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Par Didier Gualeni
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Stephen Shore, paysage biographique, photographies 1968 - 1993

Ce surdoué de la photo est né en 1947, il a commencé à prendre ses premières images à 6 ans, à faire du labo à 10 ans. Alors qu’il avait à peine 14 ans, il a vendu trois tirages au Musée d’Art Moderne de New York ! Sa rencontre avec Andy Warhol à 17 ans va lui permettre de faire de nombreuses images au sein de la Factory (l’usine d’artistes de Warhol). Le Métropolitan Museum en montrant le travail de Stephen Shore, exposera pour la première fois un photographe de son vivant : il n’a que 24 ans. Au début des années 70, il rencontre Bern et Hilla Becher et son travail influencera les orientations de l’école de photographie de Düsseldorf. Il ne cesse d’exposer, ses ouvrages sont réédités et, depuis 1982, il enseigne la photographie au Bard College dans l’état de New York. Cette grande exposition de plus de 140 photos est organisée par Aperture Foundation, et sera présentée en juin au Hammer Museum, UCLA de Los Angeles puis en novembre à la Presentation House Gallery de Vancover.
Stephen Shore a été exposé la première fois en France en 2002 à la Galerie Kamel Mennour. Cette galerie présente 50 images de Stephen Shore du 13 janvier au 13 février en parallèle à l’exposition du Jeu de Paume (site de l’Hôtel de Sully).
En 1971, il mène des projets conceptuels comme : - All the meat you can eat : où il présente des images trouvées, des images confisquées par la police, des images publicitaires et des cartes postales. - Amarillo Tall in Texas : il s’autoproclame photographe officiel de cette petite ville où il se rend régulièrement depuis 1968. Il édite une série de 10 cartes postales imprimées à 5600 exemplaires qu’il installera dans des présentoirs à travers tout le pays en notant scrupuleusement le nombre d’exemplaires distribués chaque jour.
En 1972, il va à la façon de Jack Kerouac, tenir un journal de bord de son errance à travers les Etats Unis en notant par écrit mais également en photographiant les lieux où il passe, les chambres de motel où il dort, les plats qu’il mange, les gens qu’il rencontre... Cela donnera lieu à l’exposition American surfaces à la Light Gallery.
A partir de 1973 et chaque année, il complète la série intitulée Uncommon places, et abandonne le 35 mm pour photographier comme les pionniers au profit d’une chambre 4 x 5, puis adopte en définitive le format 8 X 10 inches. A la façon de Atget ou de Walker Evan, il photographie l’ordinaire, les coins de rue, les parkings, des maisons sans charme, une vitrine presque vide, des stations service, des chambres d’hôtel. Il est précurseur de l’utilisation de la couleur en dehors d’un studio, ce type de pellicule était en effet réservé à des images commerciales à l’époque. Il parcourt ainsi tout le pays en passant par la Floride, la Californie, le Texas, le Montana, l’Ohio, l’Arizona... et allant jusqu’au Canada.
Ces images sont très nettes, on peut voir chaque détail de la scène, les défauts de la chaussée, la signalisation routière, les fils électriques. Très souvent dans ces paysages l’homme est absent, un peu comme si tous les hommes étaient morts. Ses photos prises à des carrefours donnent une impression d’hésitation intérieure du photographe, comme s’il se demandait fréquemment s’il était sur le bon chemin.
Stephen Shore aime aussi photographier les grands espaces, ceux où l’on voit que la main de l’homme n’est pas à la hauteur de la beauté des lieux. Il a ainsi photographié un paysage dans lequel figure un grand panneau publicitaire qui reproduit le même type de paysage, de façon insignifiante. Son discours photographique ne montre pas une Amérique clinquante, puissante, dynamique, technologique mais des constructions décalées par rapport au décor naturel, des parkings en plein air pathétiques avec un ciel nuageux extraordinaire en arrière plan, une église de poche implantée en plein désert. Il aime aussi s’attarder sur des visions du quotidien comme un martien, qui découvrant notre monde s’étonnerait de tout. Toutes ces images sont des paysages biographiques, il a passé une partie de son existence à les réaliser.
Le jour du vernissage Stephen Shore était présent, il a toujours la même expression boudeuse et nonchalante que l’on distingue sur son autoportrait de 1976, alors qu’il est allongé sur un lit avec un grand désordre dans la pièce qui fait office de chambre. Il a presque 30 ans de plus que sur cette photo, il porte maintenant des lunettes et ses cheveux ont blanchi.










Informations pratiques :
Stephen ShorePaysage biographique, photographies 1968 - 1993
14 janvier au 20 mars 2005
Musée du jeu de Paume site Hôtel de Sully
62, rue Saint-Antoine
75004 Paris
En savoir plus sur :
- Stephen shore Photographe
- Jeu de Paume - site Hôtel de Sully Lieu d’expo
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