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26/02/08 -
Par Laurent Meynier (usage interdit)
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Littoral / Delta de la Leyre

"Là où il y a une volonté, là, il y a un chemin…" Cette idéalisation de la volonté humaine définie par Maurice Herzog, homme de montagne s’il en est, ouvre toujours de nouvelles voies et pas seulement dans les parois abruptes du mont Annapurna.
L’éventualité d’un passage entre la terre et l’océan, entre la réalité et l’imaginaire, l’ouverture d’une nouvelle voie qui nous transporterait sur les hauteurs embrumées d’un questionnement métaphysique, une réflexion sur la relation entre l’homme et son territoire, cette volonté anime profondément le projet de Sabine Delcourt. Son chemin passe ici à travers les étendues sablonneuses de l’estuaire de la Gironde et plus précisément au Delta de la Leyre. Elle trace sa voie parmi les marécages sinueux, les canaux spontanés et les pontons décharnés de ce littoral atlantique qui lui est familier, puisqu’elle est native de la région.
Les territoires de Sabine Delcourt
C’est une prise de conscience qui ne date pas d’hier ; Comment ne pas voir cette fragilité du paysage naturel sous l’emprise du temps et d’une exploitation humaine discrète mais ancestrale ? Comment ne pas sentimentaliser, humaniser, projeter dans ces étendues si belles, toute sa volonté de les voir perdurer, exister encore pour les générations futures ? Entre témoignage et sensibilité, elle progresse avec méthode, ne donnant à voir qu’un seul axe, qu’une seule direction, qu’un seul chemin : celui de la raison.
Son approche est inhabituelle : transcrire les limites de ces territoires indéfinissables, qui semblent justement s’étendre de façon illimitée vers l’horizon. Montrer ces paysages variables sans cesse transformés par vents d’ouest et les courants marins, cette lagune mi-terrestre mi-marine, qui à la fois, existe et n’existe pas, en fonction des marées, des saisons et du regard qui l’observe.
Elle utilise avec simplicité et efficacité sa faculté de discernement pour trouver le meilleur point de vue. Son regard transcende le paysage et sa vision spécifique se fait le vecteur de l’œil du spectateur vers un nouvel infini imaginaire, un monde poétique et intime. Elle exprime ici une relation toute personnelle avec ce paysage et sa sensibilité permet aux spectateurs avisés, amoureux de la mer, mais aussi aux montagnards, citadins et autres béotiens de pouvoir rêver avec elle sur la beauté de ces étendues marines.
Est-elle myope ou encore astigmate ? S’agit-il d’un phénomène optique ou d’un miroir déformant ? Peu importe, la vision singulière qu’elle nous propose ici dépasse le simple témoignage. Par son apport artistique et sa vision si personnelle, elle parvient à dépasser la photographie documentaire pour accéder à la photographie "documentale" pourrait-on dire.
Du rapport affectif privilégié que chacun peut ressentir dans sa région de naissance, elle extirpe une zone de netteté dans le flou de la réalité ambiante. Elle éclaire ainsi des passages qu’elle était la seule à voir, pour nous faire partager la délicieuse sensation d’appartenir un instant à cet univers à la fois aérien et aquatique, fait de terre d’air et d’eau. Les éléments "primordiaux" ne sont-ils pas l’essence de la vie ?
Nette maîtrise du flou
André Rouillé [1], dans son texte d’accompagnement, analyse de façon très précise la construction méthodique avec laquelle Sabine Delcourt parvient à dépasser l’aspect documentaire inhérent habituellement aux témoignages paysagistes. Il explique les choix techniques et tactiques de l’auteur et réussit à mettre en valeur tout l’aspect cérébral induit qui se dissimule dans cette expérience singulière. C’est une évidence, ce que Sabine Delcourt restitue ici avec sa sensibilité artistique, est rendu possible par une grande maîtrise technique et une vraie recherche esthétique qui oscille entre réalité et imaginaire. Le choix de présenter des images (réalisées à la chambre 4x5 inches) dans un format à peine agrandit fonctionne parfaitement dans la démonstration que c’est la vision d’auteur qui permet au spectateur de rentrer dans le paysage et non la dimension de l’image. Ce petit livre qualitatif tranche dans la mode actuelle qui consiste à privilégier les posters grand format sans favoriser l’aspect artistique.
Sabine Delcourt
L’auteur est née en 1968 en Gironde. Elle a obtenu une Maîtrise de Sciences et Techniques en Image Photographique à Paris VIII. Elle vit et travaille en France. Elle réalise des commandes institutionnelles, expose en France et au Japon. Son travail est présent dans de nombreuses Artothèques Régionales et Centres d’Art Contemporain, ainsi qu’à la BNF. Son questionnement s’étend entre le besoin de témoigner de la relation entre l’homme et son territoire, (dans l’exploration des paysages naturels et urbains) et la volonté de rendre une vision vibrante de sa perception intime. Son nouveau projet intitulé Cheminements a été réalisé en 2006-2007 lors d’une résidence dans le Pays de Vitré et de Fougères. Il est présenté à l’Artothèque de Vitré jusqu’au 16 mars 2008
Le delta de la Leyre
La Leyre, ou l’Eyre est une petite rivière qui traverse les Landes de Gascogne et termine sa course dans le Bassin d’Arcachon tout près du splendide parc ornithologique du Teich. Cette zone de contact entre les terres et l’océan, cette lagune-estuaire où la nature sauvage cohabite avec les exploitations côtières, comme d’autres zones sensibles du littoral Français, est en gestion surveillée. Certains secteurs ont dû être endigués pour protéger les sites riches en faune et flore endémique. Les forces naturelles peuvent fabriquer au fil du temps des microcosmes prolifiques en vie aquatique et terrestre, à condition que l’homme veuille bien les gérer avec une logique responsable au lieu de les détruire par son ignorance ou par son insatiable avidité à en tirer profit. Car c’est d’une lutte qu’il s’agit : un combat contre le temps, contre vents et marées, contre les changements climatiques annoncés.
Le Conservatoire du littoral
La vocation du Conservatoire du littoral est de protéger les derniers espaces naturels dans leur diversité et leur richesse spontanée contre les facteurs destructeurs. Ces facteurs peuvent provenir de phénomènes naturels comme l’ensablement ou l’inondation mais aussi de l’exploitation commerciale du paysage que l’homme ne manque pas de développer sans limites. Depuis seize ans Le Conservatoire du Littoral invite des artistes photographes en résidence grâce au mécénat de la Fondation Gaz de France. Il participe ainsi activement à la valorisation des sites fragiles par la sensibilisation du public et des responsables territoriaux, car il existe une nécessité et une urgence incontestables d’un travail de gestion et de sauvegarde de ce patrimoine naturel fragile, et peut être même déjà en sursis. Le Conservatoire est dirigé actuellement par Emmanuel Lopez.
Préface : Emmanuel Lopez, Directeur du Conservatoire du Littoral
[1] André Rouillé est maître de conférence à l’Université de Paris VIII, il a été de 1982 à 1992 Rédacteur en Chef de "La Recherche Photographique", la revue de la Maison Européenne de la photographie. Il est reconnu internationalement comme un spécialiste de l’histoire de la photographie. Auteur de multiples ouvrages sur la question depuis 1982 (Un de ses ouvrages très recommandable : "La photographie" entre document et art contemporain, 2005, Folio essais 450) et dirige actuellement le site web Paris-art.com, référence notable en matière d’Art contemporain et de photographie.
Informations pratiques, notation et achat :
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Dépot légal : juin 2007 ISBN 13 : 978-2-35046-097-0 Dimensions : 17 x 21 cm Pages : 64 pages Prix : 20 euros Notre appréciation Intérêt du sujet 5/5 Photographies 5/5 Impression et reliure 5/5 |
En savoir plus sur :
- Sabine delcour Photographe
- André rouillé Auteur
- Filigranes Editeur
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