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Par Galerie le Réverbère
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Exposition photo Lyon (69)

Sapiens Post Sapiens

Sapiens Post Sapiens - En Résonance avec la Biennale de Lyon

En Résonance avec la Biennale de Lyon

Poursuivant une initiative récente de la galerie, Jean-Claude Palisse invite au Réverbère deux de ses anciens étudiants devenus ses amis, Robert Kot et Julien Claessens. Si tous trois pratiquent le portrait, ce n’est pas l’aspect documentaire qui prime dans leurs travaux, mais plutôt un regard concerné et subjectif sur certains aspects de leur vécu quotidien et donc de l’humanité actuelle.

Outre cette préoccupation commune, l’intimité annoncée des trois photographes pourrait laisser présager d’inévitables similitudes dans l’approche et les moyens mis en oeuvre, impliquant sans doute une ressemblance redondante des oeuvres exposées.
La réponse à cette inquiétude est sans équivoque : chacun, selon sa sensibilité et son parcours, nous propose par des moyens très différents, une vision personnelle de l’univers qu’il côtoie et observe. La confrontation s’avère riche d’une surprenante diversité : de monumentaux assemblages de « faux multiples » en noir et blanc, de longs et panoramiques portraits de groupes en couleurs, mais presque monochromes, associés à des portraits individuels d’enfants irradiés de couleurs, et enfin, revenant au noir et blanc, d’intimistes et intrigants portraits servis par de grands tirages très sombres.

(c) Jean-Claude Palisse
© Jean-Claude Palisse

Jean-Claude Palisse, négligeant cette fois le montage et les interventions numériques, utilise très rationnellement la technique pourtant rudimentaire et souvent aléatoire du sténopé à plusieurs trous et du négatif papier pour nous proposer des ensembles de six grands portraits simultanés, seulement différentiés par l’angle de prise de vue. Il continue ainsi à naviguer dans une réalité fictionnelle évoquant la surveillance et la « traçabilité » grandissantes de chacun, imposées logiquement par la société contemporaine.

(c) Robert Kot
© Robert Kot

Robert Kot installe simultanément de jeunes adultes dans un décor blanc et circulaire et les photographie successivement de face pour pouvoir construire des « paysages humains » étrangement froids et dérangeants qu’il confronte ici subtilement à de chatoyants petits portraits d’enfants figés dans leurs expressions métaphysiques. Il semblerait que la maturité et la socialisation qui en découle n’apportent pas toujours l’épanouissement naturellement attendu lors de l’enfance.

(c) Julien Claessens
© Julien Claessens

De son côté, Julien Claessens, par ses mises en scènes élaborées et ses compositions précises, nous entraîne dans un monde beaucoup plus intime, mais néanmoins perturbant, reflet introspectif probable d’une marginalité moderne mais intemporelle où se mêlent fatalement élégance, sensualité, onirisme et désillusion. L’attention de l’auteur est sensible et affectueuse, mais pour lui les regards sont denses et, malgré son charme attirant, pas de fuite salvatrice dans l’extravagance, si fascinante soit-elle.

Outre l’intérêt pour le portrait et ses possibles finalités spécifiques, un autre point commun s’affirme clairement. Il est évident que les trois amis attachent une grande importance à la genèse conceptuelle de leurs images et au contrôle intransigeant de leur réalisation.

Mais l’air du temps est là, l’odeur de ce jeune siècle inévitablement prégnante, et, le trouble, l’inquiétude et sans doute le désenchantement flottent alentour.
Chacun évoque à sa manière la diversité d’un quotidien contemporain instable où la sensibilité et la richesse créative témoignent d’une liberté toujours revendiquée et pour l’instant sauvegardée…

JCP.

Traces… La chaleur était torride. Normal en Europe, début mars. Heureusement, la pluie torrentielle rendait l’atmosphère à peu près supportable. Aujourd’hui, elle était d’un beau rose orangé. Saturation d’oxyde de mercure en plus de l’habituelle dioxine neutralisée. Les nouvelles traceuses multimédia étaient vraiment sensationnelles. En plus de suivre les sujets à surveiller, d’analyser leurs gestuelles, de rapidement à qui l’on avait affaire.
Cette nuit-là l’équipe était sur la brèche. Il fallait ne plus les perdre au dernier moment. Sur les écrans, leur convergence, bien que diffuse, semblait se préciser. Le profil de chaque tracé était confirmé grâce aux émissions des implants identitaires. C’étaient les mêmes que la dernière fois. Des informations annexes étaient tombées rapidement. Trois d’entre eux ne payaient plus leurs factures d’air et presque tous avaient probablement chez eux des caissons anti-ondes clandestins. Des réfractaires sûrement animés d’un esprit subversif susceptible de faire baisser les statistiques de la Grande Présidence de la Consommation Globale.
Peu à peu, le rythme des changements d’écrans augmenta, la synthèse des traces de déplacement perdit sa cohérence prévisionnelle. Ils ne rejoindraient pas leur zone de rencontre habituelle. Ils préparaient de toute évidence un mauvais coup, du genre activité classée [1] par la GPCG.
La tension monta. Progressivement, il devenait évident que les tracés se dirigeaient vers le quartier de l’Administration Globale. Le chef comprit rapidement, il était le seul à avoir quelques données précises sur cette zone sensible à fréquentation très réglementée. Les tracés espéraient cette fois se fondre dans le très dense champ ondulatoire du bunker de l’Office Global de Transmission Universelle. Ils risquaient leur vie. Le petit personnel, tous des métis clonés, y était remplacé chaque semaine. Cela limitait le nombre de morts et, surtout, garantissait la confidentialité des opérations que les Officiers-Globalisateurs géraient en zone protégée.
Tous les écrans se brouillèrent successivement. Les opérateurs cachaient leur panique et le chef transpirait. Il avait peur de la déportation en zone surondée. Il fallait retrouver les tracés à leur sortie de la zone du bunker. Ils seraient fous d’y rester longtemps. Maintenant le chef avait assez de traceuses et il cerna la zone. Au bout de longues minutes, les bips de certaines traceuses retentirent et leurs écrans dédiés donnèrent de nouveau des images et des informations cohérentes. Tout le monde fut soulagé. Tous les tracés réapparaissaient en des endroits distincts. La pluie avait cessé et les données étaient plus précises. Il était clair qu’ils cherchaient à se rassembler.
Un homme, bientôt rejoint par une femme, tenait maintenant une sorte de boîte à chaussures d’un genre antique (du carton d’origine végétale, indiquait la traceuse). Finalement, ils se regroupèrent tous, derrière les murs d’une nouvelle centrale en construction. L’homme posa délicatement la boîte sur un tas de parpaings, rejoignit la femme assise sur une caisse à quelques mètres et lui prit la main comme dans le temps. Tous les autres se placèrent en arc de cercle derrière les parpaings et face au couple. Ils sortirent de sous leurs vêtements d’anciennes bougies, des grosses à flamme, qu’ils allumèrent et brandirent droit devant eux, sans bouger. Le couple parfaitement immobile, semblait fasciné par la boîte qu’il fixait intensément. L’étrange scène dura dix bonnes minutes. Puis, une fois les bougies éteintes, l’homme se leva accompagné de la femme et reprit la boîte. La suite fut plus banale : dispersion du groupe et retour surveillé de chaque tracé à son domicile assigné.
Le chef croyait comprendre. Il pensa judicieux d’envoyer un rapport au Bureau de Répression des Religions Rétrogrades. Le directeur du BRRR, très âgé comme le demandait sa fonction, rédigea une note et transmit sans hésiter le dossier à la Brigade de Répression des Images Privées… Jean-Claude Palisse , mars 2009

 

Simple nostalgie ou dérision démonstrative ? Avec Sapiens post sapiens, Jean-Claude Palisse poursuit son évocation de la société contemporaine, dite de consommation, et de ses nouvelles techniques coercitives de surveillance, en construisant son propre sténopé…

Jean-Claude Palisse, né à Paris en 1951, vit et travaille à Bruxelles. Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Visuels de La Cambre (Bruxelles) en Industrial Design et en Photographie (Maîtrise en 1980), il est photographe indépendant depuis 1981 et enseigne à l’ENSAV depuis 1986.

Première exposition personnelle en 1979 (Galerie Néon, Bruxelles).
Quelques voyages en Orient, un an en Amérique Latine, plusieurs séjours à New-York et Rio de Janeiro ne l’empêchent pas de satisfaire aux commandes commerciales et de poursuivre son travail d’auteur récompensé par diverses distinctions et acquisitions dans les collections institutionnelles et privées européennes (Bibliothèque Nationale de France, Fonds National d’Art Contemporain, Ville de Lyon, Communauté Française de Belgique, Musée de Charleroi, Caldic Collectie de Rotterdam…).
Depuis le début des années quatre-vingt-dix, il consacre principalement ses activités à l’enseignement et à son travail personnel, toujours mis en scène et motivé par son intérêt pour le portrait, et de plus en plus influencé par son regard sur la société contemporaine.

Après avoir traité de différents aspects de la violence sociale ou géopolitique, il s’intéresse plus particulièrement au rapport entre les individus et les couples avec leur milieu socio-environnemental, puis constate, à l’aide de son accrochage morcelé, l’essence psychologiquement perverse et réflexive du phénomène de la vidéosurveillance. Plus récemment, il nous implique dans le sursaut pathétique de ses personnages face à un contexte de plus en plus déshumanisé, en nous suggérant, de nouveau par son mode de présentation, de prendre place « derrière le viseur ». Son dernier travail évoque l’inévitable traçabilité des individus dans une société post moderne où humanité et sécurité s’opposent dramatiquement.

Ses photographies, en noir et blanc et de grand format depuis 1994, initialement très sombres, ont progressivement évolué pour atteindre un contraste violent, seulement atténué par différentes gammes de flous, où dominait encore récemment un blanc lumineux et envahissant. La partition de ses images accentue l’éclatement psychologique des individus qu’elles représentent, tandis que l’importance du format permet d’investir puissamment le lieu d’accrochage.
Bien que les épreuves finales soient des tirages argentiques, réalisés par l’auteur, elles sont le fruit des techniques les plus variées. Dans son dernier travail, l’usage conjugué des outils argentiques et numériques a laissé place à la technique du négatif papier associée à celle du sténopé « home made » à plusieurs trous.

Représenté par la Galerie « Le Réverbère » depuis 1995, ses travaux y ont été présentés régulièrement ainsi qu’entre autre, à la FIAC ou à Paris Photo. Après Etats d’Urgences (1995), R.A.S. (1999), Under Control (2002-2004) et Haute Tension (2006-2008), « Le Réverbère » présentera prochainement son dernier travail Sapiens post sapiens.

Julien Claessens, né le 3 juin 1974 à Vichy, a résidé à Bruxelles (1995-2006), Paris (2006-2007), Barcelone (2008), Paris (2009).

Robert Kot, né à Martin / Tchécoslovaquie en 1976, vit et travaille à Bruxelles.

Pendant les fêtes :

La galerie sera exceptionnellement ouverte entre Noël et le jour de l’an de 14h à 19h :
- du lundi 21 au jeudi 24 décembre
- le samedi 26 décembre
- du mardi 29 au jeudi 30 décembre
- le samedi 2 janvier
- puis à partir du 6 janvier, horaires habituels du mercredi au samedi de 14h à 19h

[1] NPNC->Non productive et non consommatrice


Informations pratiques :

Sapiens Post Sapiens
En Résonance avec la Biennale de Lyon
Photographies de Julien Claessens, Robert Kot, Jean-Claude Palisse
Du 4 décembre 2009 au 20 février 2010
Galerie Le Réverbère
Entrée libre du mercredi au samedi, de 14h à 19h et sur RDV
Vernissage le jeudi 3 décembre 2009 de 18h à 21h en présence des photographes

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Galerie Le Réverbère
38, rue Burdeau
69001 Lyon
Tél : 04 72 00 06 72
http://www.galerielereverbere.com/
Entrée libre du mercredi au samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous
Accès : à 5 minutes à pied de la place des Terreaux, métro Croix-Paquet ou Hôtel de Ville, parking des Terreaux ou parking Tolozan
 


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