cause pas avec la saleté, il me faut du beau monde comme toi.
Le jour de notre dernière séance de photo tu avais quatre vingt quinze ans, la grâce était sur nous, j’ai juste relevé le col de ton sarrau et tu es devenue aussi belle qu’une vieille aristocrate, tu irradiais. C’est la lumière dans tes beaux cheveux blancs qui m’a inspiré cette ultime image.
La dernière fois que je t’ai vue, tu dormais. Je n’ai pas osé te réveiller, J’ai seulement déposé les roses que j’avais cueillies pour toi dans un vase .
Avant de refermer la porte, je t’ai embrassée sur le front, tu avais cent ans. J’ai toujours su que, malgré l’absence d’étoiles dans ton ciel, tu n’aurais pas voulu mourir.
Tu me manques.Denis
Informations pratiques :
Le Caire & Tante JuliettePhotographies de Denis Dailleux
Du 24 avril au 28 juin 2008
Galerie du Quartz - Centre atlantique de la Photographie, Brest (29)
Vernissage lundi 28 avril 2008 à 18h00
Rencontre - dédicace le mardi 29 avril 2008 à 18h
En savoir plus sur :
- Denis dailleux Photographe
- Galerie du Quartz Lieu d’expo
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