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Communiqué
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Ligne de crête sculpture - photographie 1987 - 2005, François Méchain

Cette nouvelle exposition personnelle, grâce à son caractère rétrospectif, permet de prendre la vraie mesure de l’œuvre accomplie par François Méchain depuis vingt ans, à la différence des quatre précédentes (Paysages de l’improbable, 1989, L’enjeu du site, 1994, Le pari de l’entre-deux, 1998, Photographies à la sculpture près, 2002). En effet, la galerie avait l’habitude de n’y présenter que les trois dernières années de production de cet artiste singulier, un sculpteur/photographe qui réalise des sculptures éphémères dans des sites naturels et expose leurs alter ego photographiques.
Autour de trois travaux très récents présentés dans leur grand format initial : Lauris, France 2003, Chambre d’écoute, Digne, France 2004, et Ouvrir un passage, Île de La Réunion 2005, une sélection d’œuvres significatives du parcours de l’artiste compose un environnement d’une vingtaine de photographies tirées en plus petit format.
François Méchain est d’abord un sculpteur nomade qui, au gré de ses propres initiatives ou d’invitations, en France comme à l’étranger (Canada, USA, Angleterre, Allemagne, Grèce, Portugal, Espagne, Danemark, Finlande, Italie, Belgique, Luxembourg ...) intervient en pleine nature, dans des parcs, dans des jardins, et quelquefois au sein des villes (Paris, Dresde...), en puisant ses matériaux à même les carrières végétales trouvées sur place.
Il travaille à ciel ouvert, dans des dimensions imposantes, mais toujours à main nue et aux limites de son échelle corporelle et de sa force, sans assistance de dispositifs mécaniques. Il développe ses projets en fonction de trois paramètres essentiels : l’étude de la mémoire du site, le point de vue photographique et l’interprétation en laboratoire.
Avant le choix définitif de l’emplacement et la mise en œuvre de la sculpture parce que son parti sculptural n’est pas seulement esthétique et qu’il entend convoquer et rendre intelligible le Genius Loci, l’artiste étudie le lieu auquel il va s’affronter. Il creuse son épaisseur culturelle, historique, géopolitique. Ces recherches vont orienter le contenu, décider de la nature des éléments matériels qu’il va employer et établir un jeu de sens qui peut apparaître dès le titre du projet. Si François Méchain procède parfois à des dessins préparatoires de grand format, il mûrit et accompagne aussi ses projets par des croquis, des notes climatiques, philosophiques, poétiques, réunis dans une suite de carnets passionnants qui font écho à ses interventions dans le paysage et à ses photographies.
Plus que d’utiliser les éléments que la nature lui offre in situ et d’édifier des ouvrages éphémères, le propre de François Méchain sculpteur est de les prédestiner à la photographie. C’est-à-dire les mettre au monde par sa vision de photographe et les incarner dans des tirages photographiques qu’il qualifie de sculptures en laboratoire. Le premier rôle de la photographie est de paramétrer la construction de la sculpture dans son positionnement, sa forme, ses différents plans, ses matériaux et leurs couleurs, ce pour en garantir la vision anamorphique que seule peut restituer la perspective photographique. Contrairement aux opérateurs du Land Art, qui destinent la prise de vue à la simple documentation de l’œuvre (pour en garder la trace après sa disparition quand la nature - momentanément arrangée - reprend ses droits au désordre ou à l’ordre qui lui est propre), la photographie, pour Méchain, est non seulement un acte constitutif de la sculpture même mais surtout, de fait, son accomplissement. Les visiteurs du champ des opérations, pour avoir quelque chance d’appréhender dans leur état sculptural les réalisations de François Méchain (pendant leurs deux à trois mois d’existence), doivent se mettre à l’emplacement exact de l’appareil photo et placer leur regard à la hauteur du viseur, (avec les réserves que l’on sait, puisque l’œil ne possède pas à l’identique les caractéristiques de la vision photographique). À défaut, leur visite du site se réduira à une investigation déambulatoire et à des aperçus parcellaires, tant la visibilité de l’entité sculpture se dérobe hors de sa restitution par la photographie.
Par ce va-et-vient d’un champ à un autre, tant conceptuel qu’opératoire, François Méchain donne forme à des matériaux en volume, au jeu du vide, du plein, de la transparence, dans un espace donné, avec la visée photographique pour finalité. Puis il parachève le corps sculptural et affirme son inscription dans le contexte paysager par le travail en laboratoire, grâce aux spécificités de la photographie - valeurs d’ombre et de lumière, mise à plat, cadrage, minutie des détails... On peut parler ici de photographie instrumentale au sens où elle est seule à pouvoir jouer la partition écrite de la sculpture.
Acte artistique double, fruit de la complicité interactive de deux médiums et questionnement de l’un par l’autre, l’œuvre de François Méchain, qui se manifeste et se reçoit dans un contexte bipolaire, relève, comme souvent dans l’art contemporain, d’une hybridité des pratiques. Mais c’est justement leur implacable fusion qui fait discours. En deçà comme au-delà de la voie ouverte par un artiste d’exception, c’est l’homme, modestement et inlassablement à pied d’œuvre, face au monde naturel, qui réveille les vraies questions et provoque l’émerveillement.
Source : Galerie Michèle Chomette
Informations pratiques :
Ligne de crête sculpture - photographie 1987 - 2005, François MéchainDu 1er février au 1er avril 2006
Galerie Michèle Chomette (Paris 3ème)
En savoir plus sur :
- François méchain Photographe
- Galerie Michèle Chomette Lieu d’expo
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