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Exposition photo Paris (75)

Par Galerie Isabelle Gounod - 1023 visites -  Impression (PDF) 

Lucie Duval

Lucie Duval - Installations et photographies

Installations et photographies

Le travail de Lucie Duval, artiste Québécoise, présenté pour la première fois à la galerie, s’est développé depuis quelques années autour d’un objet usuel : des gants pour travailleurs, gants « made in China » et vendus dans le monde entier. Mondialisation oblige, tout se fabrique à moindre coût. Ils illustrent à eux seuls toute une économie de marché où l’industrie du textile fut l’un des premiers secteurs touché par cette mondialisation

Mais ici, les signes sont déviés, ces mêmes gants repris par Lucie Duval trouvent une nouvelle fonction. Lucie Duval, coud ces gants entre eux, un à un, réalisant ainsi des vêtements-sculptures/vêtements haute-couture (ce sont aussi des « petites-mains » qui réalisent les modèles créés par les couturiers). L’expression fait main prend tout son sens. Ces mains-gants ainsi cousues enrobent le corps, en esquissent ses contours, lui confèrent une présence dans l’espace. Mains aimantes ou menaçantes ? Lucie Duval aime détourner les objets et les mots de leur fonction première révélant à la fois ironie et contradictions de notre époque : ces vêtements/sculptures s’accompagnent d’une série de photographies où l’utilisation de mots vient en surimpression. Un mot en français est alors mis en rapport avec deux traductions anglaises possibles, aux sens élargis, afin d’insister sur l’ambivalence des signes selon les contextes : MANOEUVRE : main d’oeuvre nonspécialisée ou ruse, machination. Le même mot selon son contexte peut avoir des significations différentes, voire opposées. Les photographies de Lucie Duval jouent sur ces deux plans : de simples gants blancs s’assemblent pour former d’audacieux vêtements, tandis que des mots en français et en anglais, en surimpression offrent un univers de significations contradictoires, à l’image de ces gants de travailleurs.

Vue exposition Galerie Joyce Yahouda, Montréal, 2006
Vue exposition Galerie Joyce Yahouda, Montréal, 2006
© photo Guy L’Heureux

Lucie Duval

Lucie Duval est née en 1959 à Mont-Laurier, au Québec. Elle vit et travaille à Montréal (QC). Elle a fait ses études supérieures à l’École des Beaux-Arts de Toulouse et a exposé régulièrement au Québec, au Canada, au Mexique, en Europe (France et Italie) et en Asie (Japon, Taïwan). Elle a été exposée, à la Galerie Joyce Yahouda à Montréal en 2006, à l’Ambassade du Canada à Washington DC en 2005, à Occurrence - Espace d’art et d’essai contemporain à Montréal en 2003, Il Centro de la Imagen à Mexico en 2001 (Comm. Sylvain Campeau et Mona Hakim), Musée Métropolitain de Tokyo en 2000, Passage de Retz à Paris (1999), Musée des beaux-arts de Kaohsiung, Taiwan (1998)… Ses oeuvres font partie de la collection de prêts d’oeuvres d’art du Conseil des Arts du Canada et du Musée National des Beaux-Arts du Québec. Exposition à venir : Mainmises au Laboratoire de l’Agora à Montréal, 15 oct.-8 nov. 2008 et au Musée de Baie-Saint-Paul (QC), 18 janvier - 3 mai 2009.

Ravir, 2006
Ravir, 2006
Photographie numérique, impression jet d’encre, 110 x 75cm, 2/5

Entre ciel et terre. Lucie DUVAL et Jenny HOLZER : deux études de cas dans l’espace du langage. Peter DUBÉ, 2006-2007

… Lucie Duval et Jenny Holzer utilisent le rapport mots/sculpture dans des installations souvent troublantes, juxtaposant langage et espace au moyen d’interactions, occupations et définitions.

REGARDER ET LIRE

Cette dynamique se trouve d’emblée dans Comparaisons sont odieuses (1996) de Lucie Duval, qui se compose de trois loupes disposées devant trois plaques de verre sur lesquelles sont gravés « trois » « petits » « mots ». Tout en pointant les aspects réciproques et opposés de l’installation, les loupes deviennent à la fois une barrière séparant le spectateur des panneaux et une incitation à aller voir. Avec sa fonction optique évidente, le dispositif met l’emphase sur l’acte de regarder ou de lire ; il « grossit » le message, oblige le spectateur à adopter une position particulière, à prendre conscience du geste de regarder. Ce geste est dès lors déplacé dans le monde, dans l’espace tridimensionnel de la galerie, ce qui lui confère une dimension physique, le transforme en une expérience corporelle. Un phénomène qu’accentue le texte « Trois petits mots ». Par sa banalité et l’accent mis sur la notion de petitesse, par l’apparent manque de signification du « message », l’oeuvre joue sur l’idée d’intimité, de celle qu’on retrouve dans un échange en privé avec quelqu’un. La mise en scène est théâtrale et, de manière sarcastique, elle déstabilise et renverse le fonction de communication attribuée au langage. La lecture perçue comme activité physique est aussi présente dans l’oeuvre 25 images /seconde : photographies détournées (1994). Duval y souligne – littéralement – qu’il existe toujours plusieurs niveaux de lecture. Dans un accrochage qui se révèle des plus percutants, elle fixe sur une tige de métal recourbée une carte (format carte postale) où, d’un côté, se donne à lire un texte et, de l’autre, une image, laquelle se reflète dans un miroir au mur (sur lequel un mot est gravé). En se déplaçant, le spectateur peut voir les deux côtés de la feuille. Les différents textes mettent l’accent sur la notion d’accumulations de couches, faisant d’une par référence au langage courant, d’autre part à l’oeuvre de Georges Bataille et ce, d’une manière qui « fait s’effondrer les discours perdus dans le ciel des idées »…

ESPACE ET DIMENSION

… Le langage fait alors partie du monde vivant, devient cette composante physique d’un élément, brouillant les distinctions avec son lieu d’inscription. Cette volonté d’établir un lien entre la réification linguistique de l’espace social et les limites servant à le définir se retrouve dans deux oeuvres majeures de Lucie Duval. Dans Instants ratés (1997), l’artiste a « enveloppé » la galerie Circa d’une frise continue où se succèdent images et textes – l’une en écriture cursive, l’autre en braille. Le texte est narratif et rend compte des activités et des mouvements d’une figure masculine. Le visiteur peut suivre l’histoire en déambulant autour de la galerie ? Ici le langage joue simultanément sur la temporalité qu’on trouve dans une narration, tout en marquant –littéralement - les contours de l’aire d’exposition.
Cette procédure, dans un deuxième temps, agit sur le spectateur lui-même car il se trouve encerclé, son espace physique étant circonscrit d’une manière très nette. C’est la relation même à l’alentour qui est ainsi rendue visible. La capacité du langage à susciter des actions et à définir le lieu où elles se passent devient alors très palpable, particulièrement du fait que la frise forme un circuit et que l’histoire se complète dans cette circularité.
Sept ans plus tard, Duval entreprend un autre traitement audacieux de l’espace et du langage. Lors de l’événement Artefact 2004 – sculptures urbaines, elle conçoit une installation intitulée Imperfection de la langue où le langage se transforme en élément constitutif de la nature. Des mots de couleur vive sont accrochés dans les arbres au parc du mont Royal, se balancent dans les airs sous les feuilles, leur volume et leur poids semblant défier la gravité. Leur présence – à la fois mots, phrases, langage et objets (les formes font penser à des fruits) – travaille l’espace, ses limites, la frontière entre ciel et terre, entre clairière et broussailles. Duval positionne les éléments – des jeux de mots sur le thème de l’amour (Tu m’aimes encore, Tu m’aimes mais encore, Tu m’aimais encore) – pour souligner la relation qui existe entre un endroit incongru (dans les airs) et les possibilités de malentendus ou de lecture erronée qui peuvent engendrer des mots, des phrases ou des sonorités lorsqu’ils s’avèrent très similaires. Duval pointe les incertitudes de l’un et de l’autre en explorant leurs frontières respectives. Ce ne sont plus alors ni mots ni objets, ni ciel ni terre, ni affirmation ni interrogation, plutôt une présence notable, une part – inséparable – du monde défiant ses limites. Et c’est cette limite qui, finalement, importe le plus.
COMME UNE EXTENSION LOGIQUE DU LANGAGE
… À une époque où l’on ne cesse de répéter à quel point le monde s’est « textualisé » dans ses institutions sociales et ses rapports au pouvoir, le travail de Duval et Holzer identifie des enjeux importants. Ces artistes dévoilent les deux côtés de la médaille : elles prônent non seulement que le monde est, d’une manière ou d’une autre, « scriptural », que le langage et le texte ne se situent pas dans un extérieur hypothétique mais proc-dent du monde et de ses processus, que le rapport textualité est présent dans l’un et l’autre, et que la démarcation entre les deux est pour le moins trouble. Les mots ne contribuent pas uniquement à « définir » le monde, ils sont inclus dans la définition même du monde. … Peter DUBÉ, (extraits) in revue ESPACE-sculpture, hiver 2006-2007

 

<b>Manipulation, 2006</b><br />Photographie numérique, impression jet d'encre, 130 x 95cm, 2/5
Manipulation, 2006
Photographie numérique, impression jet d’encre, 130 x 95cm, 2/5
<b>Courte-pointe, 2006</b><br />Gants de coton assemblés, 300 x 250 cm
Courte-pointe, 2006
Gants de coton assemblés, 300 x 250 cm
<b>Courte-pointe, 2006 (détail)</b><br />Gants de coton assemblés, 300 x 250 cm
Courte-pointe, 2006 (détail)
Gants de coton assemblés, 300 x 250 cm
<b>Emprise, 2006</b><br />Photographie numérique, impression jet d'encre, 130 x 95cm, 2/5
Emprise, 2006
Photographie numérique, impression jet d’encre, 130 x 95cm, 2/5
<b>Vue exposition Galerie Joyce Yahouda, Montréal, 2006</b><br />(c) photo Guy L'Heureux
Vue exposition Galerie Joyce Yahouda, Montréal, 2006
© photo Guy L’Heureux

Informations pratiques :

Photographies et installations de Lucie Duval
Galerie Isabelle Gounod
Du vendredi 7 novembre au samedi 13 décembre 2008
Vernissage le jeudi 6 novembre à partir de 18h
Galerie Isabelle Gounod
13, rue Chapon
75003 Paris
Tél./Fax : +33 (0) 1 48 04 04 80
Ouverture du mardi au samedi de 12h à 19h
http://www.galerie-gounod.com/
 


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1 Message

  • 614 Lucie Duval
      13 novembre 2008 07:53

    Bonjour, J’ai vu l’expo. hier, j’ai trouvé cette démarche très singulière et amusante. Bravo

      Répondre à ce message

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