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06.08.67.88.02
Photographe Plateau
Par Gaël Fortier  28/02/07
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Livre photo monographie, catalogue d’exposition

Mary Ellen Mark

Mary Ellen Mark

Après avoir publié une rétrospective de Mary Ellen Mark en 2005, Phaïdon persiste et signe dans sont attachement à la photographe pour réunir ici un florilège de son travail sur l’univers des marginaux. Nous retrouvons dans ce recueil quelques unes des célèbres séries sur les communautés isolées, les cirques itinérants, les plateaux de cinéma, les maisons de prostituées ou les dispensaires de mère Térésa.

L’ouvrage, introduit et commenté par Charles Hagen, présente une série de clichés classés chronologiquement, retraçant plus de trente ans de travail photographique à travers le monde. Les 55 photographies sélectionnées pour cet ouvrage ne peuvent prétendre donner une vision globale de l’œuvre titanesque de Mark mais offrent une première approche de son travail.

Diplômée, primée, récompensée à maintes reprises, ancien membre de la prestigieuse agence Magnum, Mark fait aujourd’hui partie des photographes les plus reconnus de la profession. Exerçant dans le domaine de la photographie documentaire, Mark en respecte les codes de simplicité et de rigueur. Cependant, elle transcende le simple photojournalisme, rompt le barrage émotionnel avec les sujets pour donner une résonance affective à ses clichés. Ainsi, elle tranche le débat de l’utopique objectivité du photographe : toute réalité est issue d’une construction sociale où chaque acteur intervient. Mark choisi donc la suggestion comme juste milieu entre la réalité et la fiction.

C’est en construisant une relation de proximité avec ses modèles que la photographe réussit à mettre en évidence cette suggestion. Elle mène un travail de rapprochement en amont et en aval afin d’aiguiser son regard sur les personnalités et les environnements. Ce fut le cas pour la famille Damm, sans domicile fixe, avec laquelle elle passa dix jours en 1987 et qu’elle revit sept ans plus tard (pp 17 et 40). Plus que de simples modèles, ces individus deviennent parties intégrantes de la vie de Mark et elle de la leur. Dès lors, elle ne photographie plus des instants mais des existences. Les regards et les pauses ne sont plus figés par l’objectif, comme si une forme d’intimité venait rompre toute réserve pour s’ouvrir et s’offrir au photographe. Certains auront pu crier au voyeurisme, je préfère applaudir Mark pour son implication là où d’autres ne font qu’appuyer sur un déclencheur.

De cette intimité se dégage une forte dimension tragique issue du choix des sujets et rehaussée de lumière dramatique. Une place toute particulière est ici faite aux enfants, photographiés dans des pauses et des contextes annihilant toute l’innocence que l’on rattache habituellement à l’enfance. On peut voir une petite fille (p.2) prendre une attitude de séductrice, à la limite de la provocation, l’œil lascif et le corps déhanché, contrastant violemment avec ses socquettes et sa robe à col rond. Une autre (p.34) s’est fardée, porte les ongles longs et fume fièrement une cigarette. Ailleurs, ce sont deux petits gitans jouant très sérieusement aux grands patrons... au milieu d’un terrain vague (p.37). Les enfants sortent de leur rôle pour endosser celui des adultes, s’éloignant ainsi d’une insouciance déjà remise en question par l’extrême précarité de leur condition.

Cependant, Mark peut également intégrer une note d’humour à son travail. Par exemple, Un dresseur indien pose avec son éléphant (p.27). A première vue, on voit un numéro maîtrisé : l’éléphant enroule sa trompe autour du cou de son dresseur. Mais à seconde vue, on remarque le regard ambigu de l’éléphant comme s’il savait le pouvoir qu’il possède sur son maître, comme s’il savait qu’il pourrait serrer plus fort. Ailleurs, c’est un nourrisson se tenant à coté d’un téléviseur pendant la diffusion d’un dessin animé (p.38). La composition photographique, le nourrisson déguisé en clown et la pose du personnage animé laissent à penser que l’enfant vient de sortir du téléviseur. Mais cet humour contient toujours une dimension dérisoire, offrant ainsi une profondeur de lecture des clichés.

Mary Ellen Mark, photographe du vrai ou du réel ? Elle a choisi d’exposer une vérité sur des réalités intimes souvent précaires où les codes diffèrent de nos repères traditionnels. La tâche n’est pas aisée car il faut s’impliquer tout en faisant preuve d’un nécessaire recul pour capter des émotions sans les romancer. Ce pari me semble gagné car il se dégage de ces œuvres un sentiment de proximité sans barrières de classe ou de nationalité.


Infos pratiques, notation et achat :

Prix : 24.95 euros
Dimensions : 210 x 245 mm
Format : relié
Nombre de pages : 55
ISBN : 0714896802
Note sujet : 4/5
Note photos : 5/5
Note textes : 5/5
Note esthétique : 5/5
Parution : novembre 2006
 


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