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Communiqué  - 248 visites  -  Impression (PDF) 

Leo Fabrizio, Peter Granser et Robert Voit

Leo Fabrizio, Peter Granser et Robert Voit - Regards croisés sur le paysage globalisé

Regards croisés sur le paysage globalisé

Robert Voit, Peter Granser et Leo Fabrizio mènent une réflexion sur le paysage. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Le paysage est l’un des thèmes majeurs de la photographie, au même titre que le portrait ou le reportage. Leur travail prend néanmoins une dimension particulière, et sans doute faut-il y voir la marque de leur génération (ils sont âgés de moins de quarante ans), dans le choix qu’ils opèrent dans ce vaste champ du paysage.

Tous trois s’intéressent à ce qui pourrait se nommer la « marchandisation » du paysage. Comme la plupart des biens aujourd’hui produits dans le monde, le paysage devient un objet économique susceptible d’être exporté. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer le lent mais inéluctable phénomène de "globalisation" des centres villes qui peinent à se différencier d’un pays à l’autre, tout au moins dans les pays dits occidentaux. Les mêmes enseignes, les mêmes dispositifs architecturaux, les mêmes panneaux publicitaires..., le paysage tend à ne plus présenter aujourd’hui d’identité culturelle singulière. Au contraire, il inscrit dans nos mémoires une uniformisation grandissante.

Robert Voit traque dans le monde les antennes relais téléphoniques camouflées en arbre (pin, palmier, cactus, cyprès ....) afin de "préserver" des paysages que l’on voudrait faire passer pour naturels et inoffensifs. Peter Granser, en photographiant l’univers volontairement clos de villes sécurisées, réservées à une population socialement, culturellement, "générationnellement homogène", pose assez crument la question politique du partage d’un territoire donné. Enfin, Leo Fabrizio s’attache au basculement de la nouvelle bourgeoisie en Thaïlande en matière de construction de logement. Ces "nouveaux riches" sont fascinés par les modèles occidentaux.

Leo Fabrizio : Dreamworld

Dans une mégapole, où chaque espace est le théâtre d’une lutte pour l’occuper, entre jungle et marais, autoroutes ou buildings, se dégagent de véritables décors de théâtre. Désertés de toute présence, ils semblent être les témoins d’une représentation qui s’est achevée. Il en découle alors un certain vertige, comme si les décors du théâtre se suppléaient au réel, devenant la seule référence. Les lacs des golfs une allégorie de la nature, les lotissements à l’Américaine l’unique perspective. Tout ce que l’on construit, l’architecture, n’est elle pas une représentation matérielle de nos rêves ? Mais dès lors, si toutes ces représentions sont l’ordre du décor en carton-pâte, creuses mais clinquantes, qu’en est-il de nos rêves ?

Leo Fabrizio développe un travail photographique documentaire sur le paysage (…) Il promène son objectif sur des réalisations fascinantes développés par l’homme, qui font chacune référence à leur façon au paysage naturel (…) Les objets photographiés par Leo Fabrizio apparaissent comme de véritables décors de théâtre. Le photographe, qui travaille à la chambre pour ne perdre aucun détail, se montre captivé par des constructions créées par l’être humain pour se protège, mais où la nature demeure un idéal auquel il est nécessaire de se référer.

(c) Leo Fabrizio
© Leo Fabrizio

Peter Granser : Sun City

Je m’intéresse depuis longtemps à la manière dont les États-Unis influencent le monde, tant au niveau politique que dans la vie quotidienne. Suite à un article paru dans un magazine allemand sur "Sun City", je me suis rendu au fin fond du désert de l’Arizona dans cette "ville du soleil", première cité américaine construite exclusivement pour des retraités. Il en existe aujourd’hui soixante-dix aux USA... et aucune en Europe.

Toute personne de moins de cinquante cinq ans en est exclue le soir venu, il n’y a pas d’enfants et donc pas d’écoles, pas d’agitation. Rien de ce qui fait la vie normale de nos cités ! Les habitants de Sun City se sont enfermés dans cette vie complètement artificielle, retraités riches et déjantés aux tristes villas clonées. De la piscine au salon de coiffure, d’une hot-dog party à un concours de majorettes, du stand de tir au bureau du shérif bénévole, ces "heureux retraités" coulent une vie dramatiquement préservée du monde extérieur, à l’abri de murs et grillages sous alarme, protégés 24 h sur 24 par une police privée.

J’ai curieusement été bien accueilli parmi eux et ils ont appréciés ces images... Sans doute s’y sont-ils vus tels qu’ils sont et n’ont-ils pas remarqué l’ironie derrière l’image ! Ce microcosme est une représentation qui peut paraître caricaturale mais reste très fidèle aux aspirations de la classe moyenne blanche dans son ensemble, avec son désir d’échapper complètement au monde réel, de se concentrer sur elle-même. Leur patriotisme notamment est extrême : là-bas même les bouquets de fleurs sur les tombes ont la forme du drapeau américain ! Si je suis critique, c’est à l’égard du système. Leur mode de vie est comme un paroxysme de "l’american way of life", quelque chose d’insupportable si on n’est pas né dedans... mais la photo est pour moi un moyen de comprendre ce qui m’est a priori inaccessible. Peter Granser

(c) Peter Granser
© Peter Granser

Robert Voit : New Trees

Dans New Trees ("nouveaux arbres"), Robert Voit a choisi de montrer avec ironie que les dessous de la télécommunication ont déjà touché depuis longtemps le domaine visuel. L’inventaire pictural, qu’il poursuit depuis 2003, des poteaux téléphoniques transformés en arbres artificiels, érigés dans la nature aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud, en Corée, en Italie et au Portugal, rend un hommage superficiel à une volonté créatrice guidée au départ par un désir de conciliation.

Pour compenser visuellement les dangers des installations électriques, les poteaux téléphoniques sont habillés de "capuchons magiques" en plastique qui imitent la nature, de telle sorte qu’ils apparaissent dans le paysage comme des formes idéales de végétation. La large palette des équipements de camouflage inclut des arbres à feuilles et des conifères, des palmiers et d’énormes cactus. Une industrie lucrative spécialisée dans la fabrication de ces arbres artificiels a émergé avec des perspectives de développement considérables ; actuellement, elle s’implante sur le continent européen (…)

Classés ainsi en tant qu’objets uniques, ces arbres factices prennent de fait une place absurde qui crée le besoin d’une "nature artificielle". Dans New Trees, l’arbre, traditionnellement porteur de sens, devient un emballage grotesque et clinquant.

(c) Robert Voit
© Robert Voit

(c) Peter Granser
© Peter Granser
(c) Robert Voit
© Robert Voit
(c) Leo Fabrizio
© Leo Fabrizio

Informations pratiques :

Photographies de Leo Fabrizio, Peter Granser et Robert Voit
Du 4 décembre 2007 au 9 mars 2008
Galerie de La Filature (Mulhouse, 68)
Entrée libre
 


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