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23/10/05 - Par Loïc Fel  - 736 visites  -  Impression (PDF) 

Les correspondances d’Isabelle Waternaux

Les correspondances d'Isabelle Waternaux

Correspondances d’Isabelle Waternaux rassemble et mêle plusieurs séries de la photographe française de 46 ans qui toutes, abordent la problématique du corps vivant. Réalisées entre 2000 et 2003, ces œuvres affrontent le questionnement de la vitalité du corps, par le mouvement tout d’abord, avec plusieurs séries de portraits de danseurs nus en action rassemblés sous le titre Stillness, puis sur l’intériorité et l’identité avec une série de double portrait à l’effet saisissant de la série Ecarts, en fin d’ouvrage, après la note d’Eric de Chassey, des captures vidéo de Rachid Ouramdane reprennent les deux types de constructions d’image précédentes. Le tout est ponctué de photographies du ciel australien et enchâssé entre deux clichés de la pointe de Manhattan à un mois d’intervalle : août puis septembre 2001.

Ce n’est pas gratuit. L’organisation du livre fait d’autant plus sens que l’artiste l’a conçu en collaboration avec l’éditeur. Ainsi, nous pourrions supposer que le carcan constitué par la disparition du World Trade Center appuie sur l’idée vitaliste que les clichés sont des instantanés de vie, mais de la vie qui passe, que la photographie ne peut retirer, mais dont elle peut témoigner. Pour les ciels australiens, nous pourrions aussi penser qu’ils infèrent au lecteur la notion de souffle et de respiration, nécessaire aux mouvements des danseurs, et à la vie des corps des modèles.

Ceci est abordé de deux manières principales, des thèmes éculés en photographie, mais redynamisés par un regard original.

 (c) Isabelle Waternaux
© Isabelle Waternaux

Tout d’abord concernant les instantanés sur le mouvement, il n’y a ni tricherie ni construction esthétique. En effet, les danseurs sont pris sur le vif, quitte à obtenir des clichés incongrus, des positions surprenantes ou des flous surréalistes. Les positions de dos sont particulièrement signifiantes, le visage étant caché, symbole absolu traditionnel de la signifiance et de la vie, c’est la seule tension des corps nus, souvent musculeux, parfois grotesques, qui représente la vie. Mais ce choix esthétique rend d’autant plus vivant ces corps dont les positions impliquent les incongruités, l’honnêteté et les imperfections du réel.

Pour les portraits, le doublement des clichés aux différences totalement imperceptibles tient de la même logique. En effet, en revisitant la facture classique du portrait, à savoir en buste nu sur fond neutre, Isabelle Waternaux induit une expérience inattendue pour le spectateur/lecteur. Ces visages sans mimique ou expression particulière, un peu comme dans les portraits officiels peint à la Renaissance, n’ont pas du tout la morbidité ou l’immobilité de ces modèles. En effet, le doublement permet de susciter une impression de vie, de quelque chose d’imperceptible et d’intérieur qui passe d’un portrait à l’autre, on recherche spontanément les nuances, et ne pouvant les identifier, elles ne peuvent être attribuées qu’à la vie elle-même, inscrite dans le temps continu et contiguë de ces portraits.

Enfin, la redondance de ces figures, mais issues de la série de capture vidéo placée en fin de volume, permet d’explorer les limites de la photographie et des textures différentes, plus vivantes encore peut-être. La qualité des images, au grain plus fort et au mouvement plus fluide, permet un dialogue et peut nous servir à réfléchir aux statuts des supports photographiques, traditionnellement dévolus à l’immobilité et à une fonction documentaire, opposé à la vidéo, apte à rendre le mouvement et dévolue très récemment à des recherches artistiques. Le travail d’Isabelle Waternaux décomplexera le photographe et montre bien que caméra et appareil photo exercent leur art à armes égales.

 (c) Isabelle Waternaux
© Isabelle Waternaux

Ainsi, ce travail abouti, proposé dans une édition elle-même très pensée, construit une monographie cohérente et signifiante dont le parcours permettra au lecteur de s’interroger avec la photographe sur l’intériorité et la vitalité bien sûr, mais de façon plus formelle sur les possibilités de la photographie à les restituer et à les conserver, hors des schèmes traditionnels et loin de tout conformisme.


Informations pratiques, notation et achat :

Parution : février 2005
Bilingue français - anglais
69 Photographies couleur
80 pages, cartonné
Format 21 x 26 cm
ISBN : 2 912688 55 8
Prix : 25 euros
Note sujet : 4/5
Note photos : 5/5
Note textes : 5/5
Note esthétisme : 5/5
 


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