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Communiqué
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Patrick Bogner et Stéphane Duroy à la Filature de Mulhouse

L’enjeu de ce travail, après les tragédies de l’Europe du 20ème siècle, sera d’envisager l’Amérique comme terre d’accueil, réceptacle des drames de la vieille Europe, transposition optimiste de la misère, de la brutalité des guerres et révolutions. L’exil impose à l’homme américain une mutation radicale qui lui permet au prix d’un reniement de sa propre mémoire, d’intégrer une nouvelle conception du monde fondée sur l’éphémère, l’abandon et le mouvement perpétuel, proche du nomadisme. Structuré par son destin d’exilé, ce peuple puise sa force et son inventivité dans la rupture. La nostalgie devient mortifère et l’avenir trop distant pour en rêver. Il reste alors le privilège de créer l’instant et de s’adapter. Compte tenu de la radicalité de cet engagement dans le destin d’un homme, il me semble que l’échelle d’un peuple, les conséquences seront certainement surprenantes. Deux siècles sont si peu dans la construction d’une nation. Ce travail photographique, né d’un fort parti pris, ignore les grands mouvements de cette "jeune civilisation" où information, spiritualité, environnement, culture, diplomatie, riment avec consommation et profit. Pour la cohérence du projet, l’investigation se limite à New York, porte de l’Amérique, et à l’état du Montana, achèvement de lente migration vers l’inconnu".
Stéphane Duroy, juin 2005
Depuis 1986, le photographe strasbourgeois Patrick Bogner n’en finit pas d’arpenter le Brésil. Un livre et une exposition, tous deux intitulés "A la quête de l’ange", révèlent quelques traces d’étonnantes rencontres au coeoeur d’un pays mythique et mystique : le Serto.
J’aurais probablement pu rencontrer d’autres terres. Mais il y a eu le fruit du hasard, s’il existe. Il y a eu d’abord le voyage, cette chose qu’on invente dépossédés de nous-mêmes en découvrant l’étendue de notre ignorance, cette chose qui nous construit, nous enrichit par d’autres possibles, ce temps que l’on consacre à l’inattendu, à la vulnérabilité, ce remède contre la pensée unique.
Et puis la littérature. Celle de Guimares Rosa et de Graciliano Ramos qui m’emmena de Recife vers la terre de Glauber Rocha qui avait si bien compris combien les mythes nous disent ce que nous sommes. Terre de Glauber que les économistes nomment "Polygone de la sécheresse", ce Serto que d’innombrables pélerins, prophètes, prieuses et pénitents quittent à date invariable pour converger vers leur Jérusalem nordestine, Juazeiro, afin d’y accomplir leur rituel : s’extraire de leur condition humaine en se consacrant à ce qu’ils appellent Dieu.
Dans ce paysage de l’absence qui renvoie à la méditation et à la contemplation, les humbles, auprès desquels je me sens en résonance, s’accrochent avec acharnement à leur fragment de planète que nulle histoire n’a jamais eu le courage de prendre en compte.
...De ma rencontre avec eux, liée à ma fascination pour les spiritualités, restent ces quelques images fragmentaires et incomplètes pour célébrer ceux pour qui la culture n’est pas un produit de consommation mais un lien avec les anciens, leur histoire, leurs racines, leur éternité.
Ainsi le Serto m’apparut comme une métaphore possible de l’existence humaine. J’y découvrais que l’on peut ressentir le monde comme un poème auquel on participe, nourri du théâtral, du profane et du sacré dont la présence fragile m’est essentielle, moi qui n’ai pas de religion mais pour qui le religieux fait sens. Peut-être pour répondre à un besoin d’absolu ou un besoin d’avancer vers ma propre spiritualité, je ne sais.
Cet ailleurs n’existe peut-être pour moi que dans les photographies. Dans ce que l’on peut approcher, encore moins toucher, retenir. Les choses qui nous entourent ont un langage dont le sens nous échappe sans toutefois nous être totalement inaccessible. Photographier ne serait que cela : créer les icônes de cet ailleurs hors d’atteinte.
...Il y a probablement une grande part autobiographique dans mon travail, celle-là même qui est la moins maîtrisable. Il ne s’agit pas de décrire, de démontrer, de dénoncer, encore moins d’informer, mais - prenant le risque de perdre en crédibilité - de choisir de ne pas me mettre à distance, de me laisser absorber par les choses, porté par l’incertitude de cette vérité latente et furtive. Photographier serait regarder ce que l’on ne voit pas...
Le choix d’utiliser une chambre grand format qui rappelle les ambulants du début du XXe siècle peut surprendre, pour moi qui suis plutôt frénétique... J’avais besoin de m’imposer le silence et la lenteur, et peu à peu photographier ressembla à une expérience mystique. Le voile noir, la nécessaire immobilité du sujet, le temps arrêté, tout cela m’amena à établir un équilibre entre l’éveil des sens et la lucidité de l’esprit... La dimension rituelle que confère la chambre à l’acte photographique s’est révélée être en parfaite harmonie avec cet univers où le religieux est omniprésent.
...Effleurer la fragilité du monde, sans me préoccuper de savoir si ce que je fais est de l’art ou non... Il n’y est jamais question d’art mais de nécessité. Il me suffit de savoir que ce que je fais m’aide à vivre. M’occuper de ce qui me dépasse... No vemos as coisas como elas so, mas sim como nos somos... Patrick Bogner, novembre 2004.
Patrick Bogner, novembre 2004.
Informations pratiques :
Unknown, photographies Stéphane DuroyA la Quête de l’Ange (Icônes du quotidien), photographies Patrick Bogner
Du 13 septembre au 20 novembre 2005
La Filature, Mulhouse
En savoir plus sur :
- Patrick bogner Photographe
- Stéphane duroy Photographe
- La Filature Lieu d’expo
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