Communiqué
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Le vert paradis

Le vert paradis du groupe AES+F réunit tous les projets consacrés au problème de l’enfance et de l’adolescence dans la société et la culture d’aujourd’hui, réalisés par les artistes au cours de ces dix dernières années (1997-2007). Les enfants constituent le facteur essentiel des espoirs des hommes et chaque civilisation créee sa propre mythologie de l’enfance ; par ailleurs les enfants et les adolescents sont comme un miroir grossissant de la société.
Le groupe AES+F aime poser avec brutalité des questions existentielles, sociales et philosophiques et exprimer ses idées dans un art particulièrement bien articulé à tendance nettement prophétique. Chaque nouveau projet, qu’il s’agisse des Suspectes (1998) ou de « Action Half Life (2003) est une sorte de provocation qui démolit l’idée que l’on se fait habituellement du bien et du mal, du pêché et de l’innocence, de la vertu et du vice.
La série Suspectes (1998) est constituée de 14 portraits photographiques de jeunes filles de moins de 18 ans. Sept d’entre eux ont été réalisés dans une colonie à régime sévère pour mineures ayant commis des meurtres injustifiés avec une cruauté particulière. Sept autres sont les portraits d’élèves d’écoles secondaires de Moscou, des fillettes de familles plus ou moins heureuses. L’installation au titre Suspectes présente les portraits des meurtrières et ceux des jeunes filles de bonne famille mélangés dans un ordre fortuit. Le public est sensé deviner lesquelles des jeunes filles représentées sur ces portraits ont été capables de tels crimes. Chaque visiteur se sent être un héros de Dostoïevski et se demande s’il n’aurait pas pu lui aussi se trouver parmi les suspects. Le cliché idéologique affirmant que « les yeux sont le miroir de l’âme » se révèle ici inutilisable.
En plus de questions existentielles, l’installation pose des questions sociales. L’agressivité féminine et enfantine a existé de tous temps dans toutes les civilisations. Cependant à certaines époques ce phénomène se manifeste avec une force particulière, et c’est le signe d’un état de crise de la société, de moments charnière de son évolution. C’est ce qui arriva en Russie au milieu des années 1990 lorsque, se retrouvant soudain dans une période transitoire après la destruction des normes économiques, sociales et morales de l’ancien régime soviétique, les gens cherchaient frénétiquement le moyen de survivre dans les conditions de l’apparition d’une nouvelle formation sociale et du « capitalisme sauvage » naissant. Il arrivait souvent que, particulièrement sensibles aux stress émotionnels, les femmes et les enfants ne tenaient pas le coup et leur réactions étaient parfois destructives et inadéquates.
Le projet Le Roi des Aulnes (2001-2004)
Il a été réalisé dans le palais Ekaterininski des environs de St-Petersbourg (Pouchkine), au Caire et dans le quartier Mannhattan de NewYork. Pour participer à ce projet, AES+F a choisi dans des agences de mannequins des enfants et des adolescents de diverses races, appartenant à divers types de sociétés et de religions. Cependant on remarque que leurs vêtements, leurs gestes et attitudes devant la caméra sont pratiquement identiques, ce qui montre à quel point les courants médiatiques que l’on déverse sur eux les forcent à adopter les critères d’un monde où la culture se réduit à la consommation et au glamour. Les enfants deviennent à la fois l’objet de la publicité et les sujets d’une pub qui se sert d’eux pour promouvoir de nouvelles marchandises sur le marché.
Le projet Action Half Life
Le nom de ce projet reprend le nom d’un jeu cybernétique populaire tiré à des millions d’exemplaires sur tous les continents. Ses héros, ce sont les mêmes adolescents-mannequins sélectionnés par casting parmi cinq cents candidats. Le paysage du projet, le désert du Sinaï, ressemble au lieu où se déroulent des épisodes de la Guerre des Etoiles. De même qu’Adam et Eve dans l’Eden, les héros du projet sont représentés au moment de la tentation, lorsqu’on leur met entre les mains l’arme de destruction mais ils ne savent rien encore de l’existence de l’enfer et du paradis. C’est pourquoi le regard est en général tourné d’un côté et leur arme dans l’autre, l’action ne commence pas encore. Lorsque nous entraînons les enfants dans le monde des jeux cybernétiques dont le but principal est de détruire tout et tout un chacun, nous ne pouvons que nous interroger sur les conséquences à venir.
Le projet Last Riot
C’est une nouvelle étape dans l’analyse d’un monde virtuel dont l’expansion frénétique engendre de nouvelles illusions et des prophéties eschatologiques. Si dans le projet Action Half Life les armes n’étaient que placées entre les mains des enfants, dans Last Riot c’est une véritable action qui commence. L’animation en 3D qui crée le modèle d’un cyberespace inspiré des mondes réels et médiatiques du XXe siècle se transforme en paysage fantasy du Paradis nouveau où le temps a été arrêté. On y voit les époques passées côtoyer le futur et la création côtoyer la décomposition. Les artistes peuplent ce paysage d’adolescents androgènes genre glamour qui se lancent dans une guerre-révolte contre eux-mêmes.
Dans ce combat il n’y a aucune différence entre la victime et l’agresseur, le masculin et le féminin, le bien et le mal, la prédestination et son absence. Ceux qui participent à cette dernière révolte revivent les mythes de tous les temps et de tous les peuples, confondus avec les mythes de la culture médiatique d’aujourd’hui, les clichés et stéréotypes de l’animation cybernétique. Leur danse-combat somnambulique fait écho à l’esthétique du Caravage. Tel le Hollandais volant condamné à l’éternelle errance, les héros de cette nouvelle cyber-épopée sont condamnés à un combat éternel. C’est une bataille sans verser le sang, sans douleur, un contact sans contact.
En analysant le monde d’aujourd’hui à l’aide de sa propre mythologie et de ses technologies les plus modernes, les artistes exploitent la photographie de mode, les médias publicitaires, la culture populaire, la culture de masse et la culture des jeunes, des éléments du cinéma hollywoodien, ainsi que l’esthétique classique des maîtres anciens pour créer leur propre langage virtuel. Ce langage leur sert à présenter les plaies de la civilisation globalisée du XXI siècle où le monde virtuel évince de plus en plus le monde réel.
Informations pratiques :
Le vert paradisPhotographies de Arzamasova Tatiana, Evzovich Lev, Sviatski Evgueni et Fridkes Vladimir (AES+F)
Du 8 novembre 2007 au 7 janvier 2008
Passage de Retz (Paris, 3ème)
Tarif : 8 €, réduit : 5 €
En savoir plus sur :
- Passage de Retz Lieu d’expo
- AES+F Collectif
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