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Photographe Evénementiel
Par Floreal Meneto  22/04/09
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Livre photo monographie, catalogue d’exposition

State of Emergency

State of Emergency - Noh Suntag

Noh Suntag

Vu au dernier Paris Photo, exposé à Stuttgart, Cuba et Shangaï, le photographe sudcoréen Noh Suntag est l’objet d’une monographie rétrospective de son travail de 2000 à 2007 aux éditions Hatje Cantz. Un livre qui a reçu le deuxième prix du German Photobook Prize, 2008.

C’est la photographie d’un stade bondé. Des centaines de gens brandissant des carrés de couleur dessinent une immense mosaïque couleur feu à la gloire les héros du régime. Sur cette autre en noir et blanc, des boots militaires chaussent des ombres au garde à vous tandis que l’image est barrée d’une bannière hostile à la Corée du Nord. Dans le parc de Myohyangsan un policier nordcoréen suspicieux regarde par desssus son épaule, à Daechuri la police antiémeute se préparent à repousser des paysans protestant contre l’extension de la base américaine. A Myohyangsan à nouveau, un couple brasdessus brasdessous se fait photographier alors qu’à Paju (Corée du sud) un autre couple enlacé, est tourné vers l’horizon. La photographie de Noh Suntag marquée par le contexte coréen, est travaillée à d’une part, par le dédoublement, par cet autre à la fois identique et différent et d’autre part, par la mémoire. Evoquant ses souvenirs des années quatrevingt dix, alors que la Corée du sud vit une transition douloureuse de la dictature à la démocratie, il explique : « la Corée du Nord était à la fois un sujet tabou et un objet de curiosité, un monde perdu et un miroir. » Cette dualité qu’il ancre fermement dans l’histoire est le fil rouge de cet ouvrage rétrospectif.



Forme

Noh Suntag est né en 1971 à Séoul et il se consacre à la photographie après des études de Science Politique. Quand on lui demande qu’elles sont ses influences photographiques, étonnement il ne parle pas de photographes. Il préfère évoquer Brecht. On pense alors à l’ « ABC de la guerre » (1955), livre compilant des photos de presse de la seconde guerre mondiale accompagnées d’épigrammes. Brecht donc, et John Heartfield, célèbre pour ses photomontages. Cette distance visàvis de la photographie, qui en creux met l’accent sur le montage des images, donne lieu à une production bigarrée jouant sur les codes des différents genres de la photographie : sentimentalisme humaniste, cliché photojournalistique, stéréotype documentaire. Tant et si bien que la photographie de Noh Suntag parait entièrement dominée par la recherche formelle. La série Black Hook Down est ainsi une proposition visuelle épurée, très graphique. Il s’agit d’un ensemble de prise de vue d’un hélicoptère militaire, dont le sens de lecture est trituré, offrant principalement à l’oeil, qui s’y perd, des compositions plus ou moins abstraites et heureuses dans lesquelles lignes et taches s’ordonnent sur un plan souvent monochrome, le ciel. Par contre la série State of Emergency, qui donne son nom au livre, est très théâtral dans ses lumières et ses compositions, très picturale également bien que différemment.



Usages

Noh Suntag questionne les différents usages de la photographie. Celle des touristes enregistrant avec frénésie le spectacle qui leur est offert, celle des médias qui non moins frénétiquement archivent les événements qui nourriront l’industrie de l’information, bref il interroge la fonction mémorielle de la photographie. Avec la série Forgetting Machine 1 / 2, il redouble cette qualité de la photographie d’être « une fonction du temps qui s’écoule », pour reprendre le mot de Siegfried Kracauer. Il s’agit de photo des photographies des victimes qui « ornent » le mémorial de Gwangju. L’image de ces victimes censée rappeler le drame et perpétuer le souvenir par leur seule présence iconique, est soumise aux outrages du temps. Ce sont des photos de photos abîmées, de visages défigurés et fantomatiques dont on peine à saisir l’incarnation. Le spectateur est pris dans un rapport esthétique non pas avec le massacre mais avec les traces des martyrs, éloignant ainsi l’événement luimême, qui devient en quelque sorte une toile de fond dramaturgique. En devenant image ces victimes se sont désincarnées. Kracauer à nouveau : « Les imagesmémoires se comportent à l’inverse des photographies, elles s’agrandissent en monogramme de la vie remémorée. La photographie, elle, est le résidu décanté du monogramme, et d’année en année sa valeur significative s’amoindrit. La vérité de l’original demeure dans son histoire ; la photographie ne saisit que le reste dont l’histoire s’est séparée. » D’une certaine manière, c’est la capacité de la photographie à dire l’histoire et même à exprimer la mémoire des événements qui est finalement mise en question.



Infos pratiques, notation et achat :

State of Emergency
Photographies de Noh Suntag, texte de Nathalie Boseoul Shin, sous la direction de Hans Christ et Iris Dressler
Relié : 264 pages
Editeur : Hatje Cantz (24 septembre 2008)
Langue : Anglais
ISBN-10 : 3775722610
ISBN-13 : 978-3775722612
48.95 euros
 


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