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18/07/07 -
Par Loïc Fel (usage interdit)
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Surma

« Surma », aux éditions Castor & Pollux, témoigne de l’art corporel d’une tribu éthiopienne encore préservée de l’uniformisation culturelle qui a déjà atteint presque tous les peuples dit « premiers » de la planète. Ces clichés représentent à la fois un document anthropologique, un témoignage sur une pratique artistique traditionnelle, un carnet de voyage, et le regard particulier d’un photographe. Beaucoup d’enjeux pour une seule série de photos, mais la qualité des clichés (et de l’impression) apporte un peu de la couleur saturée des hommes et des femmes rencontrés, dont la force transparaît même sur papier glacé.
La couleur des hommes
C’est avec un regard empli de respect, et une acuité certaine, que Frantisek Zvardon a constitué cet ensemble de photographies, portraits de membres d’une tribu Surma parés de leurs plus belles peintures. La différence culturelle est fortement soulignée, acceptée comme telle, et sans avoir la prétention de la comprendre, de l’expliquer, de traduire (ou de trahir) le sens des dessins et des rites de ce peuple, d’expliquer les images ou de défendre des pratiques qui peuvent déconcerter selon nos propres référents culturels comme le port de plateau labial par les femmes de haut rang qui déforment leurs lèvres. Les photographies proposées sont la monstration immédiate d’une expérience visuelle, au-delà, c’est au spectateur de librement se forger une impression. Cette fraîcheur et cette spontanéité sont assez rares pour être soulignées.
Les images sont comme les rencontres qu’a pu faire le photographe au cours de son voyage : pure présence, dans la simplicité et la nudité de ces hommes et femmes à la beauté indéniable. Loin de la condescendance habituellement inhérente à ce genre de démarche photographique, une fois n’est pas coutume, l’enjeu est avant tout de témoigner d’un fait culturel particulier, la peinture sur corps des surmas, mais en cherchant bien sûr à faire échos à une universalité et une origine humaine commune pour la prise de possession de son propre corps et les diverses manière de le rendre porteur de sens.
C’est aussi un hymne à l’identité humaine liée au monde. Si la civilisation occidentale, fortement urbanisée, se pense comme un empire dans un empire au regard de la nature, les surmas nous rappellent non seulement d’où nous venons, mais aussi là où nous sommes encore ! La nudité de ces hommes nous renvoie l’image que nous oublions souvent, trop habitués que nous sommes à porter des vêtements jusqu’à en oublier la réalité de nos propres corps. Les pigments naturels issus de l’environnement immédiat utilisés par les surmas nous évoquent également que tout ce que nous utilisons et transformons pour faire sens vient du monde et que l’humanité ne s’en est pas libéré, elle a juste augmenté les processus et le nombre d’intermédiaires de l’individu au produit initial. Enfin, porter ces pigments jusque sur son propre corps met en évidence la matérialité de l’homme, tout en le reliant à un monde symbolique et spirituel incarné par des dessins qui font sens, mais dont la signification nous échappe.
Plus encore, c’est un autre monde, originaire, qui s’exhibe dans des contrastes et des couleurs naturelles auxquelles le photographe ne pouvait pas rester insensible. La peau, les pigments qui la couvrent presque entièrement, les morceaux de paysage ou de village en arrière-plan, tout est couleur intense, avec une palette particulièrement développée pour les ocres, sables, marrons, beiges et blancs. C’est une force à l’heure ou la majeure partie des livres sur photographes sont en noir et blanc ou sépia (question de budget éditoriaux ou d’uniformisation artistique ?) ce qui rend d’autant plus louable le travail de cet éditeur qui opte pour l’onéreuse impression couleur grand format tout en parvenant à distribuer ce livre dans la fourchette basse des prix des beaux livres.
Fortement visuelles, les traditions surma ne pouvaient que retenir l’œil du photographe et susciter l’intérêt de notre culture des images. C’est ici peut être que le pont culturel peut s’élever : écraser par la présence médiatique, les sollicitations visuelles et le développement incessant des contenus (particulièrement sur le Net) nous avons pris l’habitude de ne plus réagir qu’aux images fortes, la couleur, ou l’évidence. Les surmas, dans une problématique totalement différente, répondent à ces exigences occidentales contemporaine. Espérons toutefois que l’intégration de l’image des surmas dans notre imaginaire n’impliquera pas l’avilissement de leur culture par ingestion dans l’uniformisation à l’occidentale…
Informations pratiques, notation et achat :
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Nombre de Pages : 80 Date parution : 14 mars 2007 N° ISBN : 2350080102 Nombre de photos : 42, couleurs Format : 30/38 cm Prix : 25 Euros Nos appréciations : Sujet : 5/5 Photos : 4/5 Esthétisme : 5/5 |
En savoir plus sur :
- Frantisek zvardon Photographe
- Aude boissaye Auteur
- Castor & Pollux Editeur
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