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12/09/07 - Par Laurent Fabry  - 2835 visites  -  Impression (PDF) 

Paysages Manufacturés, Manufactured Landscapes

Paysages Manufacturés, Manufactured Landscapes - Le film, sortie en salle le 28 novembre 2007

Le film, sortie en salle le 28 novembre 2007

Lors d’un voyage en Chine, le photographe canadien Edward Burtynsky documente les effets néfastes de la pollution et de l’industrialisation sur les paysages naturels. Après le livre et l’exposition, ce documentaire est à la fois une oeuvre d’art et une réflexion sur l’industrialisation, la mutation des paysages et la condition humaine.

La nature transformée par l’industrie est un thême prédominant dans mon travail. Ces images sont des métaphores du dilemme de notre existence moderne ; elles tentent d’établir un dialogue entre attraction et répulsion, séduction et crainte. Pour moi, ces images agissent comme des miroirs de notre époque.Edward Burtynsky

 

(c) Edward Burtynsky
© Edward Burtynsky

"Etre riche, c’est être glorieux !" C’est avec ces mots qu’en 1992, Deng Xiao Ping annonça à ses concitoyens et au reste du monde que la Chine était prête à embrasser le mode de vie occidental. En 1978, un programme national de relance économique fut lancé, accompagné dans un premier temps de vastes réformes agraires, puis renforcé au début des années 1980 par la création des Zones Économiques Spéciales (Z.E.S.). Ces réformes constitutionnelles longtemps attendues offrirent à la population chinoise une vision optimiste de l’avenir. Au regard de l’évolution des Z.E.S. dans le sud de la Chine, le président vieillissant fit cette déclaration, et par la même occasion, réactiva le processus de développement qui avait été fortement ralenti depuis Tiananmen. La possibilité pour les Chinois d’adopter un mode de vie contemporain eut un impact flagrant à la fois sur l’économie et l’écologie mondiales.

Edward Burtynsky présente dans ce livre des photographies des vestiges et des zones récentes de l’industrialisation chinoise – ces lieux créés à la "gloire" de la richesse pour une civilisation puissante aspirant à aller de l’avant et à rejoindre les rangs des nations modernes. Grâce à son sens de la diplomatie, Edward Burtynsky a pu pénétrer dans ces sites difficiles d’accès, et en extraire des images à la fois saisissantes et inquiétantes. Ces photographies nous offrent le privilège d’entrevoir les effets de la transformation sociale et économique actuelle en Chine.

Edward Burtynsky porte un regard attentif sur les expressions extrêmes de l’industrie chinoise. Parmi ses sujets, on trouve le barrage des Trois Gorges, le projet d’équipement le plus important à l’heure actuelle, et Bao Steel, le plus grand producteur d’acier de Chine. Il explore les derniers dinosaures d’anciens complexes industriels situés dans "la ceinture de la rouille", au nord-est, et les chantiers navals de Qiligang, le site de construction navale le plus dense du pays.

Son appareil photo pénètre dans des villages entiers dédiés uniquement au recyclage des déchets électroniques, des plastiques et des métaux, dont le tri soigné est fait manuellement. Il nous emmène dans des ateliers aux perspectives infinies tels que celui de Cankun, le plus grand producteur de fer mondial (23 000 employés) ; Yu Yuan, un fabriquant de chaussures de sport (90 000 employés) ; et Deda, le principal industriel avicole de Chine. Enfin, Edward Burtynsky fixe son attention sur le paysage des sites, et s’attache également à la grandeur et à la modernité de la Chine à travers l’effervescence de centres comme Shanghai, où d’innombrables gratte-ciel remplacent à un rythme rapide d’élégantes constructions plus anciennes qui ont autrefois accueilli le flot incessant de nouveaux citadins emplis d’espoir.

Adolescent, Edward Burtynsky a travaillé dans d’immenses usines d’assemblage automobile, ainsi que dans les mines d’or du nord de l’Ontario. En tant qu’artiste, il s’est nourri de ces expériences et de l’apprentissage de son métier de photographe. Il applique ses connaissances des grands espaces industriels à son expérience sur le terrain, créant des images dont l’expression finale se traduit par les somptueuses épreuves en couleur, à grande échelle, qui sont sa marque de fabrique.

Depuis 1978, les sujets choisis par Edward Burtynsky varient entre mines, carrières, usines de recyclage, gisements pétroliers, raffineries et chantiers navals. Ses oeuvres détaillées et précises apportent un témoignage sur la relation évolutive de l’homme par rapport à la nature à travers les paysages industriels qu’il a construits. Sans célébrer ni condamner l’industrie, les photographies d’Edward Burtynsky sont des passerelles entre la vie que nous menons et les espaces que nous créons pour la mener.

Ces trois dernières années, Edward Burtynsky a concentré son travail sur des sujets analogues ; cette fois, nous découvrons une standardisation consciencieuse. Toutes les industries qu’il a choisies sont situées dans l’immense coeur manufacturier de la Chine. Il nous livre une vue d’ensemble d’une société qui s’évertue à offrir une "vie meilleure" à ses citoyens.

Extrait de l’avis au lecteur du livre "Burtynsky - China" édité par Steidl

 

Jennifer Baichwal, réalisatrice, productrice

Jennifer Baichwal est née à Montréal et a grandi à Victoria, en Colombie britannique. Son premier documentaire, Let it Come Down : The Life of Paul Bowles, fut projeté pour la première fois au Festival international du film de Toronto en 1998 et remporta l’oscar international du meilleur documentaire sur l’art en 1999.

The Holier It Gets raconte le trekking entrepris par Jennifer Baichwal, son frère et ses deux soeurs, à la source du Gange, munis des cendres de leur père. Le film remporta l’oscar du meilleur film canadien indépendant et celui du meilleur documentaire culturel aux Hot Docs de 2000. The True Meaning of Pictures est un long métrage sur l’oeuvre du photographe originaire des Appalaches, Shelby Lee Adams. Il fut projeté pour la première fois au Festival international du film de Toronto en 2002, puis au Festival de Sundance en 2003.

Jennifer Baichwal et Nick de Pencier ont reçu en 2003 une commande de quarante courts métrages portant sur des artistes subventionnés par le Conseil des arts de l’Ontario ces quarante dernières années. Il y eut, entre autres, l’écrivain Michael Ondaatje, l’artiste Michael Snow, le pianiste Eve Egoyan, et la dramaturge Judith Thompson.

Paysages manufacturés, son dernier film, est une co-production de Mercury Films, Foundry Films et l’Office national du film du Canada. Il fut projeté pour la première fois au Festival international du film de Toronto en septembre 2006 et sa première aux Etats-Unis a eu lieu au Festival de Sundance en 2007.

Le nouveau projet de Jennifer Baichwal, à nouveau en collaboration avec Nick de Pencier et Daniel Iron, s’intitule Act of God, un documentaire sur les effets métaphysiques du foudroiement. Il s’agit d’une commande de Documentary Channel dont la production a débuté en automne 2006.

(c) Edward Burtynsky
© Edward Burtynsky

Nick de Pencier, producteur

Nick de Pencier est réalisateur, producteur et directeur de la photographie. Il travaille dans le spectacle vivant, le documentaire et la fiction. Il est président de la société Mercury Films qu’il a co-fondée avec Jennifer Baichwal.

Après avoir réalisé des courts métrages à l’université de McGill à la fin des années 1980, il partit à New York où il devint documentaliste pour un certain nombre de documentaires sur PBS. De retour à Toronto, sa ville natale, il travailla plusieurs années dans la production de longs métrages.

Il a été le producteur et le directeur de la photographie du documentaire Let it Come Down : The Life of Paul Bowles. En 2002, il a produit et réalisé le documentaire The True Meaning of Pictures, une réflexion sur le travail et l’univers du photographe originaire du Kentucky, Shelby Lee Adams. En 2003, il a réalisé Hockey Nomad, une adaptation du best-seller de Dave Bidini, Tropic of Hockey, qui parcourt le monde à la recherche du véritable esprit du hockey, dans des pays où il est débarrassé de son aspect professionnel qui le rend si ennuyeux au Canada. Il a récemment co-réalisé avec Jennifer Baichwal une série de quarante portraits d’artistes, dont il est également producteur et directeur de la photographie.

Producteur de Paysages manufacturés, il réalise actuellement Four Wings and a Prayer, documentaire en haute définition sur la migration du papillon monarque. Il collabore également avec Jennifer Baichwal sur la pré-production de Act of God.

(c) Edward Burtynsky
© Edward Burtynsky

Daniel Iron, producteur

Diplômé de la faculté de droit d’Osgoode Hall à Toronto en 1987, Daniel Iron a travaillé en tant que conseiller juridique chez Telefilm Canada pendant cinq ans. Il a ensuite été employé par Rhombus Media pour finalement en devenir associé. A cette époque, Daniel Iron a produit Long Day’s Journey Into Night, long métrage à succès réalisé par Davis Wellington ; il a aussi co-produit le film de François Girard, Le Violon rouge, récompensé d’un oscar ; et il a produit Last Night de Don McKellar, un film également primé. Plus récemment, Daniel Iron a co-produit Clean, l’un des derniers long métrages d’Olivier Assayas. En tant qu’indépendant, Daniel Iron a été le directeur de production de Let it Come Down : The Life of Paul Bowles.

En Janvier 2004, Daniel Iron quitta Rhombus Media et créa sa propre société de production, Foundry Films.

Il a produit Paysages manufacturés avec Jennifer Baichwal et Mercury Films, la société de Nick de Pencier. Actuellement, il travaille sur la pré-production du documentaire Act of God.

Peter Mettler, directeur de la photographie

Ces vingt dernières années, Peter Mettler a régulièrement produit des oeuvres échappant à toute catégorisation. Alliant des méthodes intuitives au théâtre, à l’essai, à l’expérience et au documentaire, la vision unique et saisissante de Peter Mettler fusionne les formes du cinéma avec d’autres disciplines, transportant le spectateur au-delà du monde matériel.

Parmi ses films, qui ont tous été primés et ont fait l’objet de rétrospectives internationales, on peut citer The Top of his Head (1989) ; Tectonic Plates (1992), une adaptation cinématographique de la pièce de Robert Lepage ; le documentaire Picture of Light (1994) ; Balifilm, un journal intime lyrique de 30 minutes ; et Gambling, Gods and LSD (2002), un portrait personnel, lucide et renversant de notre époque.

(c) Edward Burtynsky
© Edward Burtynsky

L’avis de Photosapiens

Comme d’autres photographes, Edward Burtynsky est préoccupé, voire obsédé par les effets de l’action de l’homme sur la planète, et utilise le point de vue de l’image pour produire non pas un constat politique, mais une observation esthétique. Cette approche voisine celle d’un autre photographe que nous connaissons bien, Yann Arthus-Bertrand. Avec une différence majeure dans la réalisation : dans Manufactured Landscapes, l’homme est encore plus présent. Grâce à la caméra de Jennifer Baichwal, on plonge littéralement dans l’action. Le commentaire du photographe aide à appréhender ce que l’image fixe ne pouvait à elle seule expliquer et rend ces scènes encore plus édifiantes lorsque l’on comprend qu’elles sont en train de se produire en ce moment même. En orient, la tragédie de l’industrialisation à outrance que nous avons connue progressive et que nous essayons chez nous de mieux maîtriser, se joue avec une orchestration et une célérité hallucinante. L’objectif capte sa réalisation en direct, le micro est tendu à ceux qui en sont les artisans. Etes-vous fiers de ce chantier leur demande-t-on. A peine une réponse. Résignation, docilité, lucidité.

A une vitesse vertigineuse, certaines régions sont en train de connaître des bouleversements dont la dimension humaine ne pose même plus question. L’homme est au service de ce développement, et s’il a le malheur de le gêner, il sera reconverti et employé à sa cause. Comme celui, bien malheureux, pour ne pas dire humilié, réduit à mettre en miette, pierre après pierre, sa propre maison pour pouvoir favoriser le passage de l’eau qui envahira toute une vallée. Les besoins hydroélectriques sont démesurés pour une ville qui sort de terre à un rythme record car programmée pour être l’endroit le plus urbanisé de la planète.

On assiste - bien impuissants, car l’habitude de notre précieux confort et l’engouement bien légitime de ceux qui y aspirent nous défendent de toute conclusion hâtive - à un emballement incontrôlé de notre capacité à produire et à exploiter notre environnement tout entier. Lorsque l’homme regarde le polaroïd du photographe, il s’étonne que le cadrage soit si large. On ne voit pas les détails dit-il, comprenant qu’il ne compte plus. Curieux de constater que c’est l’ampleur de la désolation de son environnement qui aura peut-être pour nous un quelconque intérêt.

Alors que, auparavant, les paysages n’avaient jamais pu être sculptés que par les phénomènes naturels et au rythme des millions d’années, aujourd’hui, ils sont manufacturés.



Informations pratiques :

Documentaire, Canada, 2006, 1h26, Couleur
Sortie en salle : 28 novembre 2007
 


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