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30/03/07 - Par JP. Houdry (usage interdit)  - 2105 visites  -  Impression (PDF) 

Le Labyrinthe Horvat

Le Labyrinthe Horvat

Quand en 1984, j’exposais pour le CAUE d’Angers dans une exposition collective organisée par l’Espace CANON et le Conseil d’Architecture et d’Urbanisme du Maine et Loire : "Regards sur l’architecture", mon nom inconnu résonnait avec celui de mes pairs : Jean-Loup Sieff, Peter Knap, Jean-Loup de Sauverzac et en l’occurrence Frank Horvat. La photographie d’un quartier de New-York, page 200 de l’ouvrage, me devint familière et me permis d’en connaître l’auteur, un homme réservé, simple, aimable. Par la suite, à travers diverses manifestations photographiques, je pus le revoir, toujours aussi discret -secret ?- et plein de cette gentillesse qui contraste parfois avec le côté "m’as-tu vu" de certaines "stars" de la photographie ! Ainsi le secret de Frank Horvat serait-il labyrinthique !?

Cet ouvrage de 320 pages en noir et blanc et couleur est une rétrospective des années de vie du photographe Frank Horvat né en 1928. Le parcours « labyrinthique » est bien nommé puisqu’en 60 ans de carrière le photographe revient à ses premiers amours, la photo confidentielle, avec la série intitulée "La Véronique 2002-2004" (pages 296 à 313).

Débuts passionnels du jeune photographe « juif errant » qui parcourt le monde : l’Inde, le Pakistan, puis l’Angleterre. Le photographe noir et blanc qu’il est alors raconte le monde qu’il voit et les histoires qu’il peut imaginer. Comme fidèle à sa déclaration : « j’aurais été un touche à tout... un outsider en somme », le photographe épris de littérature pioche dans la diversité du monde, ou des mondes, qui s’offre à lui. Ainsi déclare-t-il : « Pour moi, la photographie est plus un art littéraire qu’un art visuel, dans le sens qu’elle raconte des histoires. » Le jeune Frank raconte les scènes du quotidien, les émotions qui se dégagent des humains.

A l’inverse d’un Cartier-Bresson qui mise tout sur le rôle favorable du hasard qui permet de fixer sur la pellicule le « moment décisif », Frank Horvat témoigne plus simplement de ce qu’il voit. Ni puriste effréné du noir et blanc, ni surtout coloriste à part entière, « l’apparente diversité de sa production pourrait s’expliquer comme une résultante de l’embarras face à la pléthore des images possibles et de sa propre détermination à y trouver des signifiances », précise Martin Harrison dans la préface du livre. La pléthore d’images noir et blanc nait effectivement de ce goût pour les voyages, pour l’extérieur et la découverte d’autres gens rencontrés et photographiés avec un immense respect.

Horvat, pris plus tard dans les starting-blocks de la photographie de mode, est un homme qui ne peut s’empêcher de retourner à ses sources. Dans le labyrinthe de sa vie de professionnel et d’homme, il ne cesse de faire des allers et retours : reportages, photos intimes, mode, beauté des femmes et des mannequins, où le désir d’inclure tous les aspects possibles de l’être humain reste constant, preuve de ce labyrinthe des contradictions de l’âme humaine. Quand Horvat travaille pour les magazines de mode ou les magazines people : Elle, Jardin des Modes, Jours de France, Vogue, Harper’s Bazaar, il retourne spontanément à la rue pour photographier ses modèles. Le peuple des rues lui manque et il s’efforce d’utiliser la femme-modèle au contact d’une réalité moins factice : page 98 « Auvergne » témoigne de ce mélange d’artifices et de naturel... Images surranées certes, mais confrontées par opposition, par décalage avec le monde réel : page 146, pour Vogue, cette photo du mannequin dans la décharge ! Frank Horvat est en fait un de ces pionniers qui fait sortir la mode dans la rue. La confrontation monde factice/monde réel s’inscrit dans cette dualité nature/culture où les deux pôles s’en trouvent finalement grandis : page 112 « Etretat » et dans beaucoup d’autres travaux de mode à Londres, Paris ou New-York où il photographie tellement de modèles en les mêlant aux petites gens !

Le travail intitulé « Vraies semblances » pages 174 à 185 ou celui « Hors mode » pages 204 à 215 s’inscrit dans cette perspective de rehausser la noblesse des inconnus ou de plonger les stars dans l’univers des roturiers !

Si Frank Horvat n’est pas à proprement parler un « grand photographe couleur », il va néanmoins, selon lui, instaurer ce qu’il appelle les « instants-couleur », c’est-à-dire des plans à l’extérieur bien souvent où la couleur du sujet principal tranche sur l’univers plus monochromique des premiers Kodachrome ; on peut se demander si véritablement l’auteur retrouve la force de son noir et blanc ? « La série couleur 1963-1988 » pages 154 à 171 me semble un peu moins réussie, comme si l’absence de véritable couleur reflétait encore le non-choix d’Horvat pour toute forme de dogmatisme photographique ! Dans ce sens, Horvat se confrontera très tôt au procédé numérique qui lui sert à transcrire ses rêves et ses visions un peu cauchemardesques ou surnaturelles. Les séries « Bestiaires 1994 » et « Mythologies 1995-1997 » apparaissent comme très abouties pour un homme « classique » comme lui et qui découvre la force mystificatrice du traitement numérique.

Quand, dans sa retraite provençale, il retourne à son environnement personnel et familial pour le photographier et en témoigner (comme ce pari qu’il a fait dans ces mêmes années de faire une photo par jour) Horvat revint à ses origines : sentir le monde proche, s’émerveiller, s’approprier l’espace et les choses quitte à exclure, car il définit son travail, aussi, comme « un art de ne pas presser le bouton » ! En tout cas, « hors mode », Frank Horvat reste une sorte de « pierrot lunaire » qui veut garder à travers ses photographies les traces de sa propre vie d’être humain.


Informations pratiques, notation et achat :

Préface de Martin Harrison
320 pages
49,90 euros
Intérêt du sujet : 4/5
Photos : 4/5
Esthétique : 4/5
Mise en page : 4/5
 


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