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Par Delphine Séris
3/03/09 1218 visites Impression (PDF) |
Livre photo monographie, catalogue d’exposition
Shoji Ueda

Photo Poche
Ce petit livre permet d’approcher l’univers insolite de Shoji Ueda auquel un musée entier rend hommage au Japon, et qui fut exposé aux Etats-Unis dès 1960. La préface de Didier Brousse de la galerie Camera Obscura revient sur le parcours singulier de celui qui fut, sa vie durant, un photographe de quartier dans un petit port de pêche au sud-ouest du Japon, Sakaiminato. Diplômé de l’Oriental School of Photography de Tokyo, il est resté doublement attaché à cette région sauvage et retirée : par son implication dans les photo-clubs locaux, et par la pratique toute personnelle d’une photographie qui transforme des paysages familiers en décor de son théâtre intérieur. Du début des années trente à sa mort en 2000, ce n’est donc pas à une chronique réaliste ou documentaire de cette région qu’il s’est consacré, mais à l’élaboration d’un style inédit, intemporel et souvent qualifié de poétique.
Journal du regard
Pas de souci chronologique ou thématique dans l’enchaînement des photographies, conformément au parti pris de cette collection qui fait alterner des images de séries et d’époques différentes. On circule donc librement dans ces pages qui juxtaposent un autoportrait au ballon et une photo de mode des années 80, un photogramme des années 30 et un nu très paisible.
Ce qui frappe le plus est sans doute le goût de Shoji Ueda pour la mise en scène et l’endroit qui en constitue le décor récurrent : la plage, les dunes proches de sa ville natale. Paysage élémentaire, d’une luminosité très particulière, les dunes sont pour Ueda le lieu par excellence de la création, où la photographie se fait théâtre. Dans des images aussi différentes que les saynètes familiales ou enfantines qui ont défini son style dès les années 40, et celles de la série tardive « Mode dans les dunes » influencée par l’univers pictural de Magritte, chaque être devient un personnage aux lignes nettes, chaque objet un accessoire qui concentre le regard. La grande simplicité de la composition fait tout le charme des premières : une ligne imaginaire où femme et enfants sont comme arrêtés, dans une attente étrange ou la présentation de petits objets, brins de fleurs, panier, pistolet. Elle se transforme, dans les photos de mode, en un jeu virtuose avec la perspective : les vastes étendues des dunes de Tottori se peuplent de clones solennels, comme si le théâtre de Ueda avait gagné en profondeur (de champ) et perdu en naïveté.
Les bords de mer ne sont pas seulement, pour Ueda, le lieu de cette « photographie dirigée » [1] qu’il affectionne. Ou plutôt, ils semblent être l’endroit un peu magique où l’intervention du photographe devient indécidable, concurrencée par les spectacles étonnants que donne parfois la nature. Du petit miracle d’une théière coiffée d’herbes folles et renversée sur le sable, aux longues bandes blanches creusant la perspective d’une plage de galets comme dans une œuvre de Land Art, le réel y est énigmatique, orchestré par une main inconnue. Ueda semble très sensible à ce théâtre du ciel et de la mer, qui est, parfois, bien sombre et majestueux. A moins que cette inquiétude ne soit déjà dans le regard de celui qui photographie, en grand format, une mer noire de cauchemar ; et, tel un nu macabre, un rocher aux lignes douces comme un corps de femme, aux trois quarts enfoui dans un sable cendreux et pompéien.
Mais Shoji Ueda n’a pas photographié que dans les dunes... Au début des années trente, elles ne sont pas encore son « paysage de prédilection » [2] ; il expérimente diverses techniques, photogrammes et solarisations. Sans doute influencé par l’esthétique moderniste européenne et américaine, il semble hésiter entre une approche du réel qui se veut objective et des images fantomatiques à la mode postpictorialiste (« Paysage avec gare », 1931). Dans les années cinquante, quittant ponctuellement les plages dont le dépouillement contribuait à construire l’intemporalité de ses images, Shoji Ueda pratique une photographie sinon documentaire du moins plus ancrée dans l’espace et dans le temps : la série « Le calendrier des enfants » commencée en 1955 et poursuivie jusqu’en 1970, où les enfants sont photographiés dans leur environnement quotidien, reflète cette veine un peu plus réaliste.
[1] Shoji Ueda, Filigranes, collection L’oiseau rare, 2000.
[2] Roland Barthes, La Chambre claire, Editions de l’Etoile, p. 68.
Infos pratiques, notation et achat :
| Shoji Ueda Poche : 120 pages Editeur : Actes Sud (2 juin 2008) Collection : Photo poche Langue : Français ISBN-10 : 2742774556 ISBN-13 : 978-2742774555 |
En savoir plus sur :
- Shoji ueda Photographe
- Actes Sud Editeur
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