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Le paysage n’est pas ce que vous croyez

Le paysage n'est pas ce que vous croyez

C’est sur le thème des paysages relégués que le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) de l’Ardèche réunit dans une même exposition les œuvres des photographes Pierre Canaguier, André Forestier, Jürgen Nefzger et Gilles Raynaldy ainsi que celles du plasticien Dominique Grain.

Pierre Canaguier

La Xantia, Grenoble (38), 1992 (c) Pierre Canaguier / Galerie Le Réverbère, Lyon
La Xantia, Grenoble (38), 1992
© Pierre Canaguier / Galerie Le Réverbère, Lyon

En quelque 170 années d’existence, le dispositif photographique n’a pas cessé de s’alléger. Les lourds équipements des pionniers ont laissé la place à des appareils légers, toujours plus rapides à manipuler, à régler. Ce qui me fascine dans ce moyen d’expression, c’est le temps d’enregistrement ultra court : en une fraction de seconde, tout est dit. Tout ce qui est là, face à moi, ce vivant coloré et nuancé, chargé d’histoire, vient brusquement chambouler trente et un centimètres carrés de gélatine photosensible. Au fil des années, je n’ai pas cessé de m’exercer à cette façon si spontanée d’aller vers la profondeur des choses. Et si mes images ne captent que rarement les êtres humains, elles s’intéressent immanquablement aux traces qu’ils ont laissées de leur passage, et qui me parlent d’eux. Je me suis attaché au caractère rapide, léger, presque superficiel de mes prises de vue. Un aspect qui contraste tant avec la pesanteur du tirage des épreuves sur papier aux sels d’argent dans la lenteur du laboratoire photographique. Cette légèreté, je la revendique. Elle me semble participer pleinement à la simplicité d’un signe graphique "immédiatement lisible" que je veux donner à mes photographies : un point de vue "porte d’entrée" sur un réel d’une infinie complexité. La légèreté en est la clé.Pierre Canaguier, juin 2006

 

André Forestier

Série Sont les deux mamelles..., 1993 (c) André Forestier / Galerie Le Réverbère, Lyon
Série Sont les deux mamelles..., 1993
© André Forestier / Galerie Le Réverbère, Lyon

Après avoir travaillé sur l’implantation du paysage dans la vie sociale avec S.I.T.e. (Sud, Images, Territoire) dès 1992, il s’emploie à montrer le monde paysager comme la résultante des multiples activités humaines qui, des plus humbles aux plus spectaculaires, aménagent, transforment, refigurent l’espace environnant.

Dominique GRAIN

Installation "Vegetal Terros" (c) Dominique Grain
Installation "Vegetal Terros"
© Dominique Grain

Le mode d’emploi est toujours le même : rassembler trois éléments, le végétal, l’os, la terre, dans un sac de routage et inscrire la verticalité de l’image, comme la vie : en haut la plante, en bas la terre, au fond l’os.

Le respect de ces procédures crée le sens.

La collecte de sacs de routage se fait à l’occasion des rencontres, des activités quotidiennes et professionnelles. On trie, on réserve, on accumule les sacs.

Les végétaux collectés sont plutôt des branches et des feuilles, à l’image d’un herbier : cueillir l’extrémité, le bout, ce qui est à portée de main et tend vers le ciel.

La terre meuble ou friable rappelle l’atelier de fabrication céramique… terre blanche, rouge, cuite, en morceau, en poussière, terre chamottée.

Les os sont récupérés des repas du dimanche et nettoyés. Ces trois éléments sont mis en sac, un peu à la manière d’un sculpteur, d’un paysagiste … souvent vient la terre en premier, puis les os, enfin la plante. Le sac est serré par un noeud et suspendu. A l’inverse d’un herbier, la plante y est un peu maltraitée, comme dans la nature, chahutée par une tempête ou écrasée par des pieds. Et on ficelle le tout en haut du sac...

Les sacs suspendus, accrochés arrivent à hauteur des yeux, soit en ligne, soit en série, comme autant de petits chemins. Très près de l’oeil. Selon le filtre du routage, tantôt net, tantôt opaque. Le spectateur a la possibilité d’apprécier l’image en 3D et peut tourner autour... Paysages imaginaires... au hasard du regard...

Végétal Terre Os – Vegetal Terros –
et voilà le travail...Dominique Grain

 

Jürgen Nefzger

Emplacement de camping à Nogent-sur-Seine, Aube, 2003 (c) Jürgen Nefzger / Collection FRAC Île-de-France - Le Plateau
Emplacement de camping à Nogent-sur-Seine, Aube, 2003
© Jürgen Nefzger / Collection FRAC Île-de-France - Le Plateau

Jürgen Nefzger égrène les indices. Entre les feuillages, par-delà la colline, là où on ne l’attend pas, point, là une cheminée et ses vapeurs, là un réacteur. Dans ce jeu de piste, il nous appartient de retrouver la trace de la centrale nucléaire. Sa présence est constante et subreptice. Elle est là, en filigrane, dans ces paysages ruraux ou de front de mer. Sous-jacente aussi, est l’ironie douce-amère qui parcourt ces images. A l’image de ses précédents travaux, le photographe portraiture une nature consommée, habitée d’usages. Le paysage s’annonce bucolique et affiche toutes les apparences du tableau romantique. C’est sans compter l’intrus, celui qui s’est logé au creux de ses vallées. L’immuable colonne de fumée, dense et opaque répond au cycle changeant des saisons, la cheminée installe sa silhouette dans le paysage… et dans les esprits. Le flâneur, haut perché, observe l’installation nucléaire depuis le panorama aménagé à cet effet (composé d’un banc et d’une poubelle, garante d’un environnement propre), absorbé dans une contemplation toute romantique. Pêcheur ou baigneur vaquent à leurs occupations avec bonhomie, sans sourciller de cette proximité. Pour un temps, on se laisse prendre au jeu de l’innocence mais la récurrence du motif vient nous rappeler la faille, pointer du doigt la fissure. Jürgen Nefzger a traversé et traverse encore l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, la France, l’Angleterre, l’Espagne en quête de leurs centrales nucléaires. L’inventaire dressé est vertigineux. Fluffy Clouds, toute l’ambivalence est là, l’adjectif est sympathique, la consonance aérienne, légère, et le ciel, chargé.Raphaëlle Stopin, Catalogue des Rencontres d’Arles, 2005

 

Gilles Raynaldy

Le futur terrain d'implantation du site bordé par les jardins ouvriers, Pierrefitte-sur-Seine, 2005 (c) Gilles Raynaldy
Le futur terrain d’implantation du site bordé par les jardins ouvriers, Pierrefitte-sur-Seine, 2005
© Gilles Raynaldy

Dans la Banlieue Nord de Paris, aux franges des communes de Pierrefitte-sur-Seine, Saint-Denis et Stains on trouve "le site des Tartres". C’est un secteur non urbanisé composé de champs, de jardins ouvriers et de terrains à l’abandon qui constitue une opportunité de développement majeur à l’échelle communale, départementale et régionale. Il accueillera les futures Archives Nationales et un vaste projet urbain. En hiver 2005, l’Emoc (Etablissement public de maîtrise d’ouvrage des Travaux Culturels) m’a demandé de photographier ces lieux.

Dans mon travail photographique, j’essaye de renouveler une écriture documentaire à la fois rigoureuse et poétique, dont les bases ont été jetées au XIXème siècle par de grands photographes tels que Baldus, Delmaët et Durandelle, et plus tard, Eugène Atget et Walker Evans. Leurs photographies d’architectures, de paysages ou d’intérieurs nous touchent. Elles transcendent leur statut de document pour atteindre à l’universel. Leurs qualités sont la simplicité, la discrétion, la neutralité. Aujourd’hui encore, il me semble que la photographie doit jouer un rôle important dans la quête de sens, individuelle et collective, nécessaire dans une époque perturbée par la surconsommation, la surabondance d’images et d’informations. Je crois à une photographie qui entretient un lien étroit avec le réel, qui sert de repère sans pour autant prétendre à la vérité. Ce type de photographie, qualifié de "documentaire", impose un temps de lecture qui engage la réflexion, s’opposant en cela, aux flux médiatiques, trop rapides, brouillés, éphémères.

La série sur "le site des Tartres", en partie montrée dans cette exposition, s’inscrit dans un projet photographique plus vaste, que je mène aux périphéries des villes. Je photographie ces paysages ordinaires, trop souvent considérés comme laids, parce qu’eux aussi font partie de notre patrimoine et méritent une place dans notre imaginaire du paysage.Gilles Raynaldy

 


Informations pratiques :

Le paysage n’est pas ce que vous croyez
Exposition collective
Du 21 janvier au 29 février 2008
Galerie d’exposition du théâtre de Privas (07)
 


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