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6/05/08 - Par Laurent Meynier (usage interdit)  - 344 visites  -  Impression (PDF) 

Le sténopé - Photopoche n°114

Le sténopé - Photopoche n°114 - Petite ouverture, mais esprit large

Petite ouverture, mais esprit large

Avec le sténopé, chaque photographe redevient un pionnier et marche sur les pas de Léonard de Vinci en réinventant l’outil visionnaire qui lui permettra d’exprimer sa représentation du monde. Un trou d’aiguille, un simple petit trou et un film photographique, voilà le principe ; le tout bien positionné dans une boîte. Il y a autant de variétés de sténopés que de genres d’adeptes différents qui l’utilisent, car les possibilités sont infinies : du bricoleur qui équipe une boîte de biscuits jusqu’au scientifique qui perce une micromembrane au rayon laser, le même principe est appliqué. Chacun à son niveau et avec ses outils peut réaliser son appareil de prise de vue.

Le livre relate précisément les faits notables de l’histoire de la chambre noire et la façon dont le procédé à évolué à travers le temps. C’est une partie très intéressante de l’histoire des techniques et de la photographie qui nous replonge dans l’Antiquité, la Renaissance, les grands découvreurs du XVIIe au XIXe siècle et jusqu’à nos jours. La technologie de pointe peut actuellement percer des trous si ronds et si fins que les astronomes travaillent de nouveau à des sténopés qui restituront une image encore plus précise de l’univers. Cela nous ramène immanquablement de l’infiniment grand à l’infiniment petit, et nous ouvre les portes imaginaires de l’absolu et de la réflexion…

Le sténopé se situe dans une mouvance philosophique qui défie le temps ; c’est un retour aux sources de l’image avec un grand « I ». À l’antiquité, Platon décrivait déjà les jeux de lumière et d’ombre qui se projetaient sur les murs de la « caverne », métaphore célèbre pour mettre en garde les hommes contre les pouvoirs subjectifs de l’image (c’est-à-dire la facilité de la croyance) au détriment de la réalité (difficulté de la connaissance). C’est précisément la base toujours actuelle de la problématique photographique dans sa globalité : La subjectivité de l’image nuit-elle (ou pas) à la transmission du savoir ? (aujourd’hui, nous dirions « à la communication de l’information »).

C’est grâce à la camera obscura que les peintres de la Renaissance ont pu étudier la perspective et restituer une vision théoriquement « objective » du monde. De cette « objectivité » est née la physique optique qui permettra à Kepler (au XVIIe siècle) de rédiger son traité d’optique, puis à Newton d’inventer un système de miroirs pour contrecarrer les abérations optiques des lunettes téléscopiques.

Car dans l’astronomie comme dans la photographie, les problèmes surviennent avec l’utilisation d’optiques (d’objectifs). Déformations, flous, bords sombres, phénomènes optiques parasites, artéfacts et abérrations chromatiques…

Pour résumer : pas d’objectif, pas de problème ! C’est tout l’intérêt du sténopé. Avec le sténopé, les perpectives sont logiques, les verticales sont droites, les horizontales ne sont pas galbées, la profondeur de champ est totale (hyperfocale), et si le trou est bien rond, tout est net, du bord de l’objectif jusqu’à l’infini. C’est de la physique pure, éternelle, Pascalienne, intemporelle… et donc un peu magique.

Les auteurs fourmillent d’idées quand aux applications de ce procédé et il est assez étonnant de voir le résultat ! Pictorialisme exacerbé qui nous guide à la lisière d’une forêt mystérieuse et impénétrable où observatoire creusé à même la terre, fourgonette sténopé, poing ou bouche obturateur, chalet transformé en chambre noire avec les réflexions du ciel et des nuages sur le sol, espace intimiste privé ou vision universelle, les illustrations sont toutes plus singulières et stupéfiantes les unes que les autres. En dernière page, une liste initiatique de sites internet, de galeries et d’auteurs spécialisés dans ce genre très particulier et très créatif.

Avec ce nouveau volume de la désormais célèbre (et incontournable) série « Photo poche », Actes Sud nous gratifie d’un recueil vraiment passionnant dont la thématique si évidente soit-elle n’a étonnament pas encore fait l’objet de beaucoup de parutions. Souhaitons que cette porte entre-ouverte sur un univers aussi riche et méconnu donne lieu à d’autres volumes en grand format pour le plaisir des yeux et la redécouverte du véritable esprit photographique.


Informations pratiques, notation et achat :

Format : broché
12,5 x 19 cm
144 pages
ISBN-10 : 2742770151
ISBN-13 : 978-2742770151
Parution : 5 Décembre 2007
Prix : 12,80 €
Notre appréciation
Intérêt du sujet 5/5
Photographies 5/5
Impression et reliure 5/5
 


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