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To live till death is not easy

Six ans après sa première exposition, Laurence Leblanc revient à la Galerie VU’ avec "To live till death is not easy" qui rassemble 80 photographies couleur et noir et blanc. La plupart sont inédites dont toutes ses images en couleur, réalisées ces dernières années en Afrique, à Cuba, Madagascar ou au Brésil
Quand Laurence Leblanc choisit la photographie, elle choisit, en toute connaissance de cause, ce que celle-ci sait révéler ; elle connaît d’instinct sa place dans le monde, au lieu de le décrire, et elle se met au service d’une écriture qui puise sa source dans le fondement des impressions qu’elle en retire et qui signe son appartenance. De toutes ces visions fragmentaires et diversifiées, elle construit sa propre continuité fondée sur une écriture poétique qu’elle invente, seule capable de répondre à sa conscience aigüe, issue d’une sensibilité exacerbée, multiple à l’envi, et qu’elle sait canaliser. Invariablement, elle choisit l’approche formelle du carré où, dans un premier temps, les noirs et blancs construits de flous et de grains dessinent plus les enfants meurtris du Cambodge et leur tristesse sourde qu’ils ne les décrivent. Lors de ses nombreux voyages au Cambodge, elle rencontre les nonnes, silencieuses et dociles, évoluant à la limite du visible dans une société qui justement semble ne pas vouloir les voir. Le noir devient alors encre profonde et compacte, traversée par une lumière blanche, aveuglante, qui les esquisse en silhouettes, éclairant parfois leurs visages, étranges, pleins d’une spiritualité profonde, et qui nous semble bien étrangère… Nous n’attendons pas Laurence Leblanc pour nous dire l’Afrique, Cuba, ou le Brésil comme nous ne l’avons pas attendue pour nous dire la douloureuse tristesse des enfants du Cambodge. Elle n’est pas là pour apporter une assertion de plus sur la misère du monde. Sa photographie est un murmure lancinant, entêtant et prégnant plutôt qu’un cri de plus dans la - déjà insupportable - cacophonie du monde. Les lumières chaudes sous ces soleils, chauffants et brûlants, exacerbent la perception du réel et deviennent sa couleur, prolongement évident de son noir et blanc, sans pour autant rendre sa photographie plus "réaliste". C’est une image fragile, souvent à la limite de l’évanescence, mais également puissante, qui trouve sa force dans un face à face implacable avec ellemême et avec l’autre, une photographie qui nous dit que la réalité qu’elle traverse n’est inventée que par elle. Laurence est un peintre, extrêmement sensible dans sa faculté à capter une réalité multiple, aussi belle qu’insoutenable, aussi prégnante que fuyante, aussi exaltante qu’insupportablement triste et qui ancre son travail au coeur des mots de Pessoa ! : "Le monde extérieur est une réalité intérieure". Gilou Le Gruiec
Ils ont écrit...
Le travail de Laurence, c’est l’harmonie du contenu et de la forme réalisée de manière virtuose. (...) Il est difficile d’arrêter de fixer ces images tant elle portent en elles la capacité d’ouverture réciproque du monde des adultes au monde des enfants ainsi que la sincérité et l’authenticité des moments enregistrés. Bogdan Konopka, Fotografia, 2004
Ce sont là des images graves, qui seraient angoissantes de solitude et d’absorbement s’il n’y avait aussi, pour compenser, une sorte de grâce légère. Régis Durand
Par un savant travail du noir et blanc, allié à une exploration des ressources du flou qui la mène aux limites de l’abstraction, la jeune femme crée des compositions fortes et douces, qui évoquent intentionnellement le travail du fusain (...) Il y a quelque chose de primitif, au sens noble du terme, dans ce travail très épuré, sans âge, comme la naissance d’un regard qui ne séparerait pas les formes du dehors de la présence intérieure. Surtout, pour reprendre les termes de Walter Benjamin, le travail de Laurence Leblanc semble réinsuffler de l’aura au réel, lui restituer de la distance et du mystère. Antoine Pecquet, La Gazette Nord-pas-de-Calais, janvier 2004
Un travail d’introspection plein de pudeur, de non-dit, de sentiments suggérés, de scènes ébauchées d’une grande, profonde et grave beauté. Une oeuvre d’une formidable intensité (...) On n’est pas près d’oublier ces rigoureux formats carrés, cette intelligence dans les compositions, cette force tragique, presque intemporelle émanant de ces images intérieures, cette danse follement élégante, cette rare maturité artistique. Francis Kochert, 7 hebdo, avril 2004
Somalie, sécurité, kalachnikov...
Les grandes famines scandent la litanie de l’histoire du monde. La Somalie illustre bien le caractère mythique de la faim, par la complexité de la situation et la récurrence des crises. Les famines répétées ne sont pas uniquement dues à des catastrophe naturelles, mais surtout, au chaos politique qui règne dans le pays depuis plusieurs années. Insécurité, absence de structure étatique, milices armées, sécheresse et inondations, épidémies... Tout se combine en Somalie. Somalie, Sécurité, kalachnikov ... Mohamed, Field Officer à Action contre la Faim, a dessiné et construit les puits. Il a fait ses études à Prague. il vit à Wajid. Marié, deux enfants, il est contre l’excision, croit en l’ avenir du pays et en sa mission. Un jour, il a décidé. Somalie, Sécurité, kalachnikov ... Le clan. Tout petit l’enfant connaît sa généalogie, une trentaine d’entités claniques, pas de gouvernement depuis treize ans. L’homme s’efface derrière le clan. Somalie, Sécurité, kalachnikov ... A l’entrée de l’école, sur le mur, on peut lire : Put the gun and take the pen, learn today and lead tomorrow, let us learn english.
Floues, imprécises, impalpables les silhouettes capturées par Laurence Leblanc au format carré sont comme absentes. Elles ont été imprimées sur la pellicule et pourtant on croirait qu’elles n’existent pas, qu’elles se défendent d’apparaître aux yeux du monde, qu’elles ne comptent pas. Laurent Fabry photosapiens.com
Les objets perdus
Les "Objets perdus" sont présentés sous la forme d’une installation où chaque image est accompagnée d’une bande son qui répète inlassablement le titre donné.
Le projet "Objets perdus" est né à Paris, où j’ai eu envie de faire une pause face à une réalité de plus en plus complexe où il devient difficile de résister à la folie de nos sociétés occidentales (...) Les objets les plus banals, les outils de production disparaissent "sans laisser d’ adresse", du jour au lendemain. Les traces, les objets, les vestiges relient les générations en s’inscrivant dans une mémoire commune. Ils sont des liens vitaux, une force et une passerelle vers l’inconnu. Mon désir d’associer pour la première fois les mots (si présents depuis toujours) à la photographie est peut être comme disait Roland Barthes, la conscience que la photographie ne remémore pas le passé mais donne à voir : "Le mystère simple de la concomitance". Effacement, mélancolie, jetable, marchandise économiquement non réparable, attachement... des mots qui m’obsèdent. Et je me demande si moi-même, je m’attache à ces objets perdus ou ne m’en détache en les photographiant. Cette série s’inscrit dans mon questionnement sur un monde dépourvu de sens : Que sera la mémoire pour les générations futures ? Faut-il résister vainement ou s’adapter en ignorant le passé ? Laurence Leblanc
L’Afrique
Le travail réalisé par Laurence Leblanc en Afrique a été initié à l’occasion des 25 ans d’Action Contre la Faim. Le Congo a toujours fait peur. Trop grand, trop riche, trop beau... Ce pays possède le plus grand barrage hydroélectrique du monde, pourtant il n’y a pas d’électricité dans le centre du pays ; il est le plus grand producteur mondial de diamant, son sous-sol regorge d’uranium, de cuivre, de cobalt, d’or, de platine, de pétrole... sa terre est fertile, sa pluviosité est optimale et pourtant, le congolais a faim. La prison et la clandestinité sont le lot ordinaire de tous ceux qui veulent juste s’exprimer ou témoigner. Pourtant , dans le nord du pays le peuple Nandé est un modèle de fonctionnement. Sans aide de l’état ils ont construit un aéroport, les usines fonctionnent avec des groupes électrogènes, en silence, dans la joie et la peine. Le Congo a toujours fait peur. Trop grand, trop riche, trop beau... Alors avec quelques images prises dans ce contexte si particulier, j’ai repris la route pour Freetown en Sierra Leone. Freetown émerge de trente années de dictature et de chaos politique marquées par ces images d’enfants soldats". L’histoire et la fin de l’esclavage ont fait de Freetown une base de réimplantation d’esclaves libérés. Mélange de créole, de langues africaines et d’anglais ponctués de portugais et de français. C’est une ville " souricière " bien vivante qui essaye de survivre entre l’océan et la montagne. La vie est un combat face aux dysfonctionnements de la société et à l’absence de l’état. Que peut faire un pays qui mange, se lave, aime dans ses poubelles ? Le feu sous les cendres.
Le Cambodge et les nonnes
J’ai poursuivi ma quête photographique au Cambodge autour des nonnes, premières victimes et rescapées du génocide perpétré par les Khmers rouges. Ces femmes vivent dans les pagodes, souvent près d’une école, elles s’occupent des bonzes et prient quand elles ont un peu de temps. Elles ont un rôle social très fort, et assurent entre les différentes générations le lien qui tend à s’amenuiser dans nos sociétés occidentales. Mon écriture photographique s’est modifiée, j’ai quitté le monde de l’enfance, " le monde du devenir " pour évoluer vers ce monde du silence, de la spiritualité et de l’inexprimable. Pour moi, ces deux mondes ne sont pas si éloignés. L’homme y est à chaque fois confronté à lui même et à son devenir. Laurence Leblanc
Cuba : La Havane rêve en vain
Cuba monde à part, résistant et pourtant... l’attente est partout invisible. Pour un petit rien, pour du pain...
Sa photographie a commencé par un dialogue avec la musique et, tout particulièrement, avec Peter Gabriel. Puis il y eut la période de doute - toujours présent… et la décision d’explorer le monde de l’enfance en tentant de visualiser des sentiments, ce qui n’est guère évident et représente un réel enjeu. Partie pour le Cambodge où plus de trente pour cent des enfants naissent encore, un quart de siècle après l’horreur khmère rouge, avec des traumatismes, transmis par la mère et liés à cette époque dramatique, elle a su trouver une écriture, pudique et sensible, pour nous mettre en relation avec cette interrogation. Ce sont des enfants, ils jouent comme tous les enfants, comme tous les enfants du tiers-monde ils travaillent, et puis il y a ces instants, qu’elle a su capter, où ils se retrouvent perdus dans leur douleur, leur absence à eux-mêmes. Elle a réussi à nous faire voir ce qui est invisible parce que non physique, utilisant le flou non comme un effet mais comme la proposition plastique pertinente par rapport au questionnement qui la portait. Depuis, elle a chroniqué, avec la même émotion, la situation des femmes dans les temples au Cambodge, elle a développé une approche personnelle de la couleur et a ressourcé sa photographie pendant un voyage à Cuba. Une photographie sensible, à la fois littéraire et soucieuse de témoigner, pour une autre forme du documentaire. Christian Caujolle - extrait du PhotoPoche VU’ (Actes Sud)
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Informations pratiques :
To live till death is not easyPhotographies de Laurence Leblanc
Du 14 septembre au 3 novembre 2007
Galerie Vu (Paris 4ème)
Vernissage le jeudi 13 septembere 2007 de 18 h à 21 h
Entrée libre du mercredi au samedi de 14h00 à 19h00 et sur rendez-vous
En savoir plus sur :
- Laurence leblanc Photographe
- Galerie VU’ Lieu d’expo
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