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Les îles grecques : la fin d’un monde

Les îles grecques : la fin d'un monde

Quand je me suis rendu en Grèce pour la première fois il y a vingt ans, dans le village d’Olympos à Karpathos, les gens s’éclairaient encore à la bougie et à la lampe à huile. La nuit l’atmosphère était biblique. Mais même de jour, survivait un mode de vie qui n’avait guère changé depuis l’Antiquité. Les villageois avaient gardé une langue proche du grec ancien, les femmes, même jeunes, continuaient à s’habiller en costume traditionnel, les moulins à vent continuer de moudre un grain dont la moisson avait été récoltée à la faucille-non par ignorance mais par choix, car beaucoup de villageois expatriés puis revenus d’Australie ou d’Amérique connaissaient les techniques modernes.

Cette harmonie avec un rythme de vie ancien, monotone, frugal et paisible se retrouvait dans beaucoup d’autres îles qui, oubliées à la pointe Sud de l ’Europe, se tenaient dans un léthargie sereine. A part quelques îles déjà touchées par le bulldozer du tourisme (à l’époque Rhodes, Corfou, Mykonos, Santorin essentiellement) les autres continuaient à vivre selon un mode ancestral. A Skyros en 1981, je me souviens de l’étonnement de mes loueurs à qui je demandais un clef pour ma chambre. Il n’y avait pas de clef parce qu’il n’y avait pas de serrure et il n’y avait pas de serrure parce qu’il n’y avait pas de vol.

Grêce pope, 1980
Grêce pope, 1980
© François le Diascorn

Ces sociétés agrestes (pain, vin, olivier, basilic, élevage de chèvres, un peu de pêche) vivant au rythme du soleil et des saisons, acceptant meditativement le temps qui passe, et la mort inéluctable, se contentant de peu dans l’austérité et la probité, auraient pu être une leçon pour nous, prisonniers de la société de la vitesse, de l’argent, de l’énervement et de l’esbroufe. C’est pourquoi, et les statistiques le montraient, c’était en Grèce (et plus spécifiquement dans l’île de Crète) que la combinaison du manque de stress et la cuisine à l’huile d’olive produisaient le plus grand nombre de centenaires d’Europe. Dans ces îles ce n’était pas seulement l’espérance de vie qui était plus grande, c’était l’espérance et la certitude d’une meilleure vie. Aujourd’hui les choses ont bien changé. Ce qui aurait pu constituer un conservatoire du bien-vivre face à la surconsommation effrénée et folle du monde occidental, a succombé aux coups de boutoir du tourisme de masse qui a opéré une véritable catastrophe culturelle. Les villages traditionnels placés sous le soleil et au bord de la grande bleue sont rentrés dans la course à l’argent. Ils sont devenus des réserves d’indiens où des groupes massifs d’estivants en uniforme (tee-shirts, shorts et chaussures de sport) viennent photographier les indigènes à bout portant. Même la proverbiale hospitalité grecque s’effiloche devant l’argent-roi. La manière grecque de vivre n’a pas entièrement disparu mais elle est en danger extrême. Ces photographies sont un hommage nostalgique à un monde quasiment effacé.


Informations pratiques :

Les îles grecques : la fin d’un monde
Photographies de Fançois le Diascorn
Du 3 au 30 mai 2007
Palais de la culture (Puteaux)
 


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1 Message

  • 138 Les îles grecques : la fin d’un monde
      3 mai 2007 13:50

    J’ai connu ces lieux porteurs de cette même douceur de vivre, du temps qui passe dans un espace apaisé, serein, au plus prés de la nature et de l’essentiel. Je retournerai malgré tout dans ces lieux magiques, ou la lumière exprime pour moi ce qu’il y a de plus vrai, de plus absolu.

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