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Par Didier Gualeni
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Exposition photo
Les Mers de Dominique Maurizi à la galerie Claude Samuel

Dialogue sur les crêtes pour Dominique Maurizi par Patrick Kéchichian
- Vous êtes plutôt mer ou plutôt montagne ?
Vous savez bien, montagne.
Mais pourtant ces flots à nos pieds, comme un animal domestiqué ou au contraire ce grondement, ces vagues qui menacent de tout submerger, cet assaut liquide qui nous fait fondre...
Oui, mais non.
Je vous vois venir, alpiniste obstiné, cramponné à votre rêve, avec ce sommet au loin dont l’idée vous enivre par avance... Et tout cela bien calé dans votre fauteuil, noircissant vos cahiers. Sans vous mouiller si j’ose dire.
Halte-là ! Est-ce que je débine, moi, votre mer ? Est-ce que je me moque du nageur entre deux eaux, du plongeur palmé, du marin musclé au maillot mouillé et de tous les capitaines ? De ce ressac, de ce bouillonnement qui scintille et de ces marées au perpétuel mouvement, ai-je fait des motifs de plaisanterie ? Oh, je les connais bien, allez, vos mers mortes, de glace ou de sable, votre vieil océan sentencieux, et ces grèves qui longent chastement une éternité dont elles ne savent rien, ces phares et ces falaises en avant-garde d’un combat qui n’a jamais eu lieu, le bruit sourd des galets brillants sous la lune aux soirs d’équinoxe, et tout ce sable fin innombrable...
Allons, calmons-nous...Je ne suis pas plus l’avocat des flots bleus que vous des hauteurs blanches. Quoique... A vous entendre... Parfois... Cette obsédante verticalité... Cette tentation intégriste en faveur du but à atteindre, là-haut, très haut... Mais cherchons, voulez-vous, quelque terrain d’entente bien plat et retiré, loin des abîmes et des sommets.
Non, pas d’entente préalable, pas de paix négociée. Cessez d’ignorer combien notre divergence est fondamentale, et même fondatrice. Tandis que vous vous perdez dans la contemplation de l’étendue marine, cette obsédante horizontalité, qu’un miroir sans limites vous renvoie incessamment l’image de votre impuissance, moi je pars, oui, concentré, fervent, à la conquête des hauteurs. Je suis attendu, je ne serai plus jamais seul. Certes, je ne suis pas moins impuissant que vous. Mais tandis que l’océan vous avale, je me tiens, en équilibre, à la pointe de l’aiguille. A la dune frêle qu’un coup de vent dissout, à vos châteaux d’eau, de rêve et de sable, j’oppose la permanence de la montagne, le vertige des crevasses et la lente, majestueuse avancée du glacier.
Je laisserai à la houle le soin de vous répondre et à l’immense entonnoir de la mer celui de vider notre querelle. Montez tant que vous voudrez vers je ne sais où. Eprouvez la dureté du rocher tendis que je m’avance, nu comme au premier jour, vers le grand berceau liquide. Allez à votre terme, moi je retourne à mon origine.
Patrick Kéchichian - janvier 2005
Légendes : Mer 1, Mer 4 et Mer 5. Mers tirage N/B sur Cartoline 60 x 45 cm, éd. 3
d’après le communiqué de presse)
Informations pratiques :
Dominique Maurizi - MersDu 23 mai au 4 juin 2005
Galerie Claude Samuel
En savoir plus sur :
- Dominique maurizi Photographe
- Galerie Claude Samuel Lieu d’expo
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