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Par Floreal Meneto
26/11/08 809 visites Impression (PDF) |
Livre photo reportage, documentaire, photojournalisme
RFK

Robert F. Kennedy venait de remporter les primaires du parti Démocrate quand il fut assassiné le six juin 1968. Suivant une certaine tradition américaine, son corps allait être ramené par le train de New York à Washington, où devait avoir lieu ses obsèques, à l’Arlington National Cemetery. Paul Fusco, photographe pour Look, couvrait l’événement. Ses photographies furent publiées plus de trente ans après dans Georges Magazine, puis dans un livre, RFK Funeral Train. Les éditions Aperture présente ce travail dans une nouvelle version augmentée, sobrement intitulée RFK.
En 1865, la dépouille d’Abraham Lincoln, réformateur assassiné, était conduite par le train, de Washington à Springfield, où il devait être inhumé. Cent trois ans plus tard, le 8 juin 1968, Paul Fusco embarque à New York City, à bord d’un autre train funéraire, à destination de Washington DC. Cette fois, pour convoyer le cercueil de Robert F. Kennedy, réformateur lui aussi, ami des afro-américains, assassiné comme son frère John et comme Lincoln, donc. Rejoignant, ainsi, un tragique panthéon des passions de la politique américaine.
En photographiant ceux qui tout du long du parcours se pressent pour saluer une dernière fois le défunt, Fusco brosse le portrait d’une certaine Amérique. Celle, tourmentée, de la fin des années soixante. Toutes ces vies anonymes dont on ne sait rien, frappées de stupeur, incarnent cette époque dramatique. On devine sur ces visages que les généreuses illusions du rêve américain sont passées de vie à trépas. Massacrées par l’offensive du Têt (janvier 1968), l’agitation estudiantine (occupation de l’université de Columbia en avril 1968), la révélation du massacre de MyLai (mars 1968), les émeutes raciales (Harlem 1964, Los Angeles 1965, Atlanta 1966, Detroit 1967), l’assassinat de Martin Luther King (avril 1968). C’est comme si le spectateur scrutait les multiples visages de cette Amérique regardant passer le cortège funèbre de ses espérances, la promesse d’un changement, d’une nouvelle frontière personnifiées par RFK.
Jeu de regards
Au fil des pages, alors que les éléments contextuels se font plus rares, c’est autre chose qui se dessine et s’impose. C’est un jeu de regards. En situant le spectateur à la place du mort, pour ainsi dire, donc objet de toutes les attentions – regardé certes mais aussi photographié, le dispositif initie un dialogue où les regards ne cessent de circuler entre l’image et le spectateur.
Ce mouvement ininterrompu, dans lequel la mort n’est jamais totalement absente, finit par produire un effet de miroir. A la fois reflet et passage, mise en abyme. De vie à trépas. D’abord, dans ces images des vivants regardent un mort. Le spectateur, lui, regarde ces vies surgies du passé, des spectres. Enfin, ceux-ci le regardent. Cet effet est renforcé par l’atténuation de la couleur locale. Le décor devient flou, imprécis, relativement abstrait, toujours plus sombre. Il gomme tout contexte, jusqu’à entraîner le spectateur dans un tourbillon. Cette réversibilité du regard, cet échange qui prend à partie le spectateur, arrache le RFK de Fusco à ses déterminations. La morbidité et la violence sordide du fait divers ainsi que la banalité de l’hommage posthume laissent la place à un étrange voyage spéculaire.
Infos pratiques, notation et achat :
| RFK Photographies de Paul Fusco Editeur : Aperture (septembre 2008) 224 pages 11.75 X 9.675 cm ISBN : 978-1-59711-079-2 Prix : 35 euros |
En savoir plus sur :
- Paul fusco Photographe
- Aperture Editeur
- Magnum Photos Agence
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