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31/03/08 -
Par Julia Chenut (usage interdit)
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Tiery B.

La peur de l’oubli est le pire ennemi de la mémoire, écrit Tiery B. dans son premier ouvrage. Qu’en est-il de sa volonté de ne pas être oublié ?
Tiery B. est venu à la photographie par les voyages. Ses travaux reflètent avant tout des émotions qui l’ont submergé à un moment donné, dans un contexte précis et qu’il remodèle ensuite par le biais de ses textes. Son premier ouvrage publié, sobrement intitulé Tiery B. se compose donc de fragments de sa propre vie qu’il met en scène, sans thématique ou recherche technique particulière. On passe du noir et blanc à la couleur, d’un détail à des formes abstraites, le tout condensé dans ce qui semble composer un carnet de voyage introspectif.
Tiery B. explore, Tiery B. s’expose, sans que l’on sache réellement quel visage est le sien au milieu de toutes les têtes et tous les corps qui parsèment sa quête. L’intime rejoint l’extrême, l’artiste n’hésitant pas à exposer crûment les moindres détails de ses expériences sensorielles et sexuelles. Les hommes lui offrent leurs corps, il prend leurs images ; chaque partie est motif à fantasmes, souvenirs, projections (dans tous les sens du terme, d’ailleurs…) : Tiery B. déconstruit et se reconstruit à l’infini dans l’autofiction.
A trop s’étendre cependant, ce parcours personnel épuise ; Tiery B. se prend pour un poète, multiplie les métaphores et s’enfonce dans un lyrisme qui finit par agacer (« […] ce sont des forces mystérieuses qui vous éveillent, par hasard semble-t-il, un beau lever de printemps tout juste fraîchi par la nuit »). Tiery B. nous impose ses regrets, ses pensées, ses névroses, ses hommes, ses fellations. Trop, c’est trop. La démesure que l’on observe entre la fraîcheur lourde des textes et le patchwork d’images disparates ne s’accentue certes pas au fur et à mesure des pages mais semble s’éterniser à la longue.
Mais le plus désarmant reste sans doute la différence d’intérêt que présentent les images les unes par rapport aux autres : le pire s’accroche au meilleur, et l’on peut très bien se retrouver face à un enchevêtrement sublime de barbelés mêlés au soleil, à une silhouette que l’on devine entre les ombres et les plis tout comme on peut tomber sur le visage pixellisé d’un homme hagard, ou encore sur le détail d’un caleçon Calvin Klein déchiré, révélé par une lumière uniforme blafarde on ne peut plus banale.
Car que cherche Tiery B., à part consigner ses souvenirs les uns dans les autres en prenant le lecteur à témoin ? N’écrit-il pas lui-même qu’il a une « […] peur soudaine de perdre [s]on passé ? » Tiery B. explore, Tiery B. s’expose, le lecteur implose. « […] A chaque fois rien n’est fini… », déplore-t-il ; fort heureusement, son livre finit par l’être.
Informations pratiques, notation et achat :
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Format : relié 208 pages Parution : 28 mars 2008 ISBN-10 : 2702208622 ISBN-13 : 978-2702208625 Prix : 45€ Notes : Sujet : 2/5 Photos : 2,5/5 Texte : 1/5 Note esthétique : 2,5/5 |
En savoir plus sur :
- Tiery B. Photographe
- Cercle d’Art Att.Michel Grassi Editeur
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