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Communiqué
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Séjour transitoire

Milan David au Centre culturel Tchèque
Les photographies de Milan David sont des images construites sans excès, rappelant les scènes des drames quotidiens aux formes variées. Avec ces photos nous avons le sentiment obsédant qu’il s’agit là du moment crucial du lever de rideau et que la pièce n’a pas encore commencée. L’atmosphère de l’attente joue un rôle important ici, aussi bien que la perception sensible de l’espace et notamment l’histoire qui n’est qu’esquissée, sans démontrer des liens d’action directs.
Milan David perçoit le monde comme une structure complexe à plusieurs niveaux de perception. Sur ses photographies, ces niveaux s’interpénètrent et se recouvrent et le spectateur a un sentiment fort qu’une action répétitive se déroule devant lui avec insistance. Cette action, elle aussi, a une structure complexe. C’est l’histoire de retrouvailles et de pertes, l’histoire des liens inattendus et des idées fixes, qui sont la substance même de la poésie. Les photographies esquissent les situations comme si elles se déroulaient indépendamment de ceux qu’elles concernent. Et c’est justement la caractéristique essentielle de la perception post-moderne de la réalité. Nous parlons des actions parallèles puisque l’époque post-moderne s’est enfin rendue compte de la vieille vérité que les valeurs irrationnelles ont le même poids et la même valeur que les valeurs rationnelles. Car nous sommes des êtres appartenant aux deux mondes, nous en faisons partie et devrions percevoir ces niveaux de l’existence ainsi délimités sur un pied d’égalité.
Dans ces photographies, Milan David se situe au-dessus de ces deux niveaux de perception. Il s’exprime dans des cycles n’ayant pas de limites précises mais qui sont liés entre eux à travers les rapports indirects mais pourtant distincts. Au final, cela se traduit par une vue intentionnellement peu sûre et par les variations récurrentes autour d’un thème. La manière de la représentation est apparemment inefficace, proche de l’esthétique de la photographie classique. Elle combine le raffinement de la forme avec le contenu très actuel. C’est comme si ces excursions au-delà de la réalité banale et terre-à-terre, avaient quelque chose de commun avec les recherches ésotériques du passé. Il existe des photographies spirites mystérieuses qui saisissent ce qui se trouve derrière la réalité du processus optique et chimique. Il y a des contours flous, des lignes de force des énergies non définies, les ombres des êtres inconnus. C’est justement ces photographies de la fin du XIXe et du début du XXe siècle qui me sont venues à l’esprit lorsque j’ai vu pour la première fois les photographies de Milan David. Elles montrent que derrière les choses, souvent ordinaires, se cache un autre niveau de leur - et peut-être aussi de notre - existence.
Le monde de Milan David est le monde d’une certaine solitude spirituelle. Celle-ci est perçue de la manière telle que décrite par Albert Camus ou L. Ferdinand Céline - dans son Voyage au bout de la nuit, la solitude est décrite dans le moindre détail. Depuis toujours, chercher la solitude fait partie de la cognition. Dans la solitude, la conscience à la fois devient floue et se met au point. Et les photographies de Milan David sont justement fondées sur ce principe.
Dans son interprétation, les images du monde se fondent et confondent. Les visages des statues se confondent avec les visages des personnes, leurs apparences se fondent dans le paysage qui se transforme, lui, en nuages nous rappelant, presque importunément, les fenêtres embrumées de notre existence. Des chambres vides, des écrans de télévision hagards, des sourires indifférents des anges en pierre et des ombres des femmes abandonnées. Des paysages embrumés par la pluie et des voilages flottant dans le vide. Avec audace, les détails et les ensembles prennent la forme des messages poétiques et tout nous invite à suivre, à partir en voyage quelque part au-delà des possibilités d’une représentation...
Vclav Vokolek
A la recherche d’un espace dramatique
S’il est inutile de répéter qu’une description d’une œuvre d’art se montre rarement raisonnablement satisfaisante et à la hauteur des sensations réellement ressenties lors de la rencontre avec un objet d’art, il est sensé de décrire les raisons ayant conduit à sa création, de faire connaître les motivations de son auteur, voire d’expliquer son potentiel intellectuel, social ou culturel. Aussi, pour accompagner de quelques mots l’exposition de Milan David, je souhaite plutôt parler des circonstances dans lesquelles ses séries de photos ont vu le jour, que de la manière de les consommer.
J’ai eu l’occasion de suivre l’activité créatrice de Milan David depuis l’époque de ses projets scénographiques de fin d’études à la faculté de théâtre de l’Académie des arts, qui ont été rapidement bien accueillis à l’étranger. C’est en Espagne qu’il a trouvé une nouvelle dimension à sa recherche, qu’il suit systématiquement depuis. Ses expériences scénographiques lui permettent de considérer les objets suscitant son intérêt par rapport à l’espace, par rapport à la tension crée par l’interaction des espaces, ainsi que dans les relations constituant l’espace dramatique.
En mentionnant ses expériences je renvois à plus de 150 créations scénographiques à travers Bohème, Slovaquie, Pologne, Russie, Argentine, Suède, Etats-Unis. Cependant, ce qui importe c’est moins l’ampleur de ces expériences, de sa créativité, voire de ses succès, mais plutôt la profondeur de sa réflexion ainsi que le légendaire dépassement du cercle de connaissance. Dès sa première exposition de photographies se pose la question évocatrice de savoir si ces photos sont des tableaux dissimulant une 3ème, voire une 4ème dimension, ou s’il s’agit de photos-reportages des sensations tirées d’espaces inconnus et désignés par la notion "d’espace animé" par les experts du baroque ? Et selon qu’elles soient l’un ou l’autre, devons-nous les percevoir comme une information esthétique ou plutôt comme un message global sur l’état du monde de leur auteur, lequel présente un miroir à celui dans lequel nous, les autres, devons évoluer ? Milan David a parcouru le monde et a découvert des messages passionnants qui ne se dévoilent pas facilement et doivent se laisser découvrir. Puis il est devenu l’unité de mesure des phénomènes présentés car sans chercher leur dimension spirituelle, il introduit en eux sa propre spiritualité, celle-ci pouvant se mesurer à travers des relations qu’il entretient avec le monde et l’environnement où il vit. Utiliser des mots tels que : intérieur, fragment ou détail en parlant de sa création se révèle inapproprié. Car la photographie de Milan David ne renvoie pas à un ensemble concret et elle n’invite pas non plus à le rechercher et à le découvrir, mais elle ouvre notre imagination à une réalité supérieure, même si cette dernière peut être une abstraction pure. Nous avons pris habitude de voir l’abstraction comme un antipode de la réalité, et nullement comme son dérivé au sens qui lui est donné par les représentants du style moderne européen. Mais l’abstraction n’est pas seulement une recherche du général à partir d’une analyse, une création de notions générales et une déduction, l’abstraction c’est également l’oubli du non-essentiel et la découverte de la substance. Ainsi que la découverte de l’imaginaire, des phénomènes habituellement imperceptibles par nos sens, qui est une des caractéristiques de l’abstraction. Et telle est la démarche utilisée par Milan David. Si sa photographie ne délivre pas les messages au premier degré, elle nous invite cependant à l’entendement, à la compréhension et aux sensations. Il serait également intéressant de remettre en cause encore un autre des clichés faciles, à savoir la question s’il s’agit encore de la photographie qui devrait nous permet de découvrir l’espace dramatique. Ou bien s’agit-il de masques éclairés d’une manière inhabituelle, qui nous renvoient à un monde de mimésis, de mimétisme ou d’acclimatation ? Pour ce qui concerne la technique utilisée, il serait réducteur de dire qu’il ne s’agit que de photos noir et blanc ou des photos-vitraux, agrandies à un format peu habituel. Le jeu avec le format nous prévient qu’il ne s’agit pas d’un cadre visuel traditionnel, mais bien d’une allusion à un phénomène nouveau. Il s’agit plutôt d’une fenêtre vers un espace nouveau, traversée par un axe d’une nouvelle et inhabituelle connaissance. Nous trouverons dans cette approche une grande partie de cette théâtralité hors du temps, voire sacrée, qui suppose une participation active du spectateur et la capacité de partager son contenu. Car Milan David nous invite à trouver nous-mêmes notre chemin vers le monde de ses récits, à ne pas chercher des modes d’emploi, mais la connaissance, pour ne pas confondre une sensation avec un simple choc ou une paralysie produits par une expressivité inhabituelle. Ces appels sont sciemment indirects, dépourvus d’urgence, mais très passionnants.
Zdeněk Zbořil






















Informations pratiques :
Séjour transitoirePhotographies de Milan David
Du 2 novembre 2006 au 7 janvier 2007
Centre culturel Tchèque
Vernissage le jeudi 2 novembre à 19 heures en présence de l’artiste
En savoir plus sur :
- Milan david Photographe
- Centre culturel tchèque Lieu d’expo
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