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21/10/07 -
Par Laurent Fabry (usage interdit)
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Lucien Clergue

L’amoureux des arts qui a hissé la photographie
Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas encore l’oeuvre de ce grand monsieur de la photographie française, ou qui, comme moi, chercheraient à mieux comprendre comment est née l’une des premières, sinon la première manifestation au monde pour ce métier, à savoir les Rencontres d’Arles, voici un ouvrage proprement indispensable. La première monographie consacrée à un photographe atypique, artiste à part entière, à la carrière extrêmement riche de rencontres et d’expériences qu’il serait injuste de réduire à son seul travail sur le nu, et dont nous avons la chance qu’il soit encore de ce monde : Monsieur Lucien Clergue. Cette monographie ouvre les portes sur un petit monument du patrimoine photographique français et sur ses fondations. Il donnera à beaucoup l’envie de découvrir l’énorme bibliographie de Lucien Clergue, surement l’une des plus riches et des plus complètes de tous nos grands photographes contemporains.
Gabriel Bauret, commissaire d’exposition spécialisé dans la photographie, aborde dans ce livre toute la chronologie de la vie du célèbre artiste photographe arlésois, avec beaucoup de détails, et participe à un très impressionnant travail de la part des éditions de la Martinière en matière d’iconographie. On trouve en effet, en plus d’une bonne quantité d’images du photographe, un nombre important de documents en tous genres (lettres, dessins et couvertures de livres notamment), la carrière de Lucien Clergue ayant été intimement liée à celle de bien d’autres grands artistes de lui contemporains. Du théâtre à la littérature, en passant par la musique ou la poésie. De Picasso à Cocteau en passant par Manita de Plata dont il sera l’impressario, Lucien Clergue multiplie les rencontres, les projets et les collaborations. Sans parler de la grande variété des sujets personnels qu’il lui tiendra à coeur de traiter par la photographie : du nu à la tauromachie, des déserts américains aux gitans en passant par les paysages de Camargue !
D’abord, ce qui caractérise le mieux Lucien Clergue, comme d’autres - on pense notamment à son ami Jean Dieuzaide - c’est qu’il est, et se sentira toujours, profondément provincial. Restant volontiers à l’écart de l’agitation artistique de la capitale, celui-ci n’a initialement pas de prédisposition ou d’admiration particulière pour le moyen d’expression qui lui permettra d’abord - et cela continue encore certainement aujourd’hui - d’exorciser certaines blessures familiales connues au tout début de sa vie. D’autant qu’à cette époque, la photographie ne possède pas encore ses "lettres de noblesse", c’est d’ailleurs Lucien Clergue lui-même qui oeuvrera dans ce sens comme peut-être personne avant lui, réussissant une entreprise formidable en fondant la manifestation qui deviendra, en 1976, rien de moins que les Rencontres internationales de la photographie. Une appellation loin d’être usurpée quand on sait l’émulation qu’elle produisit dès ses premières éditions :
Présence visible des plus grands avec quelques photos de famille historiques (Manuel Alarez Bravo, W. Eugene Smith, Aaron Siskind, André Kertész, Brassaï, etc.)
Forte émulation avec les Etats-Unis où la photographie possédait déjà un tout autre statut
Engouement de la part de toutes les franges de la photographie, on pense notamment au pape du paysage Ansel Adams, invité en 1976, même si cela n’avait d’abord pas plu à Henri Cartier-Bresson (on retrouvera d’ailleurs les courtoises et amusantes correspondances de ces deux là dans le livre).
Comme pour confirmer très tôt une certaine consécration personnelle pour sa carrière, dont l’intéressé précise lui-même qu’il aura "abordé l’essentiel de son art" entre 1954 et 1960, Edward Steichen invite Lucien Clergue dès 1961 à exposer au fameux MoMa (Museum of Modern Art) de New York. Sans y être le premier français (la catégorie des "humanistes" représentés par Doisneau, Ronis, Izis, ou Cartier-Bresson y ayant été célébrée en 1951), Clergue trouve là non seulement une place bien méritée, lui qui affectionne particulièrement ce continent pour sa propre pratique photographique (il part à de nombreuses reprises sur les traces de Weston à Point Lobos, ou à la recherche de l’Eve Noire dans la Vallée de la mort !) Mais ce dernier trouve aussi là une le terreau de son action en faveur de la photographie. Quelques années plus tard, en 1970, après le succès de la première apparition de la photographie au festival d’Arles, c’est avec Denis Brihat, Philippe Charbonnier, et Jean-Pierre Sudre, que Lucien Clergue écrit une lettre au président de l’époque Georges Pompidou, pour l’alerter du manque de moyens accordés à la photographie dans son pays...
Cet ouvrage est un document exceptionnel sur la carrière d’un photographe au parcours exemplaire, s’il était possible de le qualifier ainsi. Quelqu’un qui a suivi ses instincts, refusant les carrières commerciales classiques, qui a construit son oeuvre progressivement, sans idéologie ni but précis, mais avec une certaine habileté lorsque c’était nécessaire, et puisant dans sa propre sensibilité plutôt que de suivre un cheminement particulier. Cette réussite réside surtout dans la grande variété des sujets traités, fruit des connivences et amitiés développées avec tous ses contemporains. Fruit aussi du refus d’adhérer aux académismes du métier, déjà perceptibles à l’époque, notamment ceux des inventeurs du reportage photographique, en tête de liste desquels Henri Cartier-Bresson, encore lui. Enfin, et surtout, c’est avec une telle sensibilité à toutes les autres pratiques artistiques que Lucien Clergue "entre" en photographie, que ce sont ses amis non photographes qui le poussèrent le plus justement à persévérer dans cet art. Voilà notamment pourquoi Lucien Clergue, dans sa création et dans son action, restera toujours l’homme emblêmatique d’une certaine façon d’envisager la photographie. Celle qui en fait un art à la fois pluriel et universel, tout autant personnel qu’anti-conceptuel.
En fait, Clergue n’appartient à aucune école, à aucun courant photographique. Il s’engage avec avidité dans toutes les expériences nouvelles qui s’offrent à lui, et il est probablement plus curieux de ce que lui apportent ses rencontres dans les domaines artistiques, musical, et littéraire que de ce qui concerne la photographie. Celle-ci est avant tout un instrument qui lui sert à découvrir le monde qu’à se découvrir lui-même. En quelque sorte, il la dépasse sans cesse. Gabriel Bauret
Le 31 mai 2006, Lucien Clergue a été élu par les membres de l’Académie des beaux-arts au premier fauteuil de la section de photographie nouvellement créée, en compagnie de Yann Arthus-Bertrand. Il est donc le premier photographe à faire son entrée à l’Académie des beaux-arts et à l’Institut de France. Programme de la cérémonie, sous la Coupole de l’Institut de France. Son installation effective a eu lieu le 10 octobre 2007.
Informations pratiques, notation et achat :
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Format : relié 22.5 x 27 cm 232 pages Parution : 27 septembre 2007 ISBN-10 : 2732435694 ISBN-13 : 978-2732435695 Prix : 50 € Intérêt : 5/5 Photos : 5/5 Texte : 5/5 Présentation : 5/5 |
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- La Martinière Editeur
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