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1/04/05 - Par Laurent Fabry  - 832 visites  -  Impression (PDF) 

Louise Merzeau : éclairage sur le journal photographique

Louise Merzeau : éclairage sur le journal photographique - Au jour le jour

Au jour le jour

Louise Merzeau, voilà une personne que je ne connaissais pas mais un nom qui ne m’était pas tout à fait inconnu, et ma première visite sur son site Internet m’a rapidement permis de comprendre pourquoi. D’abord, il faut souligner le soin extraordinaire avec lequel celui-ci est construit. A l’heure ou les système de publication se multiplient et permettent à tout professionnel de l’écrit ou de l’image suffisamment appliqué de faire montre de son travail extrêmement facilement, le site Internet de Louise Merzeau sera certainement un modèle pour tous. Il illustre parfaitement combien ce média approche de la maturité. Une présentation exemplaire qui sert avantageusement le propos dense et consistant qu’il contient. En effet, il s’agit là d’une réflexion permanente et profonde sur l’image, celle-ci n’étant pas seulement théorique et analytique, mais aussi pratique, comme ici, avec Au jour le jour dans la très sérieuse maison d’édition Descartes & Cie. Commissariat d’exposition, iconographie, université, presse, ateliers, radio et télévision, voilà quelques-unes des autres activités de Louise Merzeau.

Le journal photographique est cet exercice devenu très populaire grâce au web et son instantanéité, qui consiste pour le photographe à capturer une photo par jour au hasard de son quotidien, et de la publier sur la toile tout aussi régulièrement. Adopté depuis longue date bien avant l’ère du numérique par un certain nombre de maniaques du déclencheur, ce petit rituel pourrait passer pour ludique, anecdotique, voir névrotique aux yeux de certains mais il est peut-être plus subtil qu’il n’y paraît. Si entre le 2 septembre 2000 et le 3 septembre 2001, Louise Merzeau s’est livrée à cet exercice pour mettre en ligne quotidiennement une nouvelle image numérique, et publier finalement un ouvrage, ce n’est certainement ni pour céder à la mode actuelle du photoblog, ni pour revendiquer des talents de prise de vue qui ne font pas le moindre doute. C’est plutôt, comme pour bien d’autres disciplines que la photographie, dans une pure démarche artistique, dont le produit fini ne compte pas plus que l’acte lui-même, et qui s’inscrit même dans une logique expérimentale.

Pour Louise Merzeau, le fond compte autant que la forme et les réflexions qui sortent de ces 12 mois de photographies quotidiennes valent au moins autant le détour que les photos elles-mêmes. Celles-ci sont évoquées dans un entretien avec Jean Baudrillard conduit par Marc Guillaume. Parmi les pistes abordées pour expliquer ce travail, la notion du temps avec notamment un débat sur l’instantanéité de la photographie numérique comparée aux espaces d’attente imposés par la photographie argentique. Ou encore, la façon avec laquelle certains photographes ne conçoivent le projets que par série, pour explorer systématiquement un principe, une idée ou une technique... ce qui passe donc nécessairement par la production d’ensembles clos et homogènes.


Mais ce que je retiens surtout, et qui m’apporte un vrai éclairage sur l’épisode photographique que nous présente Louise Merzeau la photographe, dans ce livre, c’est la façon avec laquelle cette contrainte de produire une photo par jour, si dérisoire soit-elle, peut à la fois remplir la vie. Ou du moins la rendre plus consistante là où elle nous échappe totalement. Je veux parler de tous ces instants improductifs qui jalonnent nos journées, ces interstices comme elle les définit très bien, ces moments de transitions que l’on traverse sans regarder, à toute allure, et en laissant le plus souvent notre esprit vagabonder, s’emballer et se polluer. Tous ces instants, insignifiants, mais ô combien importants, qu’un spécialiste du vivre-mieux comme Eckhart Tolle, notamment, nous invite à appréhender avec plus de maîtrise et de conscience, Louise Merzeau les a écoutés, regardés, vécus et ressentis avec une grande attention, pour le seul exercice d’en capturer l’image...

Depuis novembre 2004, Louise Merzeau a repris son journal photographique, mais dans un style un peu différent, plus élaboré, avec une sorte de canevas d’idées (Prises de vue quotidiennes et mise en ligne hebdomadaire après classement des images dans l’une des 7 rubriques DONNER / RECEVOIR / DÉSIRER / FAIRE / PERDRE / PASSER / DISPARAÎTRE).


Informations pratiques, notation et achat :

Parution : 01/10/2004
18 euros
16 x 1 x 21 cm, broché
100 pages
ISBN : 2844460704
Note sujet : 5/5
Note photos : 5/5
Note textes : 5/5
Note esthétique : 5/5
 


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