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24/12/04 -
Par Laurent Fabry
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Patrimoine culturel guinéen

Danses de la couleur
Nouvelle Guinée, danses de la couleur. Cet ouvrage publié chez Hazan se retrouve en bonne place dans de nombreuses librairies, et pour cause : il ne constitue pas seulement un épais et imposant recueil de superbes images colorées à l’intérêt anthropologique et historique indéniable. C’est aussi et avant tout un travail d’envergure, sans doute l’ouvrage de référence sur le sujet, puisqu’il se fonde sur toutes études qui ont pu être menées sur cette civilisation située totalement à l’opposé de nos traditions occidentales. Des peuples découverts et sitôt colonisés il y a à peine plus d’un siècle, mais qui au regard de leur incroyable diversité ethnique et culturelle et de leur parfaite intégration à leur environnement, méritent largement de faire durer aussi longtemps que possible leur culture millénaire, celle-ci étant aujourd’hui relativement menacée. Les auteurs sont Charles et Josette Lenars, un couple de photographes ayant réalisé plusieurs reportages au sein des populations entre 1966 et 1992, ainsi que les ethnographes Andrew Strathern et Pamela J.Stewart, spécialistes et directeurs de recherches dans la région. Ce livre rassemble d’abord une description photographique précise des coutumes très visuelles de ces communautés au travers de danses et célébrations diverses ayant pour constante, et ici thème central, les habitudes décoratives corporelles. Mais aussi en toile de fond une explication savante de la signification de ces coutumes, leur place et leurs évolutions.
La nouvelle Guinée est une région plus qu’un pays. Assez mal délimitée, car prenant la forme d’un chapelet d’îles situé au nord de l’Australie, entre l’archipel indonésien et la Polynésie, elle est même divisée aujourd’hui entre sa partie occidentale, l’Irian Jaya, devenue province de la république d’Indonésie, et la partie orientale de son île principale, indépendante depuis 1975, appelée souvent Haute-Terre et connue sous le nom de Papouasie-Nouvelle-Guinée.
L’histoire de la nouvelle Guinée est extrêmement complexe et pas seulement au regard du siècle qui a suivi les premières colonisations. C’est en effet, un ensemble de géographies très contrastées, avec énormément de côtes, et des massifs montagneux de près de 5000 mètres d’altitude. De cette diversité géographique ont découlé autant de visages et de microsociétés, au gré de la formation des clans, des maladies, et des habitudes guerrières. Egalement le développement d’un savoir-faire agricole remarquable parmi les plus anciens de la planète, mais aussi et surtout, une culture impressionnante.
De cette culture colorée, visuelle et démonstratrice, pratiquement impossible à synthétiser, les auteurs ont su pourtant tirer des points communs, des constantes, et nous brossent ainsi le portrait des principales régions et ethnies (les Hautes Terres, Les Asmat, La Papouasie et le golfe de Papouasie, Le Massim, Le Sepik et enfin l’archipel de Bismark), avec à la fois une photographie rapprochée des parures, danses, et attitudes, et un commentaire et approfondi basé tant sur l’observation que sur les récits de dizaines d’autres anthropologues.
Ce qui frappe dans cet ouvrage, c’est d’abord bien sûr la créativité, et la grande richesse qui émane de ces traditions de décoration corporelle. Tous les matériaux naturels possibles sont utilisés, aussi bien en terme de pigments (terre, plantes, etc.) que d’ornements (os, plumes, becs, défenses, pennes, fourrures, coquillages, feuilles etc.) et de toutes les façons imaginables (piercings, coiffes, colliers, maquillages, etc.) dans des montages parfois extrêmement complexes. Mais la fascination est encore plus grande lorsque l’on découvre leur sens et les rites qui les accompagnent. Rites basés sur la sexualité, le sexisme, la séduction ou encore l’intimidation. Avec un souci permanent de la célébration, la communication avec les esprits et l’au-delà, et d’une certaine manière aussi, la communication avec le reste du monde. Ce qui procure des tableaux d’une grande richesse graphique avec probablement pour les témoins autant de sensations fortes et de souvenir auditifs incomparables lorsqu’il s’agit par exemple de simulacres de guerre.
Il est assez impressionnant de voir l’étendue du langage visuel et corporel de peuples cumulant déjà une des plus grandes diversités de langages parlés de la planète. Pour une civilisation aussi proche de la terre, sachant exploiter ou transformer tout ce dont celle-ci dispose en terme de richesses pour l’homme, de consacrer autant de temps et d’énergie à transformer et déguiser ainsi leur corps. Ce phénomène tout à fait singulier, propre à l’identité de cette région est sans doute en partie à l’origine du vif intérêt suscité auprès des anthropologues.
Saluons le travail des photographes, qui ont approché de très près ces expressions et ces parures parfois si travaillées qu’elles en deviendraient vite effrayantes pour nous autres, adeptes du culte de la beauté lisse, vierge et immaculée. Nous ne sommes jamais très loin de qualifier ces gens de sauvages, alors qu’elles nous sont peut-être plus proches que nous le soupçonnons. En effet, ces traditions sont finalement une des manifestations les plus anciennes et les plus traditionnelles de notre actuelle culture de l’apparence, avec sans doute beaucoup plus de sens. Elles méritent donc, à plus d’un titre, notre plus grand respect et même notre admiration.
Informations pratiques, notation et achat :
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Parution : 01/09/2004 55 euros 27 x 28,3 cm relié sous jaquette 304 pages 400 photos ISBN : 2 85025 84 Note sujet : 5/5 Note photos : 5/5 Note textes : 5/5 Note esthétique : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Charles lenars Photographe
- Josette lenars Photographe
- Pamela J. stewart Auteur
- Andrew strathem Auteur
- Hazan Editeur
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