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2/10/05 -
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Photojournalisme, à la croisée des chemins

Dix ans après le succès du premier Photojournalisme, les éditions Marval et l’École des métiers de l’information-CFD (EMI-CFD) présentent un nouvel ouvrage réactualisé. La profession de photojournaliste en une décennie a considérablement évolué, elle est aujourd’hui marquée par de grands doutes quant au statut de l’image dans la presse, par ses difficultés à trouver des moyens de diffusions des reportages et des témoignages, et par de grands bouleversements techniques.
Quand les photographes parlent de leur métier, eux qui jusqu’ici pouvaient presque se contenter de prendre des photos, et se trouvent aujourd’hui face à une situation de crise leur imposant bien d’autres tâches et remises en question afin de pouvoir continuer à travailler, cela donne un ouvrage revendicateur, dénonciateur, et important. Cela donne aussi un livre plein d’images, lesquelles sont la preuve manifeste d’une production et d’un engagement toujours aussi forts, avec notamment ces reportages que l’on aura très peu vus dans la presse, bien que représentant parfois l’oeuvre d’années de travail (Stanley Greene et la Tchéthcénie par exemple), mais aussi de la menace qui plane en terme d’uniformisation de l’information et une photographie qui tend à n’être plus utilisée qu’à titre d’illustration (La même photo d’Arko Datta qui fit la couverture de tant de journaux pour évoquer le Tsunami en Asie). Avec, cependant, à la fois les stigmates d’une profession plus en mal de débouchés que de reconnaissance, puisque la photo en question est précisément celle qui a remporté le World Press, récompense suprême pour le photojournaliste. En effet, ce qui ressort de ce constat de malaise, au-delà de l’inadéquation de plus en plus flagrante entre la demande des journaux et magazines et ce que les photographes ont à offrir s’ils accèdent aux commandes et moyens de travailler, c’est aussi, très paradoxalement, un regain d’intérêt du public pour le photojournalisme. Témoin, le festival International de Perpignan, qui bien que fragilisé par une édition 2004 ayant bien failli ne pas voir le jour, constitue une référence mondiale de plus en plus populaire, à la fois auprès du métier et du grand public. Mais la question se pose de savoir si les nouvelles orientations prises par la photographie (les cimaises des musées, les ouvrages publiés chaque années toujours plus nombreux, et les salles des enchères par exemple) peuvent constituer un débouché suffisant pour la photographie initialement destinée à la presse. Si cela ne revient pas finalement à la réserver à une élite, et à tuer du même coup l’information ou du moins la façon de la raconter. Du reste, Visa pour l’Image ne saura pas tout enrayer. Les agences et collectifs ne peuvent déjà pas tous y trouver place et si ce rendez-vous annuel permet à la presse écrite d’ouvrir les yeux sur tout ce qu’elle a pu laisser passer au cours de l’année, les rédactions semblent résister de moins en moins à la facilité d’utiliser les réserves des grosses agences de stock, et de donner au public des images consensuelles, pas trop choquantes, afin de retenir les pointilleux annonceurs qui la font vivre, confondant au passage point de vue, écriture et engagement avec information spectacle et immédiateté.
Cette description alarmiste ne surprendra en rien les "gens du métier", puisqu’il n’est pas de magazine sérieux qui ne l’ait déjà décrite en ces termes (on lira même un long entretien avec les auteurs de ce livre, recueilli à Perpignan, dans le numéro 163 de Réponses Photo), de photographe qu’il l’ait déplorée (nous avons en tête Mary Ellen Mark, publiée par Phaïdon, dont nous vous parlions très récemment). Avec ses reportages intimistes, s’inscrivant dans la durée, et réalisés avec le soutien sans faille des plus grands magazines, celle-ci fait partie de la génération dorée de cette profession aujourd’hui à l’asphyxie, recherchant budgets désespérément. C’est pourquoi il est de bon augure que ce livre soit signé par les toutes jeunes figures du photojournalisme (Mat Jacob est photographe au sein du collectif Tendance Floue. Wilfrid Estève, ancien fondateur du collectif l’Oeil Public, écrit, photographie, et préside l’association ANJRPC-Freelens. Olivia Colo est rédactrice en chef du collectif l’Oeil Public). Ces générations qui ont en héritage la culture du pays dans lequel est né le photojournalisme, Paris ayant été rien de moins que sa capitale internationale avec les célèbres agences (Magnum, ou les trois A : Gamma, Sipa, Sygma), et qui doivent aujourd’hui, pour perpétuer une tradition, user de nouvelles méthodes de travail et d’organisation. Les collectifs (Tendance Floue, L’Oeil public, pour ne citer qu’eux), ces nouvelles formes de regroupements sur le modèle de VII, lancé en 2001, ou les agences ayant préféré très tôt, pour soutenir leur auteurs, recourir à de nouvelles pistes telles que l’exposition et l’édition (l’Agence Vu en particulier et son rédacteur en chef Christian Caujolle), plutôt que de céder à la photographie commerciale, même si l’indépendance reste difficile à conserver dans un monde où l’information n’échappe pas au statut de produit.
L’ouvrage ne fait pas que dénoncer, il offre aussi quelques pistes et informations pratiques, donne la parole à de nombreuses personnalités du métier (éditeurs, presse, agences, photographes, organisations humanitaires, etc.) et surtout offre une grande place aux images, avec notamment plusieurs portfolios. Des travaux importants parfois découverts par la profession (Philipp Blenkinsop et La guerre secrète continue chez les Hmongs au Laos fut d’abord montré à Visa pour l’Image), salués par la profession (Stanley Greene, évoqué plus haut, Prix Eugène Smith), et même parfois reconnus par la presse elle-même (Olivier Jobard, Grand Prix Paris Match de la Photographie, avec Itinéraire clandestin sur l’immigration entre l’Afrique et l’Europe, sujet également traité par Sarah Caron).
Présentation de l’éditeur
Photojournalisme. Un terme chargé d’histoire. Un mot qui sent l’aventure, riche de toutes les facettes du monde... et touché par la réalité de notre époque, celle du marché roi, de la rentabilité obligatoire. Le photojournalisme a considérablement évolué en une décennie, des points de vue déontologique et technique. Animés par leur passion, les photographes explorent de nouvelles voies. Le photojournalisme est aujourd’hui " à la croisée des chemins ", c’est à lui d’inventer son avenir pour continuer à raconter le monde. Ce livre témoigne du fourmillement imaginatif et des défis lancés à la profession. Il est aussi un ouvrage pratique à l’usage des jeunes reporters, soucieux de trouver des réponses aux questions qu’ils se posent, en termes de technique, de droit ou de statut.
Sommaire
OÙ VA LE PHOTOJOURNALISME ?
Le photojournalisme dans la tourmente commerciale
(la presse à l’ère de l’illustration, les agences et mondialisation
des images, à la recherche de producteurs)
L’horizon des possibles (chemins de traverses, au-delà
de la presse, d’autres structures)
Parcours de photographes
ÊTRE PHOTOREPORTER
Journalisme et photographe
La maison du photographe (groupes, agences,
indépendants...)
Statut du photographe (droit à l’image...)
À la rencontre des rédactions (rédactions, laboratoires,
institutions...)
ANNEXES
Informations pratiques, notation et achat :
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Parution : 6 septembre 2005 18 x 2 x 25 cm, broché 222 pages 300 photos (bichromie + couleur + vernis) 39 euros Note sujet : 5/5 Note photos : 5/5 Note textes : 5/5 Note esthétique : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Philip blenkinsop Photographe
- Sarah caron Photographe
- Wilfrid estève Photographe
- Stanley greene Photographe
- Guillaume herbaut Photographe
- Mat jacob Photographe
- Olivier jobard Photographe
- Bertrand meunier Photographe
- Olivia colo Auteur
- Marval Editeur
- EMI-CFD (Ecole des métiers de l’information) Ecoles
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