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24/05/06 -
Par Loïc Fel (usage interdit)
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Quelques jours dans la vie de Sharon Stone, Cannes, Londres, Paris

Sur la base du pouvoir médiatique des stars et des photographes, force qui semble ne même plus porter à interrogation, les livres regroupant des clichés d’actrice et dont les bénéfices sont reversés à une association, sont devenus un genre à part entière. Mais ce trio inattendu génère des exercices très divers. Dans le cas de Sharon Stone, présidente de l’amfAR (fondation américaine pour le recherche contre le sida), le photographe Emanuele Scorcelletti et les éditions La Martinière réalisent un opus qui repose complètement sur l’aura de l’actrice, magnifiée par un choix de clichés qui pourrait faire office de modèle même du genre !
Parlons en premier lieu de la cause au bénéfice de laquelle ce livre est vendu ! L’amfAR, American Foundation for AIDS Research, finance des programmes de recherche médicale et de prévention contre l’épidémie auprès du grand public. Virus extrêmement complexe, le H.I.V. est incontestablement la pandémie la plus tragique. Aujourd’hui encore incurable, soigné par des traitements lourds et un suivi médical contraignant pour les plus chanceux, car les traitements sont extrêmement chers, le H.I.V. n’a pas fini de tuer et de nous remettre en question.
Sharon Stone, de prime abord clichée de l’actrice états-unienne blonde, qu’on imagine iconique mais sans relief, révélée au grand public par Basic Instinct, un de ces films qui jouent sur les intérêts pour le dessous de la ceinture rendus présentables par le genre du thriller, n’est peut-être pas aussi simplement catégorisable. Femme d’expérience, Sharon Stone est clairement en représentation perpétuelle, les clichés du livre en attestent, mais on sent une grande maîtrise, et presque un dévouement, au contrôle de son image dont les motivations ne s’arrêtent pas aux seuls avantages réels ou fantasmés des stars de la Croisette. D’une beauté certaine et d’un goût pour l’élégance provocante affûté, Sharon Stone se déplace comme une icône vivante de conférence de presse en meeting, de promotion de films, en campagne publicitaire pour des produits de luxe dont elle est l’égérie ou enfin d’action en dîners pour l’amfAR, au sein de laquelle elle prend une part active en tant que présidente. Elle succède à ce poste à Liz Taylor, première personnalité du tout Hollywood à lutter contre le HIV. La discipline de l’image et la célébrité dont Sharon Stone jouit en font une ambassadrice de premier plan pour toutes les entreprises, qu’elles soient altruistes ou lucratives. Mais ces entreprises à défendre, elle les choisit selon ses propres convictions, à tel point que nous pourrions croire que le cinéma n’est qu’un moyen de perpétuer cette célébrité, ensuite mise au service de différentes valeurs. C’est une position délicate et ambiguë, mais qui offre un sujet photographique de grande qualité.
Et en effet, Emanuele Scorcelletti, photographe de confiance pour l’actrice, fait ressortir ce double aspect. D’une par il y a la maîtrise de l’image de son modèle, qui participe pleinement à la construction des clichés par sa seule présence, mais en même temps, l’œil avisé du photographe parvient à nous suggérer les dessous du voile médiatique. Les poses sont maîtrisées, mais les regards subrepticement retenus par l’appareil photo montrent parfois des expressions de pudeur ou de doute. Des jeux de miroir ou de cadrage montrent aussi une personne simplement présente qui cherche à faire de son mieux face à des inconnus ou face à d’autres célébrités qu’elle ne (re)connaît pas toujours. Ces petits riens, magnifiés par un noir et blanc plus intime, doux et solennel que les clichés hauts en couleurs de la comédienne dont on a l’habitude, construisent un livre qui ne cesse d’interroger le décalage entre la réalité et l’image, ce que l’on projette sur une icône et la réalité de son objet.
On pourrait croire que mis à par la personne de la présidente de l’amfAR et le reversement des droit à l’association, ce livre n’a aucun rapport avec la lutte contre le VIH. Et pourtant, ne s’agit-il pas là aussi, en plus de l’enjeu médical et des recherches fondamentales qui doivent être menées, d’un combat d’images ? Les figures de proue engagées de façon continue dans la lutte contre le VIH sont souvent des personnes directement concernées. Sharon Stone bénéficie de l’image quasi insouciante de la femme fatale, favorable à l’image d’un milieu hétérosexuel peu engagé dans le combat conte le VIH. La mise en avant de cette personnalité sort le débat d’un cercle traditionnel de l’intelligentsia, des responsables politiques, des chercheurs et des associations au premier plans desquels la communauté homosexuelle. La lutte contre le HIV doit dépasser ces clivages, et c’est une raison de vie ou de mort ! Sharon Stone est assez médiatique et empathique pour remplir cette mission avec brio, comme elle l’a montré lors du précédent festival de Cannes en haranguant aux dons les invités de la soirée de Gala de l’amfAR.
Un livre surprenant donc, à la fois décalé et complètement traditionnel, qui lutte contre plus d’un a priori.
Informations pratiques, notation et achat :
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Nombre de Pages : 100 Date parution : 6 avril 2006 N° ISBN : 2-7324-3480-9 Nombre de photos : 70 noir et blanc Format : 23/29 cm Prix : 18 Euros Nos appréciations : Sujet : 3/5 Photos : 4.5/5 Esthétisme : 4/5 |
En savoir plus sur :
- Emanuele scorcelletti Photographe
- La Martinière Editeur
- amfAR (fondation américaine pour la recherche contre le sida) Organisation
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