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28/02/08 -
Par Pamela Messi (usage interdit)
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Réalités, un mensuel français illustré (1946-1978)

L’histoire a oublié Réalités, mensuel illustré des années 1950 à 1970. Anne de Mondenard et Michel Guerrin réparent cette injustice en publiant chez Actes sud un ouvrage très documenté consacré à cette revue, l’une des plus novatrices et influentes de l’époque. Réalités voulait être un « observatoire du monde » et racontait l’évolution des sociétés à travers de longs reportages exclusifs. Le livre retrace cette aventure journalistique, à travers le portrait et les images des photographes les plus marquants, parmi lesquels Edouard Boubat et Jean-Philippe Charbonnier.
Pas un livre, ni un mémoire universitaire Réalités, mensuel français illustré diffusé de 1946 à 1978, publie pourtant les plus grands photographes : Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, René Burri, Edward Steichen, Robert Capa, William Klein, Richard Avedon, Irving Penn... Et beaucoup d’autres. Anne de Mondenard, historienne de la photographie, et Michel Guerrin, journaliste au Monde, réparent cette injustice dans un livre très documenté, alors qu’une exposition sur le magazine se tient à la Maison européenne de la photographie, jusqu’au 30 mars 2008.
Selon les deux auteurs, si l’épisode Réalités n’a pas été retenu par l’Histoire, c’est parce que le modèle journalistique, mis en place à l’époque, a aujourd’hui disparu : traiter l’actualité sur un rythme mensuel, en s’accordant le temps et la place nécessaires. Car les reporters de Réalités pouvaient s’immerger six semaines dans des hôpitaux psychiatriques, passer 15 jours aux abattoirs de la Villette, ou même partir à l’étranger durant des mois. Quant à leurs sujets – qu’ils traitent de la vie d’un notaire de province, de celle des Touareg, ou des Indiens Nambikwara – ils s’étalaient souvent sur plusieurs pages.
Ce qui était beau, et très formateur pour nous, vraiment passionnant, c’est que l’on ne vous envoyait pas forcément sur les points « chauds » du globe, racontait le photographe Edouard Boubat. On allait parfois là où il ne se passait rien, si j’ose dire. Et rien de tel pour saisir et comprendre vraiment alors la réalité d’un pays, d’une situation. Echapper à l’actualité, ou à ce que l’on nomme l’actualité, et qui est bien souvent un rideau de fumée tragique qui dissimule le réel profond, c’est une chance.
Quand Réalités voit le jour, en pleine période des Trente Glorieuses, la télévision est encore balbutiante, et peu de Français ont l’occasion de voyager. Réalités, qui s’adresse à un lectorat plutôt bourgeois, se pose alors en « observatoire du monde ». A l’image de ceux qu’elle veut séduire, la revue — un grand format — est élégante. La formule a du succès. Du moins, les premières années. En moyenne, 160 000 exemplaires s’écoulent chaque mois, essentiellement sur abonnement.
Réalités s’inspire évidemment des hebdomadaires illustrés Life, aux Etats-Unis, ou Paris-Match, en France, qui accordent toutefois davantage de place à la photographie. Au début, en tout cas. Car progressivement, la photographie s’impose dans la maquette de Réalités. En noir et blanc, jusqu’en 1965. Puis en couleur, uniquement. De plus en plus d’images sont publiées en pleine page, voire en double page. Et le journal, qui n’achetait que des images isolées, se met à acquérir des reportages entiers et même, à passer des commandes. Une équipe de photographes salariés se constitue autour du directeur artistique le plus emblématique de la rédaction, Albert Gilou. Jean-Philippe Charbonnier sera le premier à intégrer ce pool. Suivi, très vite, d’Edouard Boubat.
L’aventure journalistique finit mal puisque en 1978, la revue cesse de paraître. Les dernières années furent douloureuses, notamment pour les photographes. La place réservée à leurs images se réduit : les sujets « huit pages » diminuent de moitié et les grandes photographies sont remplacées par des vignettes. Quant au passage au tout couleur, il ne convient pas à tous. Un reporter tel que Leonard Freed par exemple, s’exprime en noir et blanc. La ligne éditoriale a également changé. Les sujets voyages par exemple, dont la qualité tenait au ton ethnographique adopté par les reporters, prennent désormais une tonalité touristique. Boubat sera le premier à quitter la revue, en 1967.
« En 2008, aucun journal ne ressemble à Réalités, et créer l’équivalent semble impossible », assurent Michel Guerrin et Anne de Mondenard. C’est un fait. Pourtant, des journalistes, des photographes, rêvent encore du titre qui donnera à leurs sujets la place qu’ils méritent : 10, 20, 30 pages… C’est l’objectif que s’est fixé XXI, trimestriel d’« information grand format » qui a vu le jour cet hiver. Cela rappelle, un peu, l’aventure de Réalités.
Informations pratiques, notation et achat :
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Format : Broché 160 pages Collection : Photographie Parution : janvier 2008 Dimensions : 15 x 20,5 cm Langue : Français ISBN : 2742772219 Prix : 29 € Notre appréciation : Note sujet : 5/5 Note photos : 5/5 Note textes : 5/5 Note esthétique : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Anne de mondenard Auteur
- Michel guerrin Auteur
- Actes Sud Editeur
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