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4/02/08 -
Par Julia Chenut
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Paris, New York, Shanghaï

Un livre sur les passés, présents et (peut-être) futurs des capitales du monde
« World is a global village », avait prophétisé McLuhan dans les années 70 ; ce n’est sûrement pas Hans Eijkelboom qui démentira cette affirmation du célèbre théoricien de la communication. Dans son dernier recueil photographique Paris – New-York – Shanghai (en lien avec son exposition du même nom à l’Aperture Gallery à New-York qui avait lieu jusqu’au 3 janvier dernier), l’artiste illustre et compose avec les thèmes qui l’obsèdent autant qu’ils nourrissent son œuvre fascinante : répétition, distanciation, globalisation.
C’est un véritable livre-kaléidoscope qui se déploie sous les yeux du lecteur intrigué découvrant Paris – New-York – Shanghai. On peut bel et bien parler de découverte, car sa structure-même n’est pas des plus banales : trois livres distincts dont les couvertures sont reliées en accordéon et rattachées entre elles par des petites pastilles de scratch. Le choix de ces villes n’est pas dû au hasard puisque Paris, New-York et Shanghai sont les représentations de la « capitale » du monde passée, celle du moment et celle probablement amenée à le devenir.
En guise de texte, on ne dénote que la préface de Martin Parr et un essai du spécialiste de l’art conceptuel Tony Godfrey contenus sous forme d’un petit livre glissé à part dans la couverture. Sans un mot, le photographe néerlandais nous offre donc une déferlante d’images à considérer pour elles-mêmes. De même format et cadrées de la même manière, il les regroupe et les aménage par thème au fil des pages : policiers sérieux, mères et filles occupées, femmes en robe à fleurs bariolées,… Eijkelboom observe, isole et trie sans pitié ni jugement les gens en ce qu’ils présentent de plus banal et de plus quotidien. L’environnement dans lequel ils évoluent n’est pas non plus négligé : l’œil amusé, le lecteur se retrouve ainsi projeté dans des parcs pour enfants, isolé au milieu de statues ou même attablé dans des Mac Donalds à l’atmosphère aseptisée. L’ensemble fourmille de détails, d’excitation, de nervosité et l’on se sentirait presque perdu dans cette plongée au cœur de villes que l’on parcourt fébrilement sans parvenir à s’y fixer.
Pour autant, le travail d’Eijkelboom procède d’une rigueur et d’une minutie que l’on ne peut s’empêcher de noter au fur et à mesure que l’on prend ses repères dans les trois espaces. L’artiste parle d’ailleurs de « méthode à visualiser le développement de sa vision du monde » pour définir sa démarche pour le moins particulière : depuis le 8 Novembre 1992 très exactement, il photographie quotidiennement les gens et les évènements qu’il rencontre. A la manière d’un anthropologue, il recherche des types de personnes ou de situations spécifiques et en réalise des portraits sur le vif sur une période de deux heures, qu’il classifie ensuite dans ses Notebooks. Pas de magnification des modèles ou de recherche esthétique explicitée : la démarche est d’abord conceptuelle et les œuvres ne prennent forme qu’une fois liées entre elles. Leur intérêt ne tient donc qu’à leur appartenance à des entités globales révélées et sciemment choisies par l’artiste.
Cette idée de globalité prend tout son sens lorsqu’on la projette à la représentation même des trois villes. Si les éléments qui constituent leur caractère propre sont décelables et même spécifiés par Eijkelboom (saloon américain, cafés parisiens, statues à l’effigie de Mao), ils semblent presque effacés devant l’uniformisation des modes de vie que révèle le travail de tri du photographe. Quelles que soient les situations ou les villes dans lesquelles celles-ci prennent place, les mêmes gestes se répètent, les mêmes réactions s’observent. L’artiste a choisi de symboliser ces répétitions permanentes jusque dans la forme de ses « collages-mosaïques » : chaque livre commence ainsi par une double page présentant des hommes en polo rayés, puis des ports et cours d’eau, puis des jeunes femmes au nombril découvert, puis des ponts…, le tout suivant un ordre scrupuleusement respecté dans les trois parties. Le lecteur amusé aura même droit aux chauffeurs de taxis, aux SDF, aux statues loufoques ou encore aux femmes portant fièrement le même sac à la main, persuadées de leur unicité somme toute collective…
En véritable photographe du réel, Hans Eijkelboom révèle donc avec humour l’uniformisation du monde qui ne cesse de s’étendre. A travers l’apparente neutralité et le fourmillement incessant qui habitent ses œuvres, il questionne notre appréhension de la notion d’individualité, à l’image de ces dizaines de personnes habillées avec des motifs de camouflage représentées par trois fois et qui défilent, exposées autant qu’elles sont confondues finalement dans le paysage urbain mondial des masses.
Informations pratiques, notation et achat :
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Format : relié 30 x 27 cm 240 pages Langue : Anglais Photographies couleurs Parution : 30 Août 2007 ISBN-10 : 1597110442 ISBN-13 : 978-1597110440 Prix : 55 € Notes : Intérêt du sujet : 4/5 Photographies : 3/5 Texte : 4/5 Présentation : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Hans eijkelboom Photographe
- Aperture Editeur
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