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9/11/05 -
Par Laurent Fabry
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Sous l’étoile de la liberté

6000 kilomètres à travers l’Eurasie sauvage
Quelle mouche a bien pu piquer Sylvain Tesson pour qu’il entreprenne de traverser les 6000 kilomètres qui séparent le nord de la Sibérie du sud de l’Eurasie ? La raison n’est en fait pas tout à fait la même que celle qui motive certains aventuriers modernes, guidés avant tout par la performance physique et la volonté de repousser les limites de la résistance humaine (on pense notamment à Mike Horn, rentré récemment d’un périple autour du cercle arctique, et qui raconte celui-ci dans le livre intitulé justement Conquérant de l’impossible). Non, il s’agit là, pour le jeune écrivain-voyageur né en 1972 qui a déjà traversé l’Himalaya à pied avec son ami d’enfance Alexandre Poussin et compte aujourd’hui quatre voyages au long cours dont trois en Asie centrale et en haute Asie, d’une quête beaucoup plus subtile, même si elle comporte les même ingrédients de base. Dans la tradition des explorateurs érudits, celui-ci marche en effet sur les traces de Slavomir Rawicz, échappé du Goulag en 1941, et qui raconta son histoire dans un livre, The long walk, traduit dans des dizaines de langues (sous le titre A marche forcée en français, et dont l’édition actuelle chez Phébus date de mai 2002) avec l’aide du journaliste Donal Downing. C’est le périple de ce rescapé d’une prison sans murs dont on ne s’échappait pratiquement jamais, même après avoir purgé sa peine, tant l’isolement y était grand, que Sylvain Tesson entreprit d’imiter. Pour revivre l’âpreté de son aventure, d’une part, mais aussi pour tenter de recueillir un témoignage : celui de populations malmenées par le communisme, qui parlent peu de leur condition actuelle, et encore moins de ce qu’elles ont eu à endurer par le passé, plus préoccupées par ce qu’elles vont pouvoir manger le soir même que par la perspective de faire renaître des cendres leur propre histoire.
Ce superbe carnet de route montre la maturité de Sylvain Tesson voyageur, mais aussi homme conteur et philosophe. Il témoigne, malgré son jeune âge, de sa longue pratique de l’aventure, de l’exploration, et de la découverte du monde et des hommes.
Pourtant, au premier coup d’oeil, ces images procurent une drôle d’impression de mise en scène : sur les images de son livre, ce qu’il nous est donné de voir, c’est presque essentiellement l’explorateur lui-même. Planté au milieu des décors grandioses qu’il traverse, plongé dans la logistique et les embûches de son itinéraire la boussole à la main et le livre A marche forcée sous le coude, ou encore au contact des diverses populations qu’il rencontre. Cette représentation tranche radicalement de la démarche du reporter, inévitablement absent des images qu’il rapporte. Paradoxalement, elle sèmerait presque le doute concernant l’authenticité de la démarche. Heureusement, ce qui pourrait paraître au premier abord comme une mise en avant assez nombriliste s’avère, avec un peu de recul, et à la lumière de la réalisation impeccable de l’objet, une démarche fort admirable : en effet, ces images sont d’abord tout bêtement le témoignage d’un périple effectivement parcouru. Et dans le cas présent ce parcours appartient à l’histoire de quelques misérables prisonniers, et fut initialement effectué dans l’urgence, avec pour seule optique la survie et la liberté. C’est donc un peu de ces personnages au destin tragique que les photos nous proposent finalement, dans une sorte de cérémonie posthume, une célébration du souvenir.
Mais à la fois, l’image, dimension si cruciale de nos jours et essentielle à toute entreprise quelle qu’elle soit, même la plus lointaine et personnelle comme peut l’être celle d’un explorateur, aura jusqu’ici beaucoup manqué à ce genre d’expédition. On ne compte plus les récits d’aventure, en revanche, l’explorateur ne se montre pas toujours bon photographe. Ce n’est d’ailleurs à priori pas vraiment son rôle, et il lui est le plus souvent impossible de prendre le recul nécessaire pour embrasser la scène de sa propre aventure. D’où l’idée de Sylvain Tesson dans ce projet, de retrouver, à plusieurs étapes de son voyage, le photographe Thomas Goisque, pour figer sa progression, et apporter au récit un complément en images qui aurait pu lui manquer. Images du reste très parlantes et fort bien réalisées, qui replacent l’homme dans le contexte dur et impitoyable de la nature originelle. En outre, les amateurs d’écrit s’orienteront sans crainte vers les autres livres de l’auteur, puisque son style à la fois documentaire, touffu et poétique procure une vraie richesse de lecture.
Informations pratiques, notation et achat :
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Parution : 2 septembre 2005 26 x 2 x 26 cm, relié sous jaquette ISBN : 2700396294 40 euros Note sujet : 5/5 Note photos : 5/5 Note textes : 5/5 Note esthétique : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Thomas goisque Photographe
- Sylvain tesson Auteur
- Arthaud Editeur
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