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Communiqué
Par Galerie Isabelle Gounod
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Exposition photo
Mathieu Rouget

La galerie Isabelle Gounod présente sous le titre « La terre n’est pas ronde », trois séries de travaux photographiques ainsi que deux vidéos de Mathieu Rouget.
En 1998, Mathieu Rouget réalise des sérigraphies d’images des champs de batailles de la guerre de 14-18 en utilisant comme support des sacs poubelles... Devoir de mémoire pour cet artiste qui adolescent découvre une photo, le « portrait » d’un soldat le visage recouvert d’un masque à gaz, celui de son arrière grand-père, ainsi qu’un journal écrit depuis les tranchées boueuses de cette guerre effroyable. En 1998, les images célébrant les quatre-vingts ans de l’Armistice sont diffusées à la télévision, Mathieu Rouget s’en approche avec l’objectif, en "extrait" des images où terre et corps se confondent.
En résidence à Sarajevo, il réalise en 2001 une série de photographies, témoignages d’une histoire encore présente, sur lesquelles il intervient graphiquement, mettant en lumière les fantômes qui hantent cette ville ainsi qu’une vidéo, "Base IV", qui relate la mélancolie ambiante de ce pays en après-guerre. Il y dépeint une ville angoissante où se côtoient richesses et misères, modernité et traces d’un conflit récent.
"Pour Maman" (2002), est un dessin filmé pour lequel l’artiste met en place un dispositif de "détournement d’intention". Une main dessine à la manière d’un enfant qui s’amuse sur une feuille de papier, un combat virtuel entre deux camps : des chars, des petits avions s’affrontent sur le papier et à coups de crayons se lancent des projectiles. La saturation progressive de la feuille laissera apparaître au centre, un cœur, puis deux mots "Pour maman".
La dernière série de photographies de Mathieu Rouget "La terre n’est pas ronde" (2004-2005), pose pour l’artiste la question du cadre, de la "fenêtre" ouverte sur un monde reconstitué par ses soins, avec ses lignes, sa géométrie. La palette des effets offerts par l’ordinateur permet à Mathieu Rouget de "détourner-détourer" le sujet, de créer ainsi un nouvel espace qui se joue des règles de la perspective. Les paysages de « La terre n’est pas ronde » sont libérés des tumultes de l’histoire, de la cité et témoignent aujourd’hui d’une insolente sérénité que dégagent ces perspectives revues et corrigées « au carré » d’une plage, d’un champ, ponctuées parfois de silhouettes légères, comme en apesanteur, à la "Buster Keaton", préservant leurs grâces dans un monde un peu trop carré et qui ne tourne peut-être pas si rond....
Un regard sur la grande guerre
Dans l’œuvre de Mathieu Rouget, des rectangles de films plastiques découpés dans des sacs poubelles font office de support à une sérigraphie. Les images appliquées à cette matière peu conventionnelle sont tirées du registre guerrier. Le rapport support-image ne semble pas pour autant incongru ; une fascination s’exerce alors, celle d’un rapprochement qui tient de l’évidence lorsque l’on met les mots dessus.
Une vision donne sens à cette construction plastique : ces sacs poubelles sont ceux enfouis dans les décharges comme les cadavres à moitié ensevelis des champs de bataille de la grande guerre. La terre, élément déterminant néanmoins sous-jacent, se décèle en de nombreux points de l’histoire du conflit et de l’œuvre de l’artiste.
Les clichés d’époque restituent cette valeur, à la fois par la grisaille terreuse du noir et blanc sur fond de surface grise anthracite et mate. Le cadrage des photographies saturées des champs de bataille et de tranchées insiste encore sur l’omniprésence. La terre -mère patrie- a une acception symbolique, pour des soldats majoritairement paysans au début du siècle, alors que la guerre -de position- se joue dans les tranchées dans lesquelles se blottissent les hommes tandis que le territoire est labouré, retourné sans arrêt au cours de cinq années d’enfer. Amendée par les corps des soldats et le métal des armes, la terre finit par devenir stérile, à l’instar des terrains vagues des décharges, et l’oubli menace la tragédie historique au même titre que les ordures ménagères sont évacuées par la société consumériste.
Un simple devoir de mémoire a impulsé ce travail alors qu’en novembre 1998, on célébrait les quatre-vingt ans de l’armistice. Au fur et à mesure que le temps inhume l’histoire, on se demande comment les événements pourront rester en mémoire.
C’est ainsi que les sérigraphies de l’artiste participent de cet engagement au nom du souvenir ; quelques unes de ses œuvres rappellent encore mieux cette disparition inexorable. Des triptyques présentent les évolutions des photos de guerre altérées par le temps. Par une technique particulière dite de "décharge’’ notamment, l’artiste manipule limage en la dissolvant. L’encrage n’est réalisé qu’une seule fois pour une série de trois impressions.
Les différences marquées entre chaque épreuve alimentent le processus entropique irréversible de l’oubli, à tel point que certaine d’entre elles en deviennent presque non figurative. Le spectateur doit faire l’effort de déchiffrer l’image qui peu à peu s’efface. Iconographie elle même, à travers les choix de Mathieu Rouget, joue sur la reconnaissance. Comment ne pas être frappé par ce portrait d’officier de l’armée française dont le visage est caché par un masque à gaz, renforçant par là même le fantasme de l’homme machine alors qu’il est le seul identifiable de tous ceux présentés puisqu’il s’agît de l’arrière grand père de l’artiste ? En dialogue avec ce portrait "anonyme", un autre d’un jeune inconnu allemand, ennemi d’alors, frappe par l’innocence et la juvénilité de son visage casqué, le seul sur lequel une expression psychologique transparaît, l’abrutissement et le désarroi sans doute. Au delà du devoir de mémoire, le devoir d’humanité semble prévaloir. Raphael Olbert
Informations pratiques :
Photographies de Mathieu RougetDu 12 janvier au 3 mars 2007
Galerie Isabelle Gounod
13, rue Chapon
75003 Paris
Tél./Fax : +33 (0) 1 48 04 04 80
Ouverture du mardi au samedi de 12h à 19h
http://www.galerie-gounod.com/
En savoir plus sur :
- Mathieu rouget Photographe
- Galerie Isabelle Gounod Lieu d’expo (abonné annuaire)
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