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28/04/08 -
Par Laurent Fabry
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Rivages

Les humeurs de la ligne d’horizon
Publié pour la première fois en 2003, Rivages est désormais un livre culte. Le voici enfin réédité. Il comporte ainsi une quinzaine de nouvelles photographies, réalisées notamment pour le Conservatoire du Littoral. L’ensemble a fait l’objet d’une nouvelle sélection plus resserrée, créant une dramaturgie plus forte. Si Harry Gruyaert confronte le sens de sa démarche photographique à la ligne d’horizon, s’il confronte également son travail à sa propre culture flamande – celle des tableaux chargés de nuages bas où s’épanchent ça et là des écharpes de lumière, le photographe renouvelle aussi notre perception du paysage avec ses jeux subtils d’ombre et de lumière, de transparence et de profondeur. Ce moment poétique sous-tend l’œuvre de Harry Gruyaert pour qui photographier permet de faire surgir les conditions d’un émerveillement.
Quel plaisir et quelle audace à la fois de s’attaquer à ce qui est désormais un grand classique. Rivages, de Harry Gruyaert en est effectivement à sa 2ème édition, avec quelques ajouts qui semblent avoir été faits en prise de vue numérique vue la disparition du grain sur certaines images. Et c’est Textuel qui s’y colle, pour produire un objet superbe : format panoramique, ouverture dans le sens de la largeur, avec une image à la fois, précédée de son numéro et sa légende sur la page opposée. Ainsi, le lecteur peut-il se plonger littéralement dans chaque image. L’une après l’autre. Sans devoir aller fouiner en fin de volume pour en savoir plus ou laisser distraire son regard par une mise en page trop sophistiquée. Voilà des conditions idéales pour apprécier et contempler posément chacun des tableaux proposés.
Car il s’agit bien là d’un tableau à chaque fois. A plusieurs titres d’ailleurs. D’abord par la diversité et la singularité des lieux représentés. Des destinations plus ou moins lointaines, pas toujours très exotiques, mais évoquant quand même le sentiment de transit (Ostende, Biarritz, Anvers, etc.) Egalement, par la composition. Systématique, rigoureuse, et patiente, celle-ci s’agrémente avantageusement du personnage principal présent dans chaque scène : sa « dimension météorologique ». En effet, ce que relate chaque image, c’est un lieu, et son visage à un instant précis. Le moment même où les éléments naturels sont en totale confrontation : le « gros temps », capable d’assombrir le ciel en plein jour, et son opposé, le soleil. A partir de ces deux ingrédients de base souvent réunis, le photographe Harry Gruyaert prépare sa mise en scène, faite d’une infinité de détails. Des détails aussi importants pour l’image qu’ils sont souvent très éphémères. Entre deux marées, le sable gorgé d’eau exploite les forts contrastes lumineux pour dessiner les textures les plus riches. Des nuances que l’on retrouve dans l’air et l’eau, les deux autres éléments présents en égale proportion dans l’image et qui matérialisent par leur confrontation l’autre personnage : la ligne d’horizon. Toutes ces matières enrichies du grain argentique et d’un subtil rendu d’image rappelant parfois les tirages vieillis, donnent toute leur consistance aux photographies.
Harry Gruyaert en profite également pour faire entrer dans son cadre de subtiles scènes de vie, et quelques éléments artificiels ponctuant le graphisme naturel du rivage. Des cahutes de plage multicolores, un fil à linge et ses vêtements qui virevoltent avec le vent comme pour mieux se saisir de la lumière, les silhouettes de voyageurs en transit, évanescentes ou en contre-jour... Harry Gruyaert donne vie à ces lieux intrinsèquement durs et ingrats, et les rend étonnamment poétiques. Il les extrait de leur torpeur habituelle, du moins celle de l’imagerie collective. Il nous épargne les clichés acidulés des vacances estivales ou les soleils couchant de la carte postale. Ici l’on découvre au contraire toutes les nuances de gris du climat « hors-saison », on éprouve les humeurs ténébreuses du rivage dans toute son austérité, on assiste à la disparition des couleurs.
Les images se succèdent et on cherche bientôt le message. Que peut bien vouloir nous dire le photographe par ce sujet éculé, traité avec une réelle aisance qui ferait presque penser à un certain détachement. Sans doute le rivage, cette zone d’interface qui délimite les territoires des hommes, représente-t-il le fantasme de la fuite, c’est un no man’s land, une zone de transit ou s’exerce le flottement, l’expectative. Quant à cette ligne d’horizon, implacable et omniprésente, elle rappelle justement qu’il y a une perspective, un ailleurs, et nous ramène à la dure réalité de notre existence. Il faut avancer pour pouvoir la dépasser.
Informations pratiques, notation et achat :
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Format : relié 104 pages 25 x 37 cm Parution : 6 mars 2008 ISBN-10 : 2845972598 ISBN-13 : 978-2845972599 Prix : 69,00 € Notes : Intérêt du sujet : 5/5 Photographies : 5/5 Texte : 2/5 Présentation : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Harry gruyaert Photographe
- Textuel Editeur
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