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Communiqué
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Requisitoire : Le plancher de Jean

Dans la tradition documentaire, Martin d’Orgeval a réalisé une série de photographies en noir et blanc des quatre morceaux du Plancher de Jean. Cette série témoigne d’une part d’une oeuvre d’Art brut autonome et remarquable comme création en soi, et d’autre part de la gravité que peuvent atteindre certains troubles psychologiques quand ils ne sont ni reconnus, ni pris en charge, comme c’était le cas à l’époque.
Dans un souci de vérité et d’objectivité, Martin d’Orgeval a photographié le Plancher comme il a été percé, gravé, incisé : dans sa position horizontale d’origine. Il a posé son appareil à la place où Jean se trouvait quand il a exécuté son oeuvre : tout près des mots, comme accroupi ou à genoux, ou bien à une distance d’une personne debout, qui permet une vue plus large mais jamais complète du texte. Adoptant un point de vue en perspective soit frontale soit axiale, il a saisi le Plancher, non pas comme un tableau, mais comme l’objet de la vie de tous les jours, à la lumière naturelle et sur lequel on marche, on vit.
Le texte de Jean prend d’emblée la forme d’un réquisitoire féroce contre la religion, responsable de toutes ses souffrances. Décortiqué par les photographies de Martin d’Orgeval, son champ sémantique exprime les sentiments de culpabilité, de persécution, évoque la guerre, la mort, la paranoïa et la misanthropie. L’idée de sérénité (santé, famille, paix, sommeil, innocent) se heurte à l’agressivité et à la haine (Hitler, crapulerie, tuer, crimes, procès, diable, guerres, maladies), alors que des mots forts trahissent une conscience menacée (cerveau, oeil, abuse, pouvoir, truquage, commander).
La démarche de Martin d’Orgeval nous montre aussi la brutalité des coups de couteau sur le bois, tous les accidents et dérapages de la lame qui laissent deviner les blessures corporelles. La matière trouée et entaillée ainsi que les parties rongées par l’humidité ajoutent au caractère torturé du personnage et finissent de donner au plancher une dimension expressionniste.
Histoire de Jean
Né en 1939 dans le Béarn d’un père travailleur et taciturne et d’une mère étrange et solitaire, Jean fait des études pour devenir instituteur. Selon la rumeur, c’est à la suite d’un chagrin d’amour qu’il s’engage, bien que fervent antimilitariste, comme parachutiste dans la guerre d’Algérie. Il revient en France en 1959, suite au suicide de son père par pendaison. Désormais chef de famille, le jeune homme âgé de 20 ans reprend la ferme familiale qui, jusqu’alors prospère mais dorénavant mal gérée par lui, s’enfonce progressivement dans la décadence.
Petit à petit, les troubles du comportement de Jean apparaissent – psychose et schizophrénie. Il se coupe du monde, néglige les récoltes et les élevages, et devient menaçant envers le voisinage et les visiteurs. Il garde la propriété en se livrant à des rondes, monté sur son tracteur et armé de son fusil. Les années passent avec sa mère et sa soeur Paule. Ils ne sortent plus, ne parlent à personne et se nourrissent de cueillette. La mort de sa mère constitue une étape nouvelle dans la névrose de Jean...
Informations pratiques :
RequisitoireLe plancher de Jean
Photographies de Martin d’Orgeval
Du 6 octobre 2007 au 6 janvier 2008
Maison de la Photographie (Lille, 59)
Tarif plein : 6€ - Demi tarif : 3€
En savoir plus sur :
- Martin d’orgeval Photographe
- Maison de la Photographie Lieu d’expo
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