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Shooting the chase. Photographies de chasse du XIXe siècle

Les premières images connues sont consacrées à la chasse. Dès l’origine de l’art, cette activité n’a cessé d’inspirer les créateurs. Des peintures pariétales au décor des céramiques, de l’orfèvrerie à la sculpture ou la tapisserie, la chasse constitue, ainsi que la guerre ou l’amour, l’un des thèmes le plus souvent déclinés.

Au milieu du XIXe siècle, un procédé technique révolutionnaire permet d’investir un nouveau mode de représentation. Avec la photographie apparaissent des artistes d’un genre nouveau. Ils seront appelés « photographes ». Artistes à part entière, ils inscrivent leur œuvre dans une longue tradition de créateurs d’image, posant leur objectif là où d’autres avaient installé leur chevalet. Et le regard qu’ils portent sur le monde, dans l’urgence d’en exprimer la beauté, s’arrête nécessairement sur la chasse.

Cette pratique ancestrale, aux confins de la nature et de la culture, relie l’homme des temps modernes à son destin de prédateur. En mettant en scène la mort de l’animal, le « drame cynégétique » questionne sur notre place dans l’univers et nous renvoie à notre fin dernière. C’est pourquoi photographier la chasse dépasse toujours le froid constat d’un loisir de plein air.

A l’origine, la technique photographique est incompatible avec la représentation du mouvement. C’est donc à travers la nature morte que les français Charles Nègre et Adolphe Braun abordent la chasse. Ils associent gibier mort, armes et accessoires en des compositions prolongeant le genre pictural établi où s’étaient illustrés tant de maîtres, de Chardin à Monet.

Parmi les tous premiers procédés photographiques, le daguerréotype, à gauche (inventé par Louis Jacques Mandé Daguerre) et le négatif papier, à droite, avec notamment le calotype (inventé par William Henri Fox Talbot). Images d’Humbert de Molard, élève de Hippolyte Bayard

Procédé chimiquement plus évolué, le négatif verre. Photos de Charles Nègre à gauche "Nature morte, tableau de la chasse au canard", Adolphe Braun à droite, trophée de chasse, tirage au charbon à partir d’un négatif verre.

Compatibles avec le temps de pause, les « retours de chasse », associant l’homme à sa capture, donnent, avec Horatio Ross, des images de chasse parmi les plus émouvantes. Le réalisme du nouveau support photographique accentue le caractère intime et sensible de ces clichés pris au milieu des landes écossaises. Ross crée ainsi quelques uns des chefs d’œuvres de cet art naissant.

Les images de Horatio Ross, grand chasseur (prix de précision au tir) et photographe amateur, comptent parmi les plus belles photos de l’exposition. Circa 1860. 16, 5 x 22,1 cm. Coll. J Bonnemaison

L’amélioration des procédés photographiques permet enfin les premières prises de vue instantanées et la représentation de la chasse en action. Battues et laisser-courre retiennent désormais l’attention du photographe qui, jusqu’alors, n’avait pu s’intéresser qu’aux alentours de la chasse : prologue des rendez-vous et des départs, épilogue des retours et des trophées. Lors de ces parties de chasse, la bonne société du siècle finissant se retrouve à son tour dans la ligne de mire de photographes tels qu’Emerson ou Delton.

A gauche, Peter Henry Emerson, photographe professionnel de l’est de l’Angleterre, innove avec la photographie naturaliste. A droite : Louis-Jean Delton photographie un cerf aux abois, une image très forte car elle met en scène toutes les composantes de la chasse : les chiens (qui ont d’ailleurs été retouchés au crayon car trop mobiles), la proie traquée, et la haute société venue assister au spectacle. Louis-Jean Delton. 49x64 cm. Coll. J Bonnemaison

Shooting the chase

 

révèle ainsi toutes les facettes de ce monde aboli : portraits de chasseurs, de chiens, de chevaux ou de gibier, parties de chasse. Les curiosités sont nombreuses : veneurs en grand habit aux abords d’un rendez-vous de chasse, voyages aux Indes, souvenirs d’Afrique, de Chine, autoportraits du duc d’Orléans qui aimait à se photographier en action de chasse ou au milieu des trophées illustrant ses exploits.

L’exposition réunit les oeuvres d’artistes incontournables de l’histoire de la photographie tels Charles Nègre ou Horatio Ross, mais aussi des clichés et des daguerréotypes de très grande rareté comme ceux d’Humbert de Molard, Peter Henry Emerson, les images des Indes du Capitaine Willoughby Wallace Hooper qui réalisait des photomontages permettant de mieux apprécier les actions de chasse au tigre, ou encore les célèbres images des chiens de Disderi et de Léon Crémière.

Disderi, un des plus riches photographes de son temps, réserve son travail à l’élite française. On peut voir ses photos du duc de Windsor et de chasseurs qui auront inspiré Alphonse Daudet pour son personnage de l’intrépide Chasseur Tartarin de Tarascon. Il innove avec le portrait carte, des images multiples découplable représentant les chasseurs et les chiens qui les accompagnent. Circa 1857-1965. 17x 21 cm. Courtesy Gal. Baudoin Lebon

L’exposition est présentée au Musée de la Chasse et de la Nature. Installé dans l’hôtel Guénégaud des Brosses, demeure construite par François Mansart au milieu du XVIIe siècle, le musée abrite de riches collections d’art animalier, parmi lesquelles se trouvent des œuvres d’artistes tels que Rubens, Chardin, Oudry ou Desportes, ainsi que de nombreux animaux naturalisés. La présentation des photographies au milieu des collections permet d’intéressantes confrontations. Ose-t-on dire que l’on regroupe ici deux sports, la chasse et la photographie, qui tous deux sont considérés par leurs défenseurs comme un art ?

Philippe VIII (Duc d’Orléans) se met lui-met lui-même fièrement en scène devant ses captures. Grâce au travaux de Rowland Ward , taxidermiste pour la famille royale britannique, celui-ci a cumulé une imposante collection de trophées de chasse, moins ennuyeuse à ses yeux que ce que proposent les musées de l’époque. Largement photographiée, celle-ci peut être retrouvée en images dans plusieurs vitrines de la très impressionnante salle des trophées, un endroit à voir absolument si l’on visite le musée de la chasse. Duc d’Orléans. 32, 7 x 40, 8 cm. Coll. J Bonnemaison

(d’après le communiqué de presse, texte de Jean-Olivier Després)


Informations pratiques :

"Shooting the chase". Photographies de chasse du XIXe siècle
Proposé par Jean-Olivier Després pour la galerie Baudoin Lebon dans le cadre du mois de la Photo à Paris
du 4 novembre au 19 décembre 2004
Musée de la Chasse et de la Nature
Hôtel de Guénégaud
60, rue des Archives
75003 Paris
Tél. : 01 53 01 92 40



Vous l’aurez compris, cette expo présente un intérêt particulier pour l’histoire de la chasse, mais aussi pour l’histoire de la photographie. Pour en savoir plus sur ce sujet, nous vous recommandons vivement le livre de Thierry Dehan et Sandrine Sénéchal aux Editions Eyrolles : Guide de la photographie ancienne (voir lien ci-dessous).

 


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