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28/01/07 -
Par Laurent Fabry (usage interdit)
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Saudek

Le phénomène Saudek
Jan Saudek. Le nom de ce fameux photographe Tchèque ne m’était pas tout à fait inconnu. Mais, depuis que l’éditeur Taschen me fit parvenir son livre, je ne connais plus que lui. Et je me garde bien de parcourir encore l’intégralité de ce gros volume, synthèse d’une carrière toute entière. J’en garde pour plus tard, je l’ouvre à n’importe quelle page, le laisse ouvert, je me délecte progressivement. L’oeuvre de Saudek est pour moi la plus fantastique que j’ai encore eu le bonheur de découvrir, et je vais essayer d’en parler, ce qui, paradoxalement ne m’apparait pas chose facile.
D’abord, à ma décharge, il faut reconnaître la complexité de son travail, ou plutôt, la vaste palette des sentiments qu’il peut procurer en un même instant sur le spectateur. C’est un peu comme ces artistes comiques dont on dit qu’ils provoquent chez leur public des rires gênés. Saudek parvient, par une écriture directe et épurée dans des mises en scène pourtant chargées de symbolisme, de gestuelle et de caricature à nous déstabiliser, à remettre en question notre vision sur les choses, à proposer, comme le veut l’expression consacrée, un nouveau regard sur le monde, sur son monde. Un monde à ce point personnel et d’un imaginaire fantasmagorique si fort que le premier mot qui vienne à l’esprit est « onirisme ». Personnellement, j’ai l’absolu sentiment de voir dans ses images la vision d’un rêve.
Mais l’auteur ne cherche-t-il pas précisément à revenir, sinon à son enfance tourmentée, battue par les affres du totalitarisme antisémite, à une autre période imaginaire, réinventée : en antidatant ses oeuvres d’un siècle ?
Saudek n’a pourtant rien de nostalgique. Bourreau de travail à ses heures, amoureux des femmes qu’il eut aussi nombreuses que les enfants qu’il leur donna, son parcours montre combien il aime la vie et lui fait honneur. C’est sous le régime de la censure qu’il développe en secret, et fait connaître sous le manteau, la plus grosse partie de son oeuvre. Preuve encore de cette soif de réussite, une quête permanente de reconnaissance inassouvie qui le caractérise. Coïncidence la plus éloquente, « the family of man », l’exposition orchestrée par le Tchèque Edouard Steichen qui connaitra la désaffection de son propre pays d’origine et le succès partout ailleurs, sera l’élément déclencheur de sa propre démarche personnelle. Pour autant, comme son compatriote Joel Peter Witkin, Jan Saudek recevra la décoration de Chevalier des Arts et des lettres par la France.
L’oeuvre de Saudek est remplie de singularités mais citons seulement celles-ci, d’ordre plus ou moins techniques : il photographie une grande partie de ses sujets dans un appartement souterrain, devant un mur décrépi qu’il découvre en 1977 et devant une fenêtre qu’il remplit d’une autre image. Il ne se contente pas de mettre en scène ses modèles, mais participe lui aussi à de nombreuses images devant l’objectif. Il peint ses photographies pour en faire des oeuvres baroques et uniques. Enfin, et c’est peut être là le détail le plus invraisemblable, Jan Saudek rend beau ce qui est à l’origine disgracieux, honteux ou pitoyable chez l’homme comme chez la femme dont il cherche à percer le secret en le/la déshabillant autant qu’il le/la vetit ou l’accessoirise, en le/la faisant voler dans les airs en prenant des poses les plus impudiques, en le/la photographiant frontalement ou dans des séries en montage les plus étudiés. En bon provocateur, et même si son oeuvre n’en est pas seulement constitué, Saudek produit beaucoup d’images qui se situent parfois à la limite de la pornographie mais il s’en défend de la manière suivante :
La différence entre la pornographie et l’art est selon moi très simple. Vous pouvez regarder l’art indéfiniment alors que vous ne pouvez jeter qu’un coup d’oeil à la pornographie avant de la laisser.Jan Saudek
Saudek ne parle pas seulement de l’homme et de ses relations physiques et sentimentales avec ses congénères, il parle avec l’homme, c’est un chorégraphe incroyable avant d’être un poête, un photographe ou un peintre de génie qui compose chaque tableau avec une infinie minutie. Il donne une irrésistible envie : profiter de la vie, rencontrer ses semblables et s’amuser avec eux.
Chapitres de l’oeuvre de Saudek représentés dans le livre rétrospectif de l’oeuvre de Jan Saudek aux éditions Taschen :
The Family of Man
Memories
Forbiden Fruit
The Theatre of Life
The Game
The Fight
The Window
La Femme Fatale
Tales of Love and Ruination
To be, or Not to Be...
Every Woman is the Most Beautiful in the World
Sinners
Warriors of God
Paradise Lost
A Journey without End, a Cry in Vain...
Citations
Il s’empare de nous par une combinaison de tendresse et de violence, de traditionnalisme et d’extravagance, de lyrisme et d’ironie, de romantisme et d’obscénité ...
... une plongée délicieuse dans les sentiments humains, dans les instincts, dans la conscience et le subconscient, mais surtout la bipolarité de leurs actes sur le monde extérieur.Extrait du texte de Daniela Mrazkova
La nudité fait de la femme une femme, d’un homme un homme, sans que l’on ait à considérer si c’est aujourd’hui ou il y a 100 ans... Je déshabille la femme pour qu’elle soit éternelle.Jan Saudek






Informations pratiques, notation et achat :
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Relié : 448 pages Date de sortie : 14 septembre 2006 ISBN : 3822830208 Dimensions (en cm) : 30 x 5 x 34 Prix : 50 euros Texte en 3 langues (Anglais, Français et Tchèque) Nos appréciations : Sujet : 5/5 Photos, impression : 5/5 Textes : 5/5 Esthétisme : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Jan saudek Photographe
- Daniela mrazkova Auteur
- Taschen Editeur
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