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Photographe Industrie
Par Catherine Haefflinger  12/01/09
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Livre photo reportage, documentaire, photojournalisme

The new west

The new west - Landscapes Along the Colorado Front Range

Landscapes Along the Colorado Front Range

Initialement publié en 1974, et réédité fin 2008 chez Aperture, The New West nous montre des images de banlieues, d’autoroutes, de mobile-homes, de parkings. Autant de témoins de la présence de l’Homme dans la région des montagnes du Colorado. A la croisée des grands témoignages photographiques sur l’Amérique (tels ceux de Walker Evans, de Robert Frank, ou de Stephen Shore) et des courants des paysagistes du 19ème et du début du 20ème siècle, Robert Adams revisite de façon novatrice l’imagerie traditionnelle des grands espaces. En prise avec son temps, il s’éloigne des approches qui ont prévalu dans ce domaine avant lui, et choisit d’explorer de façon systématique une idée nouvelle : l’endroit où la ville et la nature se rencontrent, cette frontière discrète, et, jusque là, passée inaperçue, entre civilisation et terres sauvages.

Une image de l’Amérique en mouvement

Le résultat est une suite de photographies très graphiques, du fait de l’usage du noir et blanc, et du grand dépouillement de leur cadrage et de leurs compositions, mais qui devient vite répétitive, et finit par laisser le spectateur perplexe quand aux interprétations possibles de cette approche et de son résultat.

Différentes filiations permettent de prendre du recul face à ces images. Puis, le contexte de leur époque achève d’en dévoiler les sens possibles.

Par le titre, le lieu et les thèmes choisis, Robert Adams a ancré son travail dans les grands thèmes de l’Esprit américain.

Ainsi, en intitulant son ouvrage The New West, il fait, tout d’abord, une référence directe à un des mythes fondateurs du Rêve américain : la conquête de l’Ouest, et avec elle l’idée de la « Frontière ».

Au 19ème siècle, le « Far West » constitue en effet cette « Frontière » mythique à atteindre qui semble décupler l’énergie du jeune pays. Il s’agit bien sûr d’une « frontière » théorique, d’un terme qui désigne cette ligne mouvante qui se déplace vers l’Ouest, à la vitesse de la découverte du continent, et qui symbolise la victoire de la civilisation et de la liberté. Aller toujours plus loin vers l’ouest à pieds, à cheval, en train, porte, pour des milliers d’immigrants, une ardente promesse de jours meilleurs.

Une fois le Pacifique atteint, le peuple américain n’a eu de cesse de se trouver des « Nouvelles frontières », comme autant de nouveaux défis à même de stimuler les ardeurs et de progresser. Une des plus connues reste, pour les Américains d’aujourd’hui, celle du président Kennedy qui utilisa l’expression de « Nouvelle frontière » pour désigner la conquête de l’espace en 1962.

Robert Adams semble donc s’inscrire dans cette continuité historique. « Far West », « Frontière », « Nouvelle Frontière », « New West », le choix de ce titre semble suggérer lui-aussi l’idée d’un nouveau défi.


Le second aspect de ce travail qui le rattache à la grande histoire de Etats-Unis et à la conquête de l’Ouest est le choix du lieu : le Colorado. Un rapide coup d’œil sur une carte de l’Amérique du Nord permet d’observer qu’en partant de l’Est, passés les Appalaches et après la Grande Prairie, les chaînes montagneuses du Colorado ont sans doute été les derniers mais difficiles obstacles posés sur la route des pionniers.

Enfin, le choix même de ce lieu, connu pour ses dimensions panoramiques et sa beauté à couper le souffle, constitue la troisième référence aux grands thèmes de la littérature américaine.

Dans l’avant-propos du livre, John Szarkowski (conservateur de la photographie au Museum of Moderne Art de New York et considéré comme un des pères de la photographie américaine de l’après-guerre) rappelle, en citant Thoreau (philosophe américain du 19ème siècle et adepte d’une vie simple au milieu d’une nature inviolée), à quel point la réflexion sur la Nature et les relations de l’Homme avec la Nature sont au cœur de l’esprit Américain, l’esprit d’un peuple qui pense avoir reçu de Dieu une terre nouvelle pour en faire une terre de liberté. De même, dans son introduction, Robert Adams insiste sur sa volonté de montrer que, par delà la civilisation qui avance, la beauté et la grandeur de la Nature demeurent : « All land, no matter what has happened to it, has over it a grace, an absolutely persistent beauty ».


A la lumière de ces éléments apparaît un attachement fort à des références culturelles qui donnent aux images de Robert Adams une dimension nouvelle. Au-delà de cette continuité choisie, elles sont aussi emblématiques de leur époque, qui est une époque de changement.

En 1974, douze ans après la « Nouvelle frontière » du Président Kennedy, les États-Unis sont encore en pleine guerre du Vietnam. L’heure est au doute et à l’introspection. Les Américains se penchent sur eux-mêmes et sur leur histoire. Le regard se porte vers l’intérieur et de façon nouvelle. Après les grands mouvements libertaires des années 60, qui ont constitué un premier mouvement de retour à la Nature, c’est l’heure des témoignages, des constats et des interrogations.

Celles que soulève Robert Adams, avec ses paysages vides d’êtres humains mais qui donnent à voir la trace de leur présence, sont au cœur des valeurs qui ont façonnée l’Amérique : les relations entre la Nature et la liberté de l’Homme. Car s’il nous parle de la Nature, c’est pour mieux nous parler de nous. Nous pensions que la civilisation était notre liberté ? Mais sur ces images où la Nature disparaît, la liberté semble aussi reculer face à des constructions désincarnées et vides de sens. La question paradoxale qui émerge semble donc être la suivante : sans la Nature, que devient notre liberté ? Et, plus largement : finalement, quel est le sens du progrès ?

Avec cette question implicite, ces images sont doublement inhabituelles. Elles l’étaient à l’époque par ce qu’elle montrent. Elles les restent aujourd’hui par ce qu’elles suggèrent. Réunissant continuité et rupture, elles marquent une nouvelle approche esthétique et spirituelle.

De nos jours, les problèmes écologiques sont arrivés au centre des préoccupations. Et là où d’aucun pensait les grandes conquêtes achevées, ce « New West » résonne comme l’idée d’un nouveau départ. On pensait les choses terminées, elles ne font en fait que commencer, et c’est bien une « Nouvelle frontière » qui est devant nous.

Au doute succède l’espoir, et les États-Unis sont un pays porté par sa capacité historique à se renouveler, à se réinventer, à toujours rester maître de son destin. Ce qui reste plus que jamais d’actualité, à quelques jours de l’arrivée à la Maison Blanche de Barack Obama, 44ème Président élu des États-Unis, qui porte avec lui d’intenses et nombreux espoirs de renouveau.



Infos pratiques, notation et achat :

The new west, Landscapes Along the Colorado Front Range
Photographies de Robert Adams
Relié : 120 pages, 26 x 23.4 cm
Editeur : Aperture (9 avril 2008)
Langue : Anglais
ISBN-10 : 1597110604
ISBN-13 : 978-1597110600
Notes :
Intérêt du sujet : 5/5
Photographies : 5/5
Texte : 5/5
Présentation : 4/5
 


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