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Communiqué  - 2560 visites  -  Impression (PDF) 

Peuples

Peuples

À considérer la géographie humaine du globe, celle-ci semble divisée en nations. On peut dire que depuis les dernières décolonisations de la fin du XXe siècle, il n’y a que des nations sur terre. Et pourtant, dans les Amériques, en Asie, en Océanie, en Afrique, et même en Europe, au sein des nations officielles, il y a encore des myriades de petites nations qui n’ont pu accéder à la vie étatique, mais qui ont leur langue, leur mythe, leur croyance, leur vision du monde, leur savoir, leur savoir-faire, en somme leur identité. Certaines d’entre elles ont leurs villes, leur agriculture, en bref les caractères de la nation moderne, sauf l’État, comme la nation kurde et en partie la nation arménienne. D’autres sont structurées de façon tribale, et pratiquent agriculture et élevage. Un certain nombre d’entre elles ont des intelligentsias, politiciens, écrivains, poètes, avocats, représentants d’ONG autochtones, qui se déplacent dans le monde pour défendre, par exemple à l’ONU, leurs droits fondamentaux. L’action de ces peuples au niveau international se développe. Mais d’autres, plus petites, constituent une myriade de peuples chacun ayant sa forte identité propre pratiquant la chasse et la cueillette, non l’agriculture et l’élevage, organisés en société à une petite échelle de centaines d’individus.

(c) Pierre de Vallombreuse
© Pierre de Vallombreuse

Mayas, Dinkas, Papous, Himbas... Autant d’ethnies que Pierre de Vallombreuse photographie depuis 20 ans dans les contrées les plus reculées du monde. Pendant ses reportages photographiques, un constat politique s’impose à lui, plus de 5 000 peuples (soit 300 millions de personnes) sont menacés de disparition. Conflits identitaires, discriminations, désastres écologiques, génocides, condamnent ces peuples à un statut inacceptable. C’est le patrimoine culturel de l’humanité toute entière qui est en danger. L’urgence est grande.

20 ans de voyages, 20 ans de rencontres avec les peuples autochtones. Les photos de Pierre de Vallombreuse constituent aujourd’hui un fonds incontournable. Connaissance de la nature par les Palawan des Philippines, résistance des Yis en Chine, drame humanitaire vécu au Soudan par les Dinkas, l’exposition présente 14 Peuples, symbole des milliers recensés dans le monde. 100 photographies qui témoignent des conditions de survie des peuples autochtones, de leurs modes de vie, de leurs cultures, de leurs rapports à l’environnement et de leurs croyances.

Les Innus : Canada

Les Innus constituent le peuple indigène de la plus grande partie du Labrador, à l’est de Québec. Appelé par les Innus le Nitassinan est un vaste espace de forêts, à travers lequel ils ont depuis toujours nomadisé pour chasser et pêcher. Ils y poursuivent essentiellement le caribou, animal emblématique de leur culture. La société innu, égalitaire et consensuelle, admet pour seule autorité celle des « Maîtres des animaux », les esprits contrôlant les caribous et autres espèces, avec lesquelles ils entrent en contact par l’intermédiaire de chamans. Estimés à seize mille, les Innus voient depuis 1949 leur existence menacée par l’occupation de leur territoire par le Canada, responsable d’un lent processus de désintégration culturelle et sociale. Les multiples projets d’exploitations minières, forestières et hydroélectriques condamnent le système écologique du Nitassinan et la culture innu. L’imposition d’institutions sociales et politiques, de nouvelles technologies et des médias a créé de profondes cassures et conduit à une désorientation psychologique. En 1999, l’ONU a condamné le Canada pour sa politique d’extinction des droits indigènes. Depuis, l’autorité du département canadien des Affaires du Nord-Labrador n’exerce plus de contrôle officiel direct sur les communautés innu et favorise un processus d’autodétermination.

Les Ayoreos et les Lenguas : Paraguay

Dans la province du Boqueron, la plus sauvage du Paraguay, les différentes ethnies amérindiennes vivent quasiment sous la coupe de missionnaires mennonites et de la très controversée New Tribe Mission. Une organisation missionnaire protestante fondamentaliste américaine qui a pour but de convertir toutes les « tribus » du monde, la New Tribe Mission poursuit le dernier groupe encore nomade Ayoreo. Les autres amérindiens sont devenus une maind’œuvre bon marché pour les mennonites et les propriétaires terriens.

Les Himbas : Namibie

Ce peuple de pasteurs fut pris dans l’engrenage de la guerre, qui ne le concernait pas, entre l’Afrique du Sud, du temps de l’apartheid et la SWAPO (la guérilla indépendantiste de Namibie). Les Himbas ont remarquablement survécu à ce drame, tant au plan identitaire qu’économique, ayant réussi à reconstituer leur cheptel. Mais leur situation n’est pas sans inquiétude face aux projets de construction du barrage d’Epupa qui inondera 380 km2 de pâturages vitaux pour leurs troupeaux et qui menace leur mode de vie pastoral remarquablement performant.

Les Mayas : Mexique

En 1994 les Indiens descendants des Mayas du Chiapas, décident de s’organiser politiquement et militairement pour défendre le respect de leur identité et une justice sociale. C’est la révolte avec pour fer de lance l’armée zapatiste de libération Nationale. Ce combat déclenche une répression féroce de la part du gouvernement et des paramilitaires. Elle touche les populations indiennes qui vivent dans la terreur. Depuis l’élection de Vicente Fox puis de Felipe Calderon, un calme relatif règne. L’EZLN pourrait se transformer en parti politique.

Les Dinkas : Soudan

Les Dinkas furent plongés au cœur d’un des plus anciens et meurtriers conflits du XXIe siècle (environ 2 millions de morts). Le gouvernement de Khartoum, fondamentaliste musulman, y a mené une guerre totale aux populations du sud, noires, animistes et chrétiennes. Une tentative de génocide qui a fait plus de deux millions de morts dans un silence étourdissant. La paix délicate qui fut signée en 2005, est-elle porteuse d’une paix définitive ?

Les Akhas : Thaïlande

Toxicomanie, prostitution, épidémie de sida frappent durement ce peuple dont le très riche patrimoine oral est en train de disparaître. Ce peuple du Triangle d’or, écartelé sur cinq pays, fragilisé par une profonde crise identitaire, économique, sociale et par la déforestation, se trouve plongé au cœur d’une zone de trafic de drogues dont ils sont les premières victimes.

(c) Pierre de Vallombreuse
© Pierre de Vallombreuse

Les Tatars : Ukraine

La République de Crimée - 2 millions d’habitants luttent pour la récupération de leurs droits. Au côté des Russes (64 % de la population) et des Ukrainiens (23 %), 300 000 Tatars luttent pour la récupération des biens et des droits qui leur furent confisqués par Staline. En 1944, ce dernier décréta l’abolition de la République soviétique autonome de Crimée née en 1921, et la déportation de quelque 200 000 Tatars, accusés de collaboration collective avec l’ennemi nazi. Quarantesix pour cent d’entre eux périrent au cours de cet exil qui devait les emmener vers la Sibérie et l’Asie centrale. Cédée à l’Ukraine en 1954, la Crimée dut attendre la perestroïka de 1989 pour vivre d’importants bouleversements : les Tatars exilés et leurs descendants entraînèrent un processus de « retour au pays » qui, en l’espace de dix ans, permit à 250 000 d’entre eux de regagner leur terre natale. Autant d’autres sont attendus, les Tatars, constituent désormais près de 12 % de la population et la plupart vivent dans des conditions sociales et sanitaires préoccupantes.

Les Palawans : Philippines

Un peuple qui vivait relativement isolé dans un massif montagneux couvert de forêts et qui gérait lui-même ses contacts avec le monde extérieur voit celui-ci l’envahir progressivement. Les missionnaires avides de les convertir et de les intégrer dans un autre système culturel et économique que le leur, sont le fer de lance de ce changement. Le percement d’une route proche de leur vallée accroît l’arrivée massive de populations venant du reste de l’archipel, en quête de terre à cultiver et menace directement leur territoire et son écosystème.

Les Papous : Indonésie

Un peuple victime d’une situation coloniale violente. Les Papous de la province indonésienne d’Irian Jaya sont les victimes de l’occupation de leur pays par l’armée et des populations indonésiennes depuis le début des années soixante. Cette partie de la Papouasie Nouvelle-Guinée fut offerte à l’Indonésie pour la remercier d’avoir pris des distances face au bloc communiste. Un cadeau de la guerre froide. L’occupant indonésien détruit les sociétés traditionnelles, pille les ressources naturelles, transforme l’Irian Jaya en colonies de peuplement et réprime dans le sang toute opposition.

Les Surmas : Éthiopie

La région est particulièrement isolée et dépourvue de voies de communication. Entre la vallée de l’Omo et la frontière soudanaise vivent une dizaine d’ethnies de langue surma où affluent les armes automatiques. Ces ethnies d’éleveurs nomades incarnent une société traditionnelle, sans autorité politique centralisée et sans économie moderne. Les Surmas pratiquent ainsi un spectaculaire rituel de duel au moment des récoltes : chaque combattant tente d’assommer son adversaire au moyen d’un long bâton à pointe phallique. Tuer est formellement interdit. Depuis toujours, les conflits tribaux se règlent rituellement. Ils résultent le plus souvent de razzias de bétail entre groupes d’éleveurs rivaux, car en plus d’être une ressource économique, le bétail est une référence identitaire. L’afflux d’armes automatiques provoque des conflits de plus en plus meurtriers.

Les Yis : Chine

Farouche peuple de montagnards Tibétos-Birmans, les Yis, ont survécu à un ethnocide et à une violente répression qui fit des milliers de morts avant et pendant la révolution culturelle. À la mort de Mao, le gouvernement chinois leur a accordé des territoires autonomes avec une certaine liberté culturelle dès lors qu’ils ne contestent pas le pouvoir en place et l’intégrité nationale. Ils ont su développer un art de la résistance qui leur a permis de survivre jusqu’à aujourd’hui en tant que peuple avec son identité distincte.

Les Kanaks : France

Les tensions entre populations « caldoches » européens et kanaks se font plus palpables dès lors que ces derniers revendiquent leur droit à la dignité culturelle Les intérêts défendus s’opposent : les loyalistes désirent rester attachés à la France, tandis que les indépendantistes revendiquent une « Kanaky » libre. Face à la violence des affrontements, l’état d’urgence fut décrété en 1984. Les négociations engagées donneront naissance aux accords de Matignon du 26 juin 1988, qui garantirent l’existence d’un gouvernement calédonien, tout en maintenant certaines des compétences de l’État français. La période dite « des événements » fut ainsi close. Les Kanaks disposent aujourd’hui d’une représentation politique. Le référendum de 1998 a vu 72 % de la population se prononcer pour les accords de Nouméa : ils décident d’une période de transition vers l’indépendance qui verra les compétences des autorités étatiques métropolitaines progressivement transférées en faveur des autorités locales. L’avenir reste un point d’interrogation.

Le catalogue

Peuples
Éditeur : Flammarion (19 janvier 2006)
Collection : Photographies
Format : Relié - 135 pages
ISBN : 2080114042
Dimensions (en cm) : 25 x 2 x 32
Prix : 45 euros

Autour de l’exposition

Visites commentées (1h) :
- mardi à 15h30 et 18h30
- jeudi à 15h30
- mercredi et vendredi à 14h30
- samedi et dimanche à 16h30

L’aventure de la forêt (1h), rencontre avec les Palawan (de 4 à 6 ans)
Découvre les Hommes des rochers, sur l’île Palawan, et suis leurs traces dans la forêt. Tu feras la connaissance de Tulibac et de sa famille, dont tu partageras les aventures extraordinaires.
- les mardi 5, 12, 19 et 26 juin à 14h30
- les vendredi 8, 15, 22 et 29 juin à 15h30


Informations pratiques :

Peuples
Photographies de Pierre de Vallombreuse
Du 30 mai au 30 septembre 2007
Les champs Libres, Musée de Bretagne (Rennes)
Vernissage le 30 mai à 19h
Tarif : 4 euros et 3 euros tarif réduit
 


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