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Par Philippe Jalabert
14/10/07 1279 visites Impression (PDF) |
Livre photo beau livre, pratique, art de vivre
Origènes

« Le peuple des Origènes se niche partout : dans les pierres du chemin, les nœuds des troncs d’arbre, les buissons de ronces, les lichens des rochers… Depuis des millions d’années ils regardent en silence les hommes qui ne les voient pas. »
Christine Buci-Glucksmann écrit là un petit texte d’une dizaine de pages confronté aux très belles illustrations de Claude-Charles Mollard qui montrent des détails de pierres, de végétations, de troncs d’arbre ou d’écorces et renvoient toutes aux formes du visage humain. L’exercice nous fait revivre nos perceptions enfantines et s’inscrit dans une solide tradition des arts plastiques qui remonte à l’Antiquité et qui, à la Renaissance, fut notamment évoquée par Léonard de Vinci. D’un côté, le rêve et l’imaginaire de l’enfance, de l’autre la matérialisation d’une certaine forme d’art « naturelle », non voulue, mais créée par le simple regard humain. Une vision anthropomorphique : ce ne serait pas l’homme qui imiterait la nature mais le contraire… Les formes tourmentées des nœuds des troncs, les circonvolutions des pierres ou des feuilles qui se recroquevillent et s’organisent malgré elles selon la structure de base communément partagée du visage vont renvoyer aux fantômes, aux fantasmes, aux terreurs enfantines, aux contes de fées, aux dépressions et aux peurs humaines ; beauté inquiétante et fascinante : une façon de réactiver un imaginaire fortement présent à l’époque des fameux cabinets de curiosités (les ancêtres de nos musées) où l’on pouvait déjà rencontrer ce type d’objet. A la fin du XIXème siècle l’art brut a pris le relais en favorisant l’émergence d’artistes autodidactes se saisissant de matériaux trouvés et sans valeur mais qui évoquaient régulièrement la figure humaine. Un peu plus tard, l’analyse et la valorisation du dessin d’enfant n’ont fait qu’entériner et donner force à ces traces sobres, frustes mais qui continuent à hanter notre imaginaire, et notamment celui des origines. Ces vestiges bruts de la nature, ces Origènes peuplent à la fois nos forêts et nos cerveaux.
Les photographies de Claude C. Mollard, en pleine page pour la plupart, cadrées serré fonctionnent peut-être comme des miroirs éventuels, des « miroirs de l’âme », un autre qui nous regarde à la fois étranger et soi-même. Les symétries approximatives créées par la nature produisent des expressions qui nous sont lointaines, abstraites, mais aussi paradoxalement familières. Le ténu de ces organisations risque à tout moment de basculer dans un non-visage, un objet qui ne représente plus, un objet nous échappant. La question de l’artistique et celle des limites de la représentation se posent.
Christine Buci-Glucksmann écrit : « Car toute cette population d’Origènes témoigne d’un art à l’état sauvage, émergeant d’une « chaosmose » primordiale, dans une véritable pétrification ontologique, qui nous contraint à repenser les origines du vivant et la naissance de l’art. »
Un très beau livre contenant des images troublantes qui ont l’avantage d’être étayées par un propos stimulant.
Infos pratiques, notation et achat :
| Relié sous jaquette : 50 pages Date de sortie : 1 octobre 2006 ISBN : 2702208304 Dimensions (en cm) : 24 x 1 x 30 Prix : 29 euros Nos appréciations : Sujet : 3,5/5 Photos, impression : 4/5 Textes : 4,5/5 Esthétisme : 3,5/5 |
En savoir plus sur :
- Claude-Charles mollard Photographe
- Christine buci-glucksmann Auteur
- Cercle d’Art Editeur
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