Communiqué
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Memento Mori

De l’écriture à l’image, Edouard de’Pazzi a suivi un itinéraire atypique qui l’a mené à la photographie. Pour la “Vitrine” de la Maison Européenne de la Photographie, il a spécialement conçu un accrochage qui mêle différents travaux réalisés entre 2001 et 2006. Promeneur existentiel, Edouard de’Pazzi est un collectionneur d’images, élaborées ou spontanées, accumulées comme autant de sentiments, de sensations, de visions. De ce corpus photographique, il se nourrira a posteriori pour composer des diptyques ou des séquences. Les objets, les corps, les lieux, qui émergent de ce processus idéatif, .ottent dans un espace et un temps volontairement indé.nissables et indéterminés, invitant le spectateur à se perdre pour mieux se retrouver.
Attaché à la mémoire, Edouard de’Pazzi intitule cet ensemble, Memento Mori, allusion à cette conscience intime, archaïque de l’éphémère ainsi qu’aux représentations picturales symboliques de notre condition de mortels que les historiens de l’art appellent les « Vanités ». Au-delà de l’image, la photographie est pour Edouard de’Pazzi un moyen de matérialiser la frontière entre le monde des songes et celui de la réalité, de concrétiser les visions fantasmagoriques de son auteur : « Photographier est pour moi avant tout un acte contemplatif. Je ne considère pas ou plus la photographie comme une fin en soi. Elle est un trait d’union entre l’idée et sa représentation. »
Si provocatrices que soient certaines photos de Edouard de Pazzi, la technique et le goût des ombres qui donnent l’unité au recueil et à l’ensemble le ton d’un requiem demeurent étrangement apaisants. Dans un premier temps, notre regard paraît régi par l’économie du « que nul n’entre ici s’il n’est mathématicien » : en l’occurrence, un technicien de la photographie. Comme dans une application du paradoxe de Zénon, on a le sentiment irrésistible que le mouvement est impossible et que le mouvement qui pourrait rapprocher la photo ou son sujet (on pense à certains visages de femmes) n’aura jamais de fin : la distance se creuse à mesure qu’on se rapproche. Chaque visage qui pourrait séduire, chaque corps qui pourrait dire un désir ou en être le support se situe à une distance indéterminée qui ne nous laisse aucune chance. Au mieux saura-t-on qu’on a rendez-vous avec la mort quand, croyant avoir aperçu une nudité féminine, on découvre la camarde accorte et accueillante que dessine son corps. À moins que mû par le vain espoir d’un chaste baiser oculaire, on ne se retrouve déjà dans les orbites de la mort. C’est là une autre manifestation de l’art singulier du contresens de Pazzi. Tradition oblige, peinture et musique se sont gobergés du thème de « la jeune fille et la mort. » Scolastique égaré, Pazzi sait, suivant la formule consacrée, que « le nombre d’anges qui tiennent sur la pointe d’une aiguille est égal à la racine carrée de deux » : aussi faut-il comprendre qu’il n’y ait pas de place pour deux. S’il y a jeune fille, la mort est de trop. Mais puisque la mort est première, il faut que la jeune fille soit la mort elle-même. Ainsi le macabre baroque estil préservé, sans qu’il ne soit nécessaire d’adopter le registre de l’excès. Extrait de Sur un art du contresens : ou de la photographie comme Radeau de la Méduse de Jean-Pierre Dauzat
Un livre Memento Mori, publié aux éditions Arthus, accompagne cette exposition.
Informations pratiques :
Memento MoriPhotographies d’Edouard de’Pazzi
Du 14 mars au 3 juin 2007
La MEP (Paris, 4ème)
En savoir plus sur :
- Edouard de’pazzi Photographe
- MEP (Maison Européenne de la Photographie) Lieu d’expo
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