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30/10/05 -
Par Didier Gualeni
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Syrie, Liban, Palestine, Le Grand Tour

Au XIXe, le Grand Tour est le voyage romantique, qui mène les photographes d’Alexandrie à Constantinople, en passant par la Haute Egypte et le Sinaï, rythmé par les étapes obligatoires de Jérusalem, Damas et Beyrouth. Si elles contribuent à la connaissance des cultures antiques, les œuvres de photographes tels que Félix Bonfils, Henri Béchard ou James Robertson proposent simultanément une représentation ethnocentrique de l’Orient méditerranéen qui façonne l’imaginaire occidental.
Présentation de l’éditeur :
Derrière les références picturales et les prétentions scientifiques percent des enjeux idéologiques et politiques qui vont légitimer les visées coloniales et impérialistes de l’Europe.
Syrie, Liban, Palestine, ces noms n’évoquent plus aujourd’hui l’exotisme, mais la tragédie de peuples qui peinent à retrouver leur identité.
Initié par le Musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur Saône, le « Grand Tour » repose sur la volonté de restituer à ces pays ces images des pionniers de la photographie de voyage dont ils sont largement démunis.
Une restitution qui s’opère, à la fois auprès des autorités culturelles orientales, sous la forme d’archives numériques, qu’auprès des populations locales, par l’intermédiaire d’un programme d’expositions hors les murs, hors institution, au cœur du tissu urbain.
Pour réaliser ce projet, trois photographes contemporains sont mandatés par le Musée Niépce, pour retourner sur les traces anciennes de la photographie, un artiste pour chaque pays, Syrie, Liban, Palestine, trois lieux qui induisent trois conditions géopolitiques, trois pratiques artistiques engagées.
Ange Leccia a inauguré la démarche en Egypte et en Syrie. Les images qu’il en a rapportées, piégées avec légèreté grâce à la toute première caméra numérique, ont muté pour prendre la forme d’un long-métrage, Azé. Lui succédant, à Bab-el-Saray, Saïda, au Liban, Jean-Luc Moulène s’est confronté directement à un quartier et à ses habitants, et à ses propres obsessions, politiques et artistiques. Patrick Tosani, quant à lui, a su, sur un sujet aussi complexe que la Palestine, opérer une distance que n’affecte en rien la qualité émotionnelle de l’œuvre.
Avec son long-métrage Aujourd’hui (Al Youm), consacré à la production d’images dans le monde arabe, Akram Zaatari offre un contrepoint à la fois étrange et juste à la vision occidentale. Dans le même mouvement, des artistes des deux bords de la Méditerranée ont concouru à l’élaboration d’une langue commune, visuelle, débarrassée des séquelles coloniales et exotiques. L’acte contemporain prend ici valeur de constat. Il éclaire et invite à renouveler les systèmes de pensées, il refuse l’a priori et condamne le conformisme.
Ce livre raconte l’aventure de ce Grand Tour contemporain, de sa genèse jusqu’à ses implications historiques et esthétiques. La confrontation des images d’Ange Leccia, Jean-Luc Moulène, Patrick Tosani et Akram Zaatari avec celles du fond ancien du Musée Nicéphore Niépce souligne les permanences et les ruptures du regard d’un siècle à l’autre et permet, au-delà des apparences, de percevoir une réalité à la fois géopolitique et géo-poétique.
Lancé en 1996, le projet du Grand Tour est toujours en devenir. Parallèlement aux artistes mandatés sur ces premiers voyages, d’autres photographes contemporains (Antoine d’Agata, Claire Chevrier, ...) sont dès aujourd’hui sollicités pour poursuivre cette première étape de travail. Le Grand Tour se poursuivra en Egypte, d’où il prit naissance et où l’art d’aujourd’hui y prend des formes dont la modernité surprend. Il s’ouvrira à d’autres pays comme le Yémen, la Libye, la Turquie, pour qu’enfin, une vue d’ensemble qui fait aujourd’hui défaut à la fois dans le domaine des images anciennes ou de la production contemporaine soit accessible à tous. De même, dans le cadre d’un programme de formation à la conservation préventive et au traitement des images, à Chalon comme au Moyen-Orient, ce projet insiste sur la nécessaire mise en place d’études historiques et monographiques, et pour cela a pour volonté d’assurer le suivi des personnes formées. Ce projet génère de nouvelles situations créatives qui nourrissent l’ensemble des participants au projet et fondent une véritable expérimentation.
L’avis de Photosapiens :
On découvre à travers le texte d’Alexis Tadié toute la difficulté de mener à bien un tel projet. En 1996, il était attaché culturel en Syrie et c’est à ce titre qu’il a initié et contribué au « Grand Tour ». Ce livre a été publié fin mai 2005 et les images de Patrick Tosani n’ont pas pu être exposées en Palestine comme cela était prévu. L’éditeur nous précise ci-dessus que le projet continue avec d’autres photographes et d’autres pays.
Il est difficile de parler des photos d’Ange Leccia sur la Syrie, dans le sens où elles sont extraites d’une vidéo. Quel est le sens d’une image fixe dans un ensemble d’images animées ? Il n’est pas simple de rendre compte de ce travail autrement qu’en intégrant au livre un cd avec les vidéos d’Ange Leccia ce qui aurait probablement augmenté le coût de l’opération. Seule évidence les captures d’images ne supportent pas bien l’agrandissement.
Le travail de Patrick Tosani sur la Palestine est d’un abord ardu, on cherche le sens de ces portraits d’enfants, sur lesquels il a posé à l’envers et par la tête une chemise amidonnée. Assemblés, on peut penser à un bouquet de fleurs de multiples couleurs, fleurs qui constitueront un état en devenir et qui donnent une image totalement inattendue de la Palestine. Celui-ci a également photographié en studio des chaussures remplies et débordantes de lait. Veut il évoquer un territoire qui ne trouve pas ses limites, un gâchis ?
Paradoxalement c’est le propos de Jean-Luc Moulène (qui habituellement n’est pas toujours évident) qui est le plus simple et le plus clair. Il a vécu un mois à Saïda au Liban et a photographié les gens, des objets et les paysages qui l’entouraient. Ici les photographies d’une boite de sauce tomate et d’un paquet de pâtes prennent une autre dimension que la simple représentation d’un objet. Jean-Luc Moulène est dans la tradition du grand tour, en nous immergeant dans une autre culture en nous faisant participer au quotidien des gens qu’il a rencontrés.
Ce livre met en lumière la place discrète de la photographie en orient, limitée à la représentation du dirigent en place, à l’évocation de martyrs, aux portraits de studio de rue.
Informations pratiques, notation et achat :
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Parution : avril 2005 195 photographies d’Ange Leccia, Jean-Luc Moulène, Patrick Tosani et Akram Zaatari 23 photographies extraites du fond ancien du Musée Nicéphore Niepce : Henri Béchard, Georges Blanchard, Félix Bonfils, Paul Denis... 288 pages couleur Cartonné Format : 16,5 x 22 cm ISBN : 2 912688 52 3 Prix : 30 euros |
En savoir plus sur :
- Ange leccia Photographe
- Jean-Luc moulène Photographe
- Patrick tosani Photographe
- Alexis Tadié Auteur
- Elias sanbar Auteur
- Akram zaatari Auteur
- Isthme éditions Editeur
- Musée Nicéphore Niépce Lieu d’expo
(abonné annuaire)
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1 Message
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6 juin 2008 17:26, par lola

