Votre publicité ici

Statistiques du site



Trouver un photographe professionnel


Acheter cet ouvrage :

Voir aussi : notre boutique

21/12/07 - Par Loïc Fel (usage interdit)  - 375 visites  -  Impression (PDF) 

Time Frame

Time Frame - L'insubstantialité de l'homme

L’insubstantialité de l’homme

Matthew Pillsbury a été le lauréat du Prix Fondation HSBC pour la photographie pour sa série Screen Lives dans laquelle il prend des clichés éclairés de la seule lueur d’un écran de télévision ou d’ordinateur. Photographe américain de 34 ans basé à New York après avoir longtemps vécu en France, une première monographie coéditée par Actes Sud et HSBC lui est consacrée sous le titre Time Frame, alors qu’il est actuellement visible à la Galerie Le Réverbère (Lyon).

Dans le petit monde globalisé de la photographie, aux innombrables prétendants et aux productions très inégales, il est rare de trouver un artiste dont l’œuvre reflète une véritable profondeur. Il est souvent reproché aux critiques d’interpréter des œuvres indépendamment de ce que l’artiste y a consciemment placé. On peut y rétorquer que peu importe l’intention de l’artiste, c’est l’œuvre qui est offerte qui seule permet l’appréciation esthétique et une part d’interprétation du spectateur est aussi inévitable que juste. Ainsi, on peut être surpris que les commentaires disponibles sur l’œuvre de Matthew Pillsbury portent tous sur l’aboutissement technique de haut niveau de ses clichés et sur l’interprétation de son parti pris comme la mise en évidence de la vitalité des hommes ou encore le fait que la photographie, contrairement à la mythologie qui l’entoure, ne peut pas capter cette vitalité, elle ne fait que figer des portraits qui malgré leur ressemblance formelle avec leur sujet ne les représentent pas totalement : la vitalité propre aux êtres vivants échappe au monde figé de la photographie.

Dino
Dino
© Matthew Pillsbury

Au risque de nous hasarder dans une interprétation plus éloignée, nous voyons une bien plus grande profondeur dans les clichés qui ont valu la distinction d’ HSBC à Matthew Pillsbury. La sensibilité qui transparaît dans ces photographies ne nous parle pas de la photographie et encore moins de la vitalité et du mouvement, elle nous parle avec une mélancolie profonde de la mort et du temps. Ce thème transparaît de manière assez subtile pour toucher au sublime, sans heurter avec la terreur froide sous-jacente à la conscience de la mort.

Comme d’autres l’ont remarqué, les clichés montrent tous des décors crépusculaires ou nocturnes, des scènes éclairées uniquement par des écrans livides d’ordinateurs ou de télévision, si ce n’est de diffus éclairages publics. En arrière plan l’immensité urbaine écrase la petitesse des objets qui peuplent les décours choisis et chaque fois, d’insubstantielles formes humaines hantent les photographies. Avec un long temps de pose, les objets sont magnifiés, terrifiants de précision et de stabilité, tandis que les personnages, en mouvement durant la prise de vue, ne sont que de fugaces et transparentes évocations. Les objets, la ville, l’inerte demeurent. Le vivant ne fait que passer et il passe de vie à trépas pendant que les inamovibles objets ne sont pas atteints pas le flux du temps.

Monument valley
Monument valley
© Matthew Pillsbury

La série de clichés montrant des scènes de musée d’histoire naturelle conforte cette hypothèse d’interprétation. Ils montrent tous des espèces disparues ou naturalisées comme un dinosaure carnivore, un mammouth ou un cerf. Ces symboles d’êtres morts sont nets tandis que le public humain en transhumance dans le musée pendant le temps de pause est une foule d’ombres blanches… avant de rejoindre le monde figé de la mort. Et l’échéance est inéluctable, comme le suggère le titre du livre…

Cette vision à la base du travail qui a valu à Matthew Pillsbury un prix, en plus de figurer dans de nombreuses collections américaines, traité avec un savoir faire technique et une finesse de conception patente, fait de cette série une des œuvres les plus aboutie de la photographie publiée en 2007. Nous sommes avides d’en observer les développements futurs.

Wynn
Wynn
© Matthew Pillsbury


Informations pratiques, notation et achat :

Format : Broché
104 pages
22 x 28 cm
44 photographies en noir et blanc
Collection : Fondation HSBC pour la photographie
Parution : 31 août 2007
Langue : Français / Anglais
ISBN-10 : 2742768343
ISBN-13 : 978-2742768349
Prix : 25 €
Note sujet : 5/5
Note photos : 5/5
Note esthétique : 4.5/5
 


En savoir plus sur :



Participer :


  Donnez votre avis sur cet ouvrage (forum)
  Devenez chroniqueur (rub. livres)
Enregistrer au format PDF  Enregistrez / imprimez cet article (PDF)


      Choisir un photographeRetour en haut ^   
 
    Evénements
   partenaires :


   En savoir plus


Tous nos Flux RSS 
Chercher un photographe professionnel