4/07/07 -
Par Laurent Fabry (usage interdit)
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Adobe Lightroom 1.0

Confirmation : un logiciel enfin conçu pour les photographes
Conversion
Avec plusieurs dizaines de milliers de photos en reportages de mariage, Bar Mitzvah, Bat Mitzvah, concert, baptême, portrait, etc., le passage à la version 1.0 était une étape cruciale mais aussi redoutée dans l’évolution de mon flux de travail sous Lightroom. Et ce qui devait arriver arriva, à savoir que la bascule de Lightroom Beta 4.0 à Lightroom General Release 1.0 fut assez chaotique, et ce par ma faute essentiellement ! Sans entrer dans les détails, il faut savoir que la conversion de la base de données dans le cas de grosses librairies est TRES longue, elle peut prendre plusieurs heures, voire même presque une journée. Donc ne surtout pas penser que le logiciel est planté, et laisser tourner l’ordinateur jusqu’au lendemain s’il le faut. Voilà qui évitera à chacun des mésaventures comparables, sachant que Lightroom a depuis toujours proposé des possibilités de sauvegarde de la base de données, notamment au passage de chaque nouvelle Beta, ce qui sauvera les plus malchanceux par une restauration de base.
Généralités sur l’interface
D’abord, utilisant Lightroom sur un ordinateur Apple, et pour ne pas être un grand fanatique de cet environnement de travail que je trouve certes très moderne et plutôt convivial, mais peu propice à la compréhension de l’organisation des fichiers et des programmes sur un ordinateur, je suis suis heureux de voir enfin une barre de menu liée à son programme. Ainsi, on ne peut même pas réduire la taille de la fenêtre Lightroom. Voilà qui est plutôt une bonne nouvelle et rappelle presque le fonctionnement Windows : chaque application possède, lorsqu’elle est active, un espace délimité et bien matérialisé.
La taille des vignettes, un temps limitée à plusieurs valeurs redevient ajustable très précisément par un curseur. De plus en plus de commandes sont disponibles sur les vignettes elles-mêmes avec une zone pour ajouter/retirer à la quick collection, la notation par étoile "glissante" (on change de note en bougeant sans relâcher le bouton de la souris, etc. La barre d’outil possède un bouton de correction des yeux rouges très efficace. Autres boutons situés à gauche de la barre d’outils en mode développement, la loupe (semble sans effet), la vue avant-après positionnable, ou encore la correction des imperfections de la peau (halte aux boutons !)
Le filmstrip est le panneau situé en bas. Il matérialise les images actuellement visionnées dans la librairie par une bande d’images horizontale scrollable, de hauteur réglable, et permet donc de naviguer dans les images en cours d’affichage sur un autre axe et à une taille différente des vignettes (la navigation dans les vignettes se fait sur l’axe vertical). Le filmstrip s’enrichit d’une barre de filtrage, et surtout d’une indication textuelle sur la nature des images visionnées, à savoir l’ensemble auxquelles elles appartiennent (folder / collection), le nombre ttal et le nombre filtré (on aurait aimé aussi avoir une indication du type de filtrage en cours), et enfin le nom de celle qui est sélectionnée. Cerise sur le gateau, un clic sur ce texte rappelle automatiquement une liste de requêtes, pour revenir facilement à l’affichage d’un ensemble d’images effectué précédemment. Enfin, le filmstrip met à jour la fenêtre de prévisualisation (Navigator) d’un simple survol d’une image par la souris. Comme sous Photoshop, ce Navigator permet de se déplacer dans l’image affichée dans le panneau principal avec une vue à 100% (et même d’autres facteurs de grossissement au choix auxquels ont aurait préféré un curseur de zooming pour être tout à fait semblable à Photoshop, d’autant que le "dézoom" ne passe pas toujours très bien, car il ne faut pas du tout bouger la souris).
Recherche et filtrage
Anciennement située dans le panneau de gauche, la recherche a malheureusement été, pour partie, déplacée en haut du filmstrip (pour ce qui est de la note sur 5 étoiles, de l’étiquetage par couleurs et de leur bouton d’activation / désactivation). Arrangement peu pratique car d’une part le filmstrip n’est pas toujours visible à l’écran (comme tous les panneau il peut être masqué automatiquement, et apparaître lorsqsue la souris approche de cette région), et d’autre part, on peut confondre cette option de filtrage, avec les mêmes icones que l’on fera apparaître ou non dans la barre d’outil (celle-ci toujours visible en revanche et occupant la largeur du panneau principal et destinée à pointer les photos). Ainsi, il peut arriver au début que l’on affecte une note à des photos alors que l’on croyait activer le filtrage. Autre détail par apport au filtrage, le panneau de gauche, qui présente les collections et les dossiers, ne subit plus automatiquement son effet instantanné. Ainsi, le nombre de photos indiqué à chaque ligne reste constant (c’est le nombre total d’images dans chaque objet), alors que précédemment il changeait pour refléter le filtrage opéré pour l’affichage en cours. Ceci était assez pratique, pour voir d’un seul coup d’oeil, par exemple, le nombre de photos notées 5 étoiles dans chaque collection, et même le nombre global pour toute la librairie.
Mots-clés
Avec cette première version définitive, Lightroom 1.0 progresse dans ses capacité à devenir un vrai catalogueur à la hauteur de ses concurrents (en particulier son concurrent principal en la matière, iView Media Pro, récemment racheté par le géant Microsoft), notamment vis-à-vis de la gestion des mots-clés qui se retrouve à plusieurs endroits :
Liste de mots-clés existant dans le système (c’est-à-dire affectés au moins une fois à une photo), sous forme de boutons en menu de gauche. Celle-ci permet, par glisser-déplacer, d’affecter un mot-clé à une ou plusieurs photos (on peut faire glisser le mot-clé ou les photos). Attention, si l’on se contente de cliquer sur un mot-clé, cela produit une recherche instantanée de toutes les photos qui possèdent ce mot-clé. C’est pratique, mais cela peut surprendre et faire perdre la sélection en cours. C’est donc un panneau de sélection avant tout et pouvant servir à la fois d’affectation !
Liste de mots-clés dans un champs texte en menu de droite correspondant à la photo sélectionnée, et présentant éventuellement des étoiles dans le cas de plusieurs photos sélectionnées (il s’agit alors de mots-clés affectés à certaines des photos sélectionnées mais pas toutes). Dans ce dernier cas, il est quand même possible d’éditer cette liste, pour par exemple retirer, ajouter, ou même corriger un mot-clé, sans que le système se trompe, ce qui est plutôt bien vu (on se souvient par exemple qu’en pareille situation, Adobe Lightroom CS2 avait tendance à perdre les pédales et à nous affecter un nouveau mot-clé appelé "plusieurs valeurs" bien inutile lors de l’export de la photo !)
Liste de mots-clés cliquables montrant soit les derniers mots-clés utilisés, soit un ensemble de mots-clés regroupés en une catégorie (set) à raison de 9 mots-clés par set. Outre quelques sets par défaut plutôt à l’utilité toute relative car en langue anglaise, on peut donc créer ses propres sets de mots-clés, pour travailler par exemple sur la classification des photos par couleurs, puis sur leur contenu, puis encore sur l’émotion qu’elles dégagent, etc. Malheureusement cette fonction très pratique en théorie semble bugger car on a beau créer plusieurs sets, seul le dernier créé a l’air de bien vouloir s’afficher. Du reste, la limite de 9 mots-clés par set est bien trop basse, il faudrait en effet ne pas être limité du tout. Cette zone permet donc d’affecter ou de désaffecter un mot-clé de façon très pratique (par simple clic). Les mots-clés déjà affectés à la ou les photos sélectionnées sont de couleur blanche, les autres gris, la nuance étant très subtile. On aurait donc peut-être préféré en plus ou à la place une case à cocher, pour plus de lisibilité.
Le "keyword stamper" permet, comme le préposé de la poste qui tape avec ferveur sur ses enveloppes à grand coup de tampon, d’étiqueter ses images d’un mot-clé par un simple clic. Pratique lorsque l’on cherche à renseigner une série de photos étérogènes sur un mot-clé et que l’on doit faire défiler toute la liste. Seul ennui, cette option n’est pas très intuitive : il faut d’abord cliquer sur le keyword stamper (représenté par un tampon, dans la barre d’outil), une boîte de dialogue s’ouvre alors demandant de saisir un mot-clé, et donc le taper au clavier. Autre alternative, saisir directement le mot-clé dans le champ visible à droite du tempon, puis cliquer sur le tampon. Suite à quoi le curseur de la souris prend alors la forme de ce tampon, pour affecter ou désafecter le mot-clé saisi à une photo. Enfin, il faut recliquer une fois sur le tampon pour sortir de ce mode d’affectation et voir le curseur de souris redevenir une flêche.
Retouche
C’était déjà la partie la plus impressionnante de Lightroom, le module de développement a quand même trouvé le moyen de s’améliorer (même si la touche de correction automatique produit toujours à mes yeux des résultats moins bons que chez son concurrent Aperture). On note entre autres le placement de raccourcis dans la barre inférieure. Il était en effet idiot de devoir descendre l’ascenseur ou fermer les volets supérieurs pour atteindre le bouton de recadrage dans le seul but de le cocher, puis d’y revenir pour le décocher. Celui-ci est donc à présent toujours visible dans la barre d’outils. L’outil tonalité s’est, depuis la dernière beta, enrichi d’un système assez génial permettant de n’agir que sur certaines zones de la courbes, avec quatre régions en abscisse (Highlights, Lights, Darks et Shadows) et le long de la courbe une zone d’hystérésis dans laquelle la portion de courbe bougera si le curseur est déplacé. Plus haut, la position zéro du curseur de contraste s’est décalé vers la gauche, permettant donc de forcer encore plus le contraste des photos (est-ce la tendance actuelle ? Produisant personnellement des images à forte saturation et fort contraste, je je suis comblé !) Enfin, le réglage des couleurs a gagné en compacité avec des curseurs Hue / Saturation / Luminance qui ne sont plus ouverts par défaut sur toutes les couleurs mais sur celle de son choix (avec une gamme qui passe du même coup à 8 couleurs (Red, Orange, Yellow, Green, Aqua, Blue, Purple, Magenta) et que l’on pourra ouvrir entièrement si l’on souhaite et avec la référence de son choix (reste une notion à éclaircir, celle du "target group"). Détail surprenant, la correction appliquée par le bouton "Previous" comprend à présent le recadrage, ce qui n’est pas très pratique, car on a plutôt tendance à vouloir duppliquer une correction colorimétrique qu’un recadrage...
Convivialité très poussée
Petit détail anodin, mais d’une grande importance, les modules librairie et retouche sont à présent mieux liés. Ainsi, les opérations qui peuvent être faites quel que soit le contexte, comme par exemple la notation d’une photo de 0 à 5 étoiles, ne dérèglent plus l’affichage si la photo est notée depuis le module retouche et que cela produit son éjection du groupe de photos actuellement vues dans le module librairie (retour à la première photo de la liste précédemment, ce qui était assez déstabilisant pour être soigneusement évité au prix du passage en mode librairie juste pour noter une photo, avant retour dans le module de retouche)
Ouverture et pistes d’améliorations
On découvre avec joie que l’éditeur onOne software, connu pour Photoframe, le plugin de cadres pour Photoshop, propose une série de presets pour Lightroom téléchargeables gratuitement ! (pas encore testés) Cette ouverture vers des produits annexes, en particulier des plugins, ets très attendue. Ainsi, par exemple, si la correction du vignettage est très pratique pour éclaircir les bords d’une image, on aimerait plus de contrôle du vignettage négatif, lequel permet de donner un aspect ancien aux images tout en isolant mieux le sujet de son contexte. Ceci va vers le besoin de mettre en oeuvre des cadres paramétrables, mais ce genre de chose implique bien entendu la stratégie commerciale d’Adobe. Enfin, il y a une telle intégration entre les modules librairie et développement que l’on espère, à terme, que les deux seront liés, ou au moins, que le module développement soit automatiquement enclenché dès que l’on ouvre une image, pour rebasculer en mode librairie dès que l’on dézoom par un double-clic. Encore une fois, ce genre de voeux pourrait paraître exigeant, mais il n’a de raison d’être que parce que le logiciel présente déjà à la base une puissance assez époustoufflante et que rien ne semble impossible pour les ingénieurs d’Adobe !
Autres fonctionnalités restant à explorer
Virtual copies (certainement pour créer plusieurs versions à partir de la même photo, fonctionnalité à priori très attendue car présente et même fondement d’autres applications concurrentes comme Aperture)
Flag (petits drapeaux présents près de la zone de filtres au-dessus du filmstrip, dont je n’ai pas encore saisi la subtilité mais qui est sensé aider dans le tri des images à conserver ou à rejeter)
Conclusion
Pour l’utilisateur inconditionnel que je suis, à savoir en tant que photographe n’étant pas encore passé au format RAW (honte à moi, mais cela viendra, encore que l’exercice de la photo de mariage implique un nombre d’images tel qu’il rend quelque peu prohibitif l’usage du RAW...), Lightroom est un outil de plus en plus fabuleux pour une retouche rapide de mes images. Et ce, surtout à cause de la facilité d’accès aux images et la rapidité de leur manipulation.
Grâce notamment au feedback d’une vaste communauté de beta testeurs (une première chez Adobe !) ayant testé le produit avant sa sortie officielle (et qui auront eu comme moi la surprise de ne plus pouvoir démarrer celui-ci après le 28 février 2007, même si cela était tout à fait prévu), l’éditeur Adobe a mis au point un système très performant (plus rapide que les dernières versions beta) et extrêmement puissant dans les domaines qui lui sont propres. La création web reste anecdotique, et ce n’est pas nous, chez Photosapiens, qui nous en étonnerons, la création d’un site internet étant une spécialité "online" qu’il est difficile de faire tenir dans un logiciel. Signalons à ce titre qu’Adobe lancera bientôt une version online et gratuite de son logiciel phare Photoshop...
Malgré toutes ces éloges, attention toutefois à ce que Lightroom ne devienne pas une usine à gaz. Par une multitude de racourcis et la multiplication des moyens d’agir sur ses photos que l’on aura de cesse de découvrir tant ils sont aussi astucieux que bien cachés, l’utilisation du logiciel devient très sensible. Ainsi, il faut être de plus en plus prudent à savoir où l’on clique, comment l’on clique, et dans quelles conditions on le fait, sous peine de produire des effets indésirables (affectation des mots-clés notamment qui peuvent impliquer, comme on a pu le voir plus haut, le panneau de gauche, celui de droite, ou encore a barre d’outils). Heureusement, l’annulation des dernières opérations est toujours possible (à quand une liste explicitant chaque opération effectuée pour une vraie liste d’annulation, et non juste parfois la mention de la dernière ? Singalons d’ailleurs que le module de développement possède son panneau historique à gauche, mais les intitulés de chaque étape ne sont pas forcément très explicites). On salue aussi l’augmentation du nombre d’options de personnalisation, lesquelles permettent, notamment avec la grille (grid view), de choisir une version compacte ou une version détaillée (dans la version détaillée, les vignettes présentent une multitude d’informations qui sont presque autant de zones cliquables).
Enfin, le tarif de Lightroom (199 pendant les trois premiers mois, puis 299 ensuite) étant sans commune mesure avec celui de Photoshop, et son utilisation immensément plus intuitive, Adobe va enfin permettre aux photographes d’acquérir légalement leur outil de flux de travail, et il était grand temps. En effet, sans vouloir dénigrer Photoshop, outil indispensable à une vaste partie des communautés des arts graphiques sur le globe et leader incontestable en dépit du niveau tout à fait acceptable de certains systèmes concurrents, j’ai personnellement toujours pensé qu’il était inadapté aux besoins courants du photographe. J’ai d’ailleurs souvent vu les photographes dans l’embaras le plus complet avec une application inapte à leur fabriquer facilement ne serait-ce qu’une copie basse définition homogène à partir d’un paquet d’images. En revanche, Lightroom est aujourd’hui en passe de devenir, au même titre que d’autres applications concurrentes, le couteau suisse du photographe, pour ne pas dire son outil indispensable lorsque celui-ci shoote en RAW. C’est une application à la hauteur, qui bénéficie de tout le savoir-faire de la marque, y compris, comme c’est souvent le cas avec les constructeurs d’appareils photo, de technologies initialement mises en oeuvre pour le grand public (Photoshop Elements, anciennement Photoshop Album était déjà un très bon catalogueur). Vu le degré d’intégration et la puissance de l’engin, et compte tenu d’un tarif très agressif, Adobe place la barre très haut vis-à-vis de ses concurrents, mais c’est bien normal car l’américain a une place de leader à défendre...
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