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Photographe Industrie
Par Floreal Meneto  17/12/09
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Livre photo ethno, humanisme, histoire

Les livres de photographies japonais

Les livres de photographies japonais - des années 1960 et 1970

des années 1960 et 1970

Les livres de photographies japonais des années 1960 et 1970 de Ivan Vartanian présente une sélection des publications les plus marquantes de l’histoire de la photographie niponne.

L’histoire commence après la Seconde Guerre mondiale. En Occident, Werner Bishop publie son livre Japan (1954). Un long reportage dans lequel dialoguent un Japon traditionnel, un peu folklorique et un autre moderne, militairement occupé, marqué des stigmates de la guerre, mais allant de l’avant. Une vision enthousiaste, ça et là teintée d’exotisme. La photographie japonaise, elle, sort du pictorialisme pour se consacrer au documentaire.

Des magazines, tels que Asahi Camera, Sambei Camera ou encore Nihon Camera, commandent et publient des sujets, proposant aux photographes entre 2 et 16 pages. Le livre n’est pas en reste et devient un des supports privilégiés de la photographie, l’imprimé l’emportant sur la cimaise. Daido Moriyama exprime bien cette originalité lorsqu’il explique :

Quand j’ai commencé à photographier, j’ai vraiment eu le sentiment qu’une photographie était quelque chose qui sortait d’une presse rotative. C’est pour cette raison que je n’aime pas les expositions organisées à partir de tirages.

 

Le mérite du livre de Ivan Vartanian est de proposer une histoire de la photographie japonaise d’après-guerre à partir des ouvrages alors publiés. De larges extraits sont également reproduits, accompagnés d’une notice et d’un commentaire replaçant les livres dans leur contexte ou soulignant leur intérêt. On découvre l’application particulière apportée à la fabrication et au montage des images, fruit de la fertile et innovante collaboration entre éditeurs, graphistes et photographes.


Documentaire sociale

Dans les années cinquante et au début des années soixante, les photographes s’intéressent surtout aux questions sociales. Avec Snow Land (1956), Hiroshi Hamaya explore un village reculé et photographiant ses rites et ses coutumes, veut témoigner sur « le mode de vie traditionnel au Japon ». Ken Domon se penche sur la vie à Hiroshima (Hiroshima, 1958) ou sur celle des enfants pauvres de la ville minière de Chikuko (Les enfants de Chikuko, 1960). Dans Minamata Disease (1965), Fumioki Kuwabara dénonce la pollution industrielle que subissent les habitants d’un village de pêcheurs, six ans avant qu’Eugene Smith fasse son célèbre reportage sur le même thème. L’agence VIVO, créée en 1959, notamment par Shomei Tomatsu, révolutionne le documentaire en lui donnant une tournure plus personnelle et plus esthétisante. A cet égard The Map de Kikuji Kawada (1965) est remarquable. Traitant de la défaite, il évoque son sujet d’une manière presque abstraite qui tient plus de la vision que du travail journalistique. Dans la même veine, très graphique, citons le Man and Woman de Heiko Hosoe (1961), Japanesque de Ikko Narahara (1970), Photo Express Tokyo de Keizo Kitajima (1979).



Provoke

La publication à partir de 1968 du magazine Provoke est le point culminant de cette évolution. Dans le manifeste ouvrant le premier numéro, on lit :

A ce moment singulier – maintenant où le langage perd ses repères matériels sa réalité en somme et dérive dans l’espace, nous, les photographes, devons continuer à saisir avec nos yeux ces fragments de réalité qu’il est impossible de capter avec le langage existant, et veiller à présenter des matériaux face au langage et à la pensée.

 

Dans les années soixante-dix la collaboration des éditeurs Shoji Yamagishi et John Szarkowski révolutionnera la façon dont on fait les livres de photographie avec une série de dix monographies, les Eizo no gendai, parmi lesquels on retrouve Shoji Ueda ou Daido Moriyama. Les publications de cette période sont surtout des essais (Pour un langage à venir de Takuma Nakhira en 1970, Towards the City de Yutaka Takanashi en 1974) et des récits intimistes comme Le Voyage romantique de Nobuyoshi Araki (1971) ou le tardif, mais mythique, Ravens de Masahisa Fukase (1986). La conception soignée de ces recueils, souvent imprimés en héliogravure, parfois présentés dans un coffret, profitant toujours d’une direction artistique de grande qualité, leur donne des caractéristiques physiques qui en font des objets à part entière, au-delà de leur contenu. Les collectionneurs ne s’y sont pas trompés. Beaucoup des ouvrages qu’on pourra voir ici sont introuvables ou très onéreux. Les livres de photographies japonais des années 1960 et 1970 rend accessible, et ça n’est pas son moindre mérite, ces publications dont le but était « de montrer le monde de façon différente, de permettre au lecteurs de s’écarter de certains préjugés et stéréotypes, de réfléchir différemment » (Ivan Vartanian).




Infos pratiques, notation et achat :

Les livres de photographies japonais des années 1960 et 1970
Editions du Seuil (24 septembre 2009)
Relié : 31x24 cm
240 pages
Langue : Français
ISBN-10 : 202098959X
ISBN-13 : 978-2020989596
49 euros
 


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