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20/11/07 -
Par Marie Moignard
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Lettres d’Egypte

Un voyage de mots et d’images
Les très sérieuses éditions de l’Amateur inaugurent une nouvelle collection. Baptisée « Sépia », orientée vers la photographie ancienne et dirigée par Sylviane de Decker Heftler, elle a pour objectif de donner davantage de place aux clichés du 19e siècle, parmi les monceaux de publications contemporaines. Un beau pari à relever. Alors, pari réussi ?
Le numéro 2 de cette collection est consacré à un sujet à multiples entrées : basé sur les lettres écrites par Flaubert à sa mère lors de son voyage en Egypte (1849-1850), elles sont mises en parallèle avec les photographies de Maxime Du Camp, l’un des premiers photographes voyageurs français, et compagnon de Flaubert pendant de ce périple. Ces clichés sont eux-mêmes complétés par ceux de Francis Firth, célèbre pour ces vues d’Egypte plus tardives (1856-59), et celles de Ferrier et Soulier, encore postérieures (1870).
Les images qui nous sont proposées ne sont donc pas toutes le reflet de l’Egypte découverte par Flaubert, et ne représentent pas de manière cohérente l’énorme corpus de photographies prises par Du Camp lors de ce voyage. 214 négatifs sur papier ont été réalisés en partie en Egypte, développés ensuite en intégralité à Rome sur le chemin du retour, et tirés dans une sélection de 125 clichés par les ateliers Blancquart-Evrard, précurseur en matière de technique photographique. Ce livre, intitulé « Egypte, Nubie, Palestine et Syrie, dessins photographiques recueillis pendant les années 1849, 1850 et 1851 », fut l’un des premiers ouvrages entièrement illustrés par la photographie. Le lecteur se voit alors projeté dans un univers légendaire, celui des pionniers de la photographie du 19e siècle.
Le brassage de ces multiples déclinaisons de sujet a le but honorable de s’adresser à un maximum d’ « amoureux » : les amoureux de Flaubert, les amoureux de l’Egypte et les amoureux de la photographie ancienne. Mais comme nous le savons, il est difficile de contenter tout le monde.
Les amoureux de Flaubert seront certainement quelque peu déçus : comme il le dit lui-même dans ces premières lettres, il n’y a là « rien de bien curieux ». Excepté le ton familier et parfois drolatique qu’il emploie avec sa mère, Flaubert raconte les anecdotes de son voyage, tentant de distraire sa « pauvre vieille » comme il se plaît à la nommer. Regrettant quelque fois la vie Rouennaise où il l’a laissée, ces description de l’Egypte sont bien sûr finement amenées, mais n’ont pas le goût d’un Orient aimé. Elles se concentrent plutôt sur les curiosités d’un territoire étranger, visité en conquérant comme bon nombre de voyageurs de cette époque.
Les amoureux de l’Egypte y trouveront certainement plus leur compte. Les informations distillées par Flaubert au fil de sa correspondance donnent malgré tout un bon aperçu du pays, à l’époque en pleine ouverture sur l’Occident, et en particulier à Alexandrie, ville cosmopolite où l’écrivain côtoie aussi bien le grand Soliman Pacha que des citoyens européens. Les vues sélectionnées par Sylviane de Decker Heftler donnent un majestueux panorama des grands sites archéologiques, mais aussi de splendides vues du Caire et de ses ruelles.
Les clichés orientalistes y vont bon train, et la fièvre de l’Egyptomanie, initiée sous Napoléon Ier, est toujours palpable dans les vues de ruines, de temples et de pyramides, même près d’un siècle plus tard. On se délecte alors de voir ces lieux mythiques (presque) vierges de toute intervention occidentale, lorsque les archéologues anglais et allemands reluquaient déjà sur ces trésors pour les reconstituer tels quels dans les musées du Vieux Continent. Flaubert et Du Camp ne dérogent pas à la règle puisqu’ils rêvent, quant à eux, de dénicher quelques momies à échanger contre le financement de leur voyage.
Bien évidement, ce sont les amoureux de la photographie ancienne qui seront les plus comblés. La beauté époustouflante de ces images trompe, comme souvent, le dur labeur qui se cache derrière. Nos photographes sont comme des danseurs : ils ne montrent rien de la souffrance que demande une telle perfection. Ces photographies représentent effectivement un exploit de taille : l’embarras du matériel, transporté tour à tour en bateau, à dos de mule ou de chameau, l’accès difficile des sites et l’aide parfois indispensable de la police pour éloigner les badauds en ville, les élèvent au rang de trophées.
Le texte d’introduction ne dit malheureusement rien de ces contraintes, et passe rapidement sur la technique employée par Maxime Du Camp, qui est pourtant toute particulière. Initié par Gustave LeGray à son procédé du papier ciré sec, Du camp lui préfère au dernier moment une manière qu’il compose lui-même : le négatif sur papier. Inspiré du calotype inventé par Talbot, cette technique présente les avantages d’une plus grande mobilité et d’une facilité de manipulation chimique : le papier remplace les lourdes plaques de métal utilisées par le daguerréotype, et ne demande que l’intervention d’une solution grasse pour le rendre translucide, et ainsi être développé en positif. Mais cette trouvaille de Du Camp reste une simple adaptation aux incommodités du voyage : nécessitant un temps de pose prolongé, la texture du papier ne remplaçant pas celles des plaques, les images accusent un manquent de spontanéité et de netteté.
Les vues de Firth et de Ferrier et Soulier, prises plus tardivement, ont pu bénéficier de progrès techniques et d’une plus grande souplesse de moyens. Ce sont des vues stéréoscopiques sur verre, composées de deux clichés destinés à donner l’illusion de la troisième dimension, en visionnant la plaque à l’aide d’une lunette spéciale. Les lecteurs ne pourront donc pas apprécier cette prouesse technique, mais pourront noter la qualité admirable des images, ou encore le soin apporté à la composition, où figurent presque toujours quelques personnages pour animer le sujet (bien souvent un petit indigène accompagné de sa monture et de son bardas). Un doux parfum d’Orient plane donc sur ces images, celui d’un Orient rêvé et magnifié, où il ne convient pas de s’offusquer des stéréotypes habituels entretenus par ces images.
Le pari de la collection Sépia est ici relevé de justesse par sa sublime sélection de photographies, qui par souci d’érudition, répondent aux mots du grand Flaubert. Les images et les missives rivalisent alors de splendeur pour attirer l’œil, tant et si bien qu’on ne sait plus, parfois, lequel est le trésor, lequel est l’écrin.
Informations pratiques, notation et achat :
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Format : Broché 196 pages Collection : Sepia Parution : 6 septembre 2007 Dimensions : 13 x 21 cm ISBN-10 : 2859174664 ISBN-13 : 978-2859174668 Prix : 15 € Note sujet : 4/5 Note photos : 5/5 Note textes : 3/5 Note esthétique : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Maxime du camp Photographe
- Francis firth Photographe
- Editions de l’Amateur Editeur
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